Les vies authentiques des vingt-quatre Tirthankars
BHAGAVAN SHANTINATH – 16
Le compte-rendu des
incarnations précédentes de Bhagavan Shantinath indique que cet être avait
pris, de nombreuses années auparavant, la voie de la discipline qui mène à
la pureté de l’âme. En raison de cela, après ses incarnations comme
Shrisen et Vajrayudh, il naquit comme Meghrath, le fils du roi Dhanrath de
la ville de Pundarikini, dans le Purva Mahavideh. Au moment opportun, le
roi Dhanrath donna le royaume à Meghrath et se fit ascète.
La protection
d’un réfugié
Meghrath était un
roi bienveillant et religieux. Il fut compatissant et protégea toutes
choses vivantes. Etant un kshatriya et un guerrier, il eut la courtoisie
de sacrifier tout ce qu’il avait pour protéger ceux en difficulté.
Un jour, alors
qu’il observait le vœu de renoncement partiel (paushadh), il était sur le
point de prononcer un discours sur « la religion propagée par les
Tirthankars ». Tout à coup, un pigeon tremblant de peur tomba sur ses
genoux et cria d’ une voix humaine étouffée : « Sauvez- moi, Oh ! Roi !
Donnez-moi un refuge, prenez-moi sous votre protection ! ». Le roi
compatissant le réconforta et lui accorda sa protection.
Le pigeon était
poursuivi par un faucon qui cria aussi dans un langage humain. « Oh !
Roi ! Ce pigeon est ma nourriture, laissez-le seul ». Le roi essaya
d’expliquer : « Il a pris refuge auprès de moi, aussi il est de mon devoir
de le protéger. Je vous donnerai toute autre nourriture que vous voudrez ;
pourquoi tuer une chose vivante juste pour remplir son estomac ? ».
Le faucon
insista : « Si vous ne le lâchez pas, je peux mourir de faim. Je suis un
carnivore. Qui va me nourrir ? Si je meurs, vous serez responsable et vous
supporterez le péché ».
Comme le faucon ne
cédait pas, Meghrath dit enfin « Oh ! Faucon ! Aussi longtemps que
j’existerai, je ne vous permettrai pas de mourir. Je coupreai un morceau
de chair de mon corps équivalent au poids de ce petit pigeon et je vous le
donnerai. Vous pourrez satisfaire votre besoin de manger mais, en aucune
circonstance, je ne vous permettrai de tuer l’oiseau qui à pris refuge
auprès de moi ».
Le faucon accepta
cette proposition. Le roi mit le pigeon dans le plateau d’une balance et
commença à couper des morceaux de chair de son propre corps. De façon
surprenante, le poids du pigeon continuait à augmenter, au mesure que le
roi mettait sa chair dans le plateau de la balance. Voyant cette scène
pathétique, les reines et les membres de l’assemblée étaient émus
jusqu’aux larmes. Ils demandèrent au roi de ne pas sacrifier sa précieuse
vie pour un simple pigeon. On demanda aussi au faucon de fléchir, mais il
refusa.
Le roi continua à
couper de la chair de son corps et la mit dans le plateau de la balance.
Enfin, lorsque les morceaux de chair ne furent plus suffisants, le roi se
leva de son siège et s’assit dans le plateau. Toutes les personnes
présentes furent frappées de cette grande compassion et de cette
chevalerie manifestées par le roi. Soudain, il y eut un éclair de lumière
divine et un personnage divin apparut. Le pigeon et le faucon disparurent.
Le dieu dit au roi :« Maharaj ! Le roi des dieux faisait l’éloge de votre
compassion et de votre courage dans son assemblée. Je n’ai pu me contenir
et suis venu pour vous tester moi-même. Tout cela était ma création ? Vous
vous en sortez avec des couleurs éclatantes. Vous êtes digne de l’éloge
que le roi des dieux a fait de vous. S’il vous plait ! Pardonnez-moi ! »
Le dieu répara les blessures de Meghrath instantanément et partit pour sa
demeure.
Chaque fois que
l’on parle de chevalerie et de compassion, le nom du roi Meghrath est cité
avec respect.
Une discipline
inébranlable
Troublé par les
souffrances de la vie dans le monde, le roi était, un jour, entrain de
méditer. Il accéda à un très haut niveau de pureté. Sachant cette pureté
peu commune et la détermination de Meghrath, le roi des dieux s’inclina
devant lui avec respect. :« Mes salutations à vous, Oh ! Citoyen Yogi !
Ils sont peu nombreux ceux qui, dans ce monde, pourraient atteindre ce
niveau de détachement et de pureté ». Deux consorts plus anciennes que
Indra, Surup et Atirup, n’aimaient pas ce geste de louange à un simple
être humain. Toutes deux vinrent pour troubler la méditation de Megharath.
Elles firent apparaître plusieurs belles et voluptueuses demoiselles
devant le roi. Ces beautés essayèrent de le distraire par une série de
danses et de gestes attrayants. Lorsque ces longues manifestations
séduisantes eurent échoué à déranger le roi, avant de retourner à leur
demeure, les déesses apparurent et lui demandèrent de les pardonner.
Le roi Meghrath
couronna, ensuite, son fils et reçut la diksha de l’Arhat Dhanrath. Du
fait de sa pureté croissante dans la méditation face à de nombreuses
afflictions, il gagna le Tirthankar-nam-et-gotra-karma. A sa mort, il se
réincarna parmi les dieux de la forme des Sarvarthsiddha.
Après ce séjour
parmi les dieux, l’être qui était Meghrath descendit dans le sein de la
reine Achira, la femme du roi Vishvasen du clan Ikshvaku d’Hastinapur.
Il y eut, une fois,
un grand orage à Hastinapur avec beaucoup de pluies et de dégâts. Une
épidémie suivit et des centaines de personnes commencèrent à mourir,
chaque jour. La population demanda au roi de la sauver, mais le roi fit
le vœu de ne pas manger ni boire aussi longtemps que la paix et la
normalité ne seraient pas revenues dans le royaume.
Emu par ce vœu très
dur du roi Vishvasen, le roi des dieux lui-même apparut devant lui et
dit : « Oh ! Roi ! Vous vous troublez inutilement. Y a t’il une mort là
où le trio qui satisfait les souhaits, Chintamani, Kalpavriksha et
Kamdhenu (la perle, l’arbre et la vache divins) existent ? L’incarnation
de la paix est actuellement portée par la reine Achira Devi dans son sein
et vous vous sentez encore troublé ? Cela me surprend ! ». Indra chanta
alors un panégyrique à la louange du Tirthankar et s’adressa au roi en ces
termes : « Dites à la reine d’aller sur le toit et de chanter ce
panégyrique. Après cela, qu’elle jette un regard sur les vastes étendues
de votre royaume alentours. Ce coup d’œil pacificateur de la reine ôtera
toutes les souffrances, d’où qu’elles viennent ! ».
Le treizième jour
de la moitié sombre du mois de « jyeshta » (mai/ juin), la reine donna
naissance a un grand et illustre fils. L’univers entier, y compris même
l’enfer, fut envahi par un rayonnement doux et un sentiment de joie et de
bonheur. Du fait de l’influence pacificatrice pendant la période de la
grossesse, le nouveau-né fut appelé « Shanti » ( paix). Lorsqu’il fut en
âge, il se maria à plusieurs belles princesses. Le moment venu, le roi
Vishvasen céda son royaume à Shantinath et reçut la diksha.
Peu de temps
ensuite, le roi Shantinath eut un fils nommé Chakrayudh. Plusieurs années
après, l’arme du disque divin apparut dans l’armurerie. Lorsque les rites
traditionnels de vénération de cette arme furent passés, la disque alla à
l’est de sa ville. Shantinath le suivit avec ses forces armées. La plupart
des rois sur le chemin se rendirent. Après avoir défait les derniers qui
restaient, Shantinath devint un Chakravarti.
Il comprit, après
un règne long et paisible, que le moment de son renoncement approchait.Il
alla alors dans la jungle Sahasramra et, devenu un ascète, commença les
pratiques.
Après avoir erré
comme ascète pendant un an, il retourna à la même jungle et là, le
neuvième jour de la moitié brillante du mois de « paush » (décembre/
janvier),il atteignit l’omniscience sous un arbre nandi. Son premier
discours eut pour sujet « la discipline des sens ». Il alla à Sammet
Shikhar, après une longue période d’errance et de propagation de la vraie
religion. Là, avec neuf cents autres ascètes, il observa un mois de long
jeûne qui débuta sa méditation finale. Le treizième jour de la moitié
sombre du mois de « jyeshta » (mai/juin), Bhagavan Shantinath atteignit le
nirvana.