Les vies authentiques des vingt-quatre Tirthankars
BHAGAVAN MAHAVIR – 24
Les
Incarnations passées
Bhagavan Mahavir a
été, dans la tradition jaïne, le dernier et le vingt-quatrième Tirthankar
de cette ère. Il a eu une personnalité à multiples facettes, hautement
développée, et il a scintillé de l’éclat, infiniment intense, d’une âme
pure. Toutes les vertus et tous les pouvoirs de son âme ont été
complètement éveillés et actifs. Il a eu un pouvoir infini mais, en même
temps, une compassion sans borne. Possédant les pouvoirs suprêmes de
l’âme, ce fut un être humain invincible, pleinement réalisé et absolument
composite.
Mais, les graines
de cette grandeur et de cette noblesse avaient été semées dans un lointain
passé. Il avait fait une pénitence rigoureuse et il s’était appliqué à
l’altruisme et à une profonde méditation au cours de ses nombreuses
incarnations antérieures. Sous cet angle, les événements des incarnations
passées de cette âme suprême sont très importants et pleins
d’inspirations. Le premier événement dans cette suite est connu comme « la
première marque de justesse ». Ce fut à partir de la 27 ème
naissance avant la dernière de l’âme de Bhagavan Mahavir. L’histoire de
cette naissance comme le doyen de village Nayasar est la suivante.
Le premier
aperçu de la connaissance juste : Nayasar
Dans sa
vingt-septième naissance avant de naître comme Bhagavan Mahavir, cette âme
était un doyen de village et un forestier qui travaillait pour le roi
Shatrumardhan de la ville de Pratisthan, dans le secteur ouest du
Mahavideh. Il avait coutume d’apporter de la forêt tout le bois nécessaire
aux constructions. Un jour, à midi, les ouvriers se reposaient après leur
déjeuner. Nayasar était assis sous un arbre pour consommer le repas qu’il
avait apporté. Avant de commencer à manger, il vit des ascètes qui
erraient au pied des collines proches. Il pensa qu’ils cheminaient sans
nourriture et sans eau dans le soleil brûlant. Il se dit : s’ils viennent
de ce côté, je leur offrirai une partie de mon déjeuner. Je serai
récompensé de cet acte simple de servir des hôtes et ma journée aura été
fructueuse.
L’innocent Nayasara
attendit l’apparition des ascètes. Avec une profonde dévotion il leur
offrit sa pure nourriture. Lorsqu’ils se dirigèrent vers la ville, il les
accompagna sur une certaine distance pour leur montrer le chemin. Quand
s’inclina devant eux pour prendre congé, les ascètes lui firent des
sermons sur « la vraie voie, le code de la compassion, la pitié, la
simplicité, l’humilité et l’équanimité ». Dévoué et respectueux, Nayasar
fut ainsi éclairé et la graine de la vertu (samyaktva) germa dans son
esprit. Comme c’est le point de départ de son évolution spirituelle, le
moment où son âme perdue dans l’obscurité de l’illusion a eu la première
vision de la lumière spirituelle, le compte des incarnations de l’âme qui
devint Bhagavan Mahavir commence là.
La troisième
naissance : Marichi
Après avoir achevé
son âge (l’âge de l’être, suivant le Jaïnisme, est une période déterminée
par les actions durant la naissance qui précède immédiatement), l’âme de
Nayasar naquit comme un dieu dans le Saudharm Kalpa. Il naquit, ensuite,
comme Marichi, le fils du Chakravarti (le souverain des six continents)
Bharat, dans la ville d’Ayodhya. Après avoir entendu le premier discours
de Bhagavan Rishabhdev, il devint un shramane. Mais, comme il ne put pas
supporter les règles ascétiques rigoureuses, il abandonna l’habit de
shramane, fit l’assouplissement désiré dans leur rude code de conduite et
devint un Tridandi Parivrajak (une catégorie de mendiants). Il commença à
garder une ombrelle, et une paire de sabots en bois, et aussi l’habitude
de prendre des bains et de s’appliquer des pâtes odorantes, comme la pâte
de bois de santal. Toutefois, il pensait que la voie de Rishabhdev était
la meilleure, mais il acceptait juste de s’asseoir en dehors du pavillon
divin (samavasaran) de Rishabhdev. Lorsqu’on lui demandait pourquoi cet
habit étrange, il reconnaissait innocemment sa faiblesse et prêchait aux
gens alentours, les invitant à adopter la religion des shramanes.
Un jour, le
Chakravarti Bharat demanda à Bhagavan Rishabhdev « Prabho ! Y a t’il un
grand être (une grande âme), présent dans cette assemblée, qui deviendra
un Tirthankar comme vous ? ». Rishabhdev lui répondit « Bahrat ! En dehors
de cette assemblée religieuse se trouve votre fils Marichi, habillé comme
un Parivrajak. Après des pénitences et d’autres pratiques, pendant de
nombreuses réincarnations, il deviendra le dernier Tirthankar de ce cycle
du temps. Durant son passage de Marichi à Mahavir, il naîtra aussi comme
Triprishtha Vasudev (le seigneur de trois régions) dans une réincarnation
et comme Chakravati Priyamitra dans une autre ».
Entendant ce futur,
surprenant et brillant, de l’âme de son Marichi, l’Empereur Bharat éclata
de joie. Il alla le voir, fier de cette heureuse nouvelle, et lui dit
« Marichi ! Tu es extrêmement chanceux, je te félicite comme le futur
Tirthankar ».
Marichi fut comblé
de joie, en entendant la prophétie de Bhagavan Rishabhdev. Son bonheur fut
sans limite. Mais, en même temps, les pensées de gloire de son clan
excitèrent sa vanité. Rempli de fierté, il dit « Comme mon clan est grand
et combien est supérieure la famille à laquelle j’appartiens ! Mon
grand-père est la premier Tirthankar, mon père le premier Chakravarti, et
je deviendrai un Vasudev, un Chakaravarti et enfin le dernier Tirthankar
de ce cycle du temps. Comme c’est beau, vraiment ! » Ainsi, Marichi éclata
presque de vanité. Doucement, il glissa des hauteurs de l’excellence
spirituelle dans le tourbillon de l’égoïsme de la suprématie raciale.
Suivant la
tradition Jaïne, Marichi fut le fondateur de l’école Parivrajak. Il avait
coutume de dire que les shramanes étaient exempts des déformations de la
pensée, de la parole et du corps, mais que les parivrajaks les avaient.
Comme tels, ils commencèrent à porter comme symbole un trident. Dans ses
derniers jours, Marichi fit du prince Kapil son disciple. Sur ce point de
dérive, l’école parivrajak se distança graduellement de l’école shramane.
Vishvabhuti
L’âme de Marichi se
changea de la forme humaine en celle de dieu et cela, de nouveau
alternativement pendant douze incarnations. Comme être humain, il devint
Parivrajak plusieurs fois et il observa de nombreuses austérités. Dans sa
sixième réincarnation, il naquit comme prince Vishvabhuti, le neveu du roi
Vishvanandi de Rajgrih. Il devint un ascète et fit de dures pénitences,
avant de rendre le dernier soupir. Dans sa dix-septième réincarnation, il
naquit comme un dieu de forme Mahashakra et, dans la dix-huitième, comme
Triprishtha Vasudev.
Vasudev
Triprishtha
La reine Mrigavati
du roi Prajapati de Potanpur donna naissance à un fils extrêmement
vigoureux qui fut appelé Triprishtha.
Prajapati était un
roi ordinaire du royaume subalterne de Prativasudev Ashvagriv. Triprishtha
était un très brave et valeureux jeune homme. Lorsque la renommée de ses
pouvoirs et de sa force vinrent jusqu’à Ashvagriv, il devint craintif et
demanda à son astrologue comment il finirait. L’astrologue dit « L’homme
qui écrasera votre puissant émissaire, Chandamegh, et qui tuera aussi le
lion féroce de la montagne Tunga, sera pour vous le messager de la mort ».
Un jour, Ashvagiv envoya Chanda à Potanpur. Comme cet émissaire se
conduisait mal, Triprishtha le mit à la porte. Puis, un ordre fut donné à
Prajapati « Un lion féroce à créé la dévastation dans la région de Shali.
Allez immédiatement là-bas et protégez les fermiers de ce lion ». Alors
que Prajapati se préparait à partir, le prince Triprishtha lui demanda
« Père ! Maintenant que mon frère et moi sommes capables, vous n’avez pas
besoin de vous déranger pour cette expédition insignifiante. Vos fils
peuvent facilement prendre soin de cette petite bête ».
Triprishtha et son
frère aîné Baldev Achal Kumar se rendirent dans cette forêt et demandèrent
à la population locale où se trouvait le lion. Comme indiqué, ils allèrent
vers sa tanière. Dérangé par le bruit des villageois, le lion sortit et
chargea les princes. Voyant le lion approcher, Triprishtha pensa « La
créature est seule à se déplacer avec ses pieds, pourquoi ai-je besoin de
mes gardes du corps et de mon char ? Puisqu’il ne porte aucune arme,
pourquoi le devrais-je ? Je vais faire face à lui seul et à mains nues ».
Il descendit du char, jeta ses armes et combattit seul à mains nues le
féroce mangeur d’hommes. A la fin , il saisit les mâchoires de la bête et
les déchira de part et d’autre. Le conducteur du char du prince vint près
du lion qui se tordait de douleur, dit quelques mots de sympathie et
couvrit ses blessures avec des herbes médicinales. Les dernier moments de
la bête devinrent paisibles. Cet acte inspira un sentiment d’affection
pour le conducteur du char, dans l’esprit du lion mourant.
Lorsque ce
conducteur se réincarna comme Indrabhuiti Gautam, le disciple principal de
Bhagavan Mahavir, le lion naquit comme fermier. Quand ce fermier vit
Gautam, il fut rempli de sentiments de peur et de vengeance. Bhagavan
Mahavir lui révéla alors la cause de ces sentiments dormants, en narrant
l’histoire de sa vie antérieure.
Le prince
Triprishtha vainquit le mauvais roi, Prativasudev Ashvagriv, et établit
son propre empire sur trois continents. Il devint le premier Vasudev de ce
cycle du temps.
Du plomb dans
les oreilles
Une fois, Vasudev
écoutait un concert dans son assemblée. Lorsque ses paupières devinrent
lourdes de sommeil, il dit à son chambellan « Lorsque je dormirai, arrêtez
le programme ! ».
Après quelques
minutes, Vasudev ferma les yeux et commença à dormir. Tout le monde
présent était absorbé par la musique cadencée. Le concert continua dans la
nuit. Soudain, Vasudev se réveilla. Lorsqu’il entendit que la musique
continuait, il devint cramoisi de colère et cria à son chambellan
« Pourquoi la musique n’a t’elle pas encore été arrêtée ? » Les mains
jointes celui-ci répondit « Chacun était perdu dans les vagues grisantes
de la mélodieuse musique. Pardonnez-moi, Sire ! Moi aussi j’étais perdu ».
La négligence dans le suivi de ses instructions s’ajouta au feu de la
colère de Vasudev. Dirigeant son ire contre son aide négligent, il dit
« Coulez du plomb fondu dans les oreilles de ce fan de musique ! Qu’il
comprenne les conséquences d’ignorer les instructions de son maître eu
égard à son amour pour la musique ! ». L’ordre de Vasudev fut suivi. Se
tordant dans une souffrance extrême et intolérable, le chambellan mourut
sur le champ.
L’âme sous la forme
de Vasudev accumula l’asservissement des karmas qui ternissent, en raison
de son attitude extrêmement cruelle. Il eut à en supporter le résultat
atroce sous la forme et la vie de Mahavir. Le chambellan se réincarna en
un fermier et fit rentrer ses ongles dans les oreilles de Mahavir,
lorsqu’il faisait pénitence comme shramane. En raison de son intoxication
du pouvoir, de sa passion de grandeur et de sa cruauté d’attitude, Vasudev
renaquit dans le septième enfer. Dans sa vingt-et-unième réincarnation,
il devint un lion ; dans sa vingt-deuxième, il retourna dans le quatrième
enfer. Il renaquit ensuite comme Chakravarti Priyamitra, dans sa
vingt-troisième naissance.
La bonne
direction : le Chakravarti Priyamitra
Après avoir vu de
nombreux rêves favorables, la reine épouse de Dhananjay, le gouverneur de
Mukanagiri, donna naissance à un fils. Il s’appelait Priyamitra. En raison
de ses karmas vertueux et de sa bravoure, il conquit les six continents,
devint un Chakravarti et jouit de tous les plaisirs et de la grandeur qui
conviennent à un Chakravarti. A la fin, il devint détaché et même un
shramane, en recevant la diksha (l’acte officiel de renoncement au style
de vie dans le monde) de Pottilacharya. Pendant environs dix millions
d’années, il servit son guru, étudia et médita sur les écritures et fit
une multitude d’austères pénitences. Ainsi, il continuait à balayer les
karmas qui ternissent, acquis durant ses vies antérieures. Après sa mort,
il se réincarna comme un dieu dans le Mahashukra Kalpa et, dans sa
réincarnation suivante, comme le fils du roi Jitshatru de Chhatranagari.
Les pratiques
austères : Nandan Muni
La vie du prince
Nandan (le fils du roi Jitshatru) fut comme une fleur de lotus dans le
marais des passions et des frivolités mondaines. L’attrait de la beauté et
de l’amour des belles jeunes filles ne le détournèrent pas de sa quête
spirituelle. Finalement, il devint un disciple de Pottilacharya. Devenu
ascète, il commença à purifier son âme par le feu de la pénitence. Il
entreprit la dure pratique de la pénitence à vingt degrés, comprenant : la
discipline, la pénitence, la dévotion à l’Arihant, le service aux ascètes
et autres actes purificateurs. Comme résultat de ces pratiques, il gagna
le Tirthankar-nam-et-gotra-karma (le karma qui allait faire de lui un
Tirthankar dans sa future naissance). Il passa environs cent mille ans
comme shramane dans une discipline parfaite. Durant cette période, il fit
cent soixante mille un mois de jeûnes et mourut pour devenir un austère
Pranat Pushpottar Viman (une forme de dieu spéciale). Ce fut la naissance
qui précéda sa réincarnation comme Mahavir.
SA VIE DE LAÏC
La situation
avant sa naissance comme Mahavir
Il y a environs
2594 ans (599 avant notre ère), dans la région orientale de l’Inde, une
brillante source de lumière spirituelle se leva. Il devint célèbre sous le
nom de Vardhaman Mahavir.
Du temps de
Bhagavan Parshvanat, le système féodal de gouvernement prévalait en Inde,
mais les débuts du système démocratique avaient commencé à se manifester
sur la scène politique, avec l’apparition de républiques locales. Après
son nirvana, les républiques commencèrent à s’étendre et Vaishali émergea
comme la capitale d’une fédération de petites républiques. Le Maharaj
Chetak, un loyal fidèle de la tradition de Parshva, était le président de
la république de Vaishali et de la fédération.
En bordure nord du
Gange, un grand et puissant groupe de kshatriyas Licchavis préférait le
système démocratique. Les six clans proéminents qui formaient cette
république étaient : Ugra, Bhog, Rajanya Ikshvaku, Licchavi, Jnat et
Kaurav. Neuf chefs les représentaient.
Une autre union
s’appelait Malla. Elle était divisée en deux parties : nord-ouest et
sud-est. La ville capitale du nord-est était Kushinara, celle du sud-est
Pava. Les neuf chefs de la fédération des républiques Mallas étaient aussi
de loyaux supporters du système démocratique. Neuf Mallas et neuf
Licchavis étaient associés pour former une union au sommet appelée
« l’Union des républiques Vajji ». Les Licchavis de la république Vaishali
étaient les kshatriyas Suryanvanshi, les descendants de Maryada
Purushottam Ram. Avant l’avènement de Bhagavan Mahavir et du Bouddha, ils
étaient célèbres sous le nom de Videhas, mais, plus tard, celui de
Licchavi devint plus populaire. Toutefois, comme groupe culturel, ils
gardaient toujours leur identité comme Videhas. Dans la littérature Jaïne,
le Maharaj Chetak est mentionné comme Videgraj et sa sœur Trishala comme
Videhdinna. Mahavir a aussi été porté comme Videh Sukumal. Tout cela
montre le très haut statut culturel et religieux de l’état du Videh.
La famille
royale de Vaishali
Au nord de Vaishali,
il y avait un faubourg nommé Kundpur Sannivesh, avec une colonie de
brahmanes dans les parties sud. Le chef de ces brahmanes était
Rishabhdatta et sa femme Devananda. Bien que riche brahmane et érudit en
matière de Vedas et de Vedangas, Rishabhdatta était un dévot de Bhagavan
Parshvanath.
Dans les parties
nord de Kundpur, il y avait une colonie de kshatriyas du clan Jnat. Cette
colonie était connue sous le nom de « Kshatriya Kundpur ». Siddharth en
était le chef. En raison de sa grande valeur et de sa richesse, on
l’appelait respectivement Raja ou Narendra. C’était un membre hautement
influent de la république de Vaishali.
Trishala, la sœur
du président Chetak de Vaishali, était mariée à Siddharth. Elle était
aussi connue sous le nom de Videhdinna et de Priyakarini. Le fils aîné de
Chetak, Simhabhadra, était commandant en chef de l’armée de la République
Vajji. Le Maharaj Chetak avait sept filles : Chelana - reine du roi
Bimbsar Shrenik du Magadh, Shiva - reine du roi Chandrapradyaot de l’Avanti,
Mrigavati - reine du roi Shatanik de Kaushambi, Padmavati - reine du roi
Dhadhivahan de Champa ( la mère de Chandanbala), Prabhavati - reine du
roi Udayan (Udayi) du Sindhu-Sauvir, Jyeshtha - la femme du prince
Nandivardhan, le frère aîné de Bhagavan Mahavir, et Sujyeshtha, non
mariée, qui devint une ascète dans l’organisation de Mahavir.
Ajatshatru (Kunik),
le célèbre guerrier dans la littérature Jaïne et Bouddhiste, et le roi
Udayan de Vats étaient les petits-fils du Maharaj Chetak.
Les rêves
prémonitoires
Une nuit, la reine
Trishala était entrain de dormir dans son lit doux et confortable.
Soudain, elle rêva de choses favorables et se leva remplie d’une joie et
d’un ravissement jusque là non ressentis.
Elle sortit du lit,
s’assit sur une chaise et médita « Tant de choses divines et favorables
ensemble dans mon rêve ! J’ai eu, pour la première fois dans ma vie, un
rêve vraiment étonnant, qu’est-ce qu’il indique ? Sûrement quelque
avantage dans un futur proche ? » Elle alla voir le roi Siddharth et lui
raconta ses rêves. Le roi sauta de joie et dit « Devi ! Vos rêves sont
généreux. Nous allons avoir richesse, plaisirs, bonheur et un fils. Nous
aurons aussi des gains territoriaux. L’interprétation de ces rêves indique
que le fils qui naîtra de vous sera l’incarnation combinée de toutes les
choses et de tous les signes vertueux qui existent sur la terre. (Dans les
écritures comme l’Acharang et le Kalpasutra il est mentionné que la
descente de l’âme qui était Mahavir le fut, à l’origine, dans le sein de
la bhramani Devananda. Le fœtus fut ensuite transplanté dans le sein de la
kshatryani Trishala par le dieu Harinaigamehsi sur les instructions de
Shakrendra).
Après leurs
activités matinales, le Maharaj Siddhart et la reine Trishala allèrent
s’asseoir dans la salle d’audience. Son jeune frère, Suparshva, sa femme
et d’autres membres de la famille royale s’assirent aussi près d’eux.
De célèbres
lecteurs de rêves de Vaishali arrivèrent dans la salle. Le Maharaj
Siddharth et la reine Trishala les accueillirent avec huit savants augures
et leur offrirent de hauts sièges. Le roi leur dit « Savants augures ! La
nuit dernière, sur le début du matin, Priyakarini, Videhdinna Devi
Trishala a fait 14 rêves favorables. Je vous en prie, interprétez ces
rêves sur la base de votre connaissance et de votre science en matière de
présages et satisfaites notre curiosité à tous ! »
Les augures firent
une liste des détails des rêves de Devi Trishala et furent remplis de
joie. Réfléchissant sur chacun, ils interprétèrent ces rêves comme suit :
« Oh ! Roi des
rois ! Maharaj Siddharth ! D’après la science des rêves il y en a eu 72 de
favorables. Sur ceux-ci, 42 indiquaient des avantages ordinaires et les 32
autres de grands avantages. Ceux que l’heureuse Devi Trishala a vus sont
les quatorze grands rêves qui indiquent des gains extrêmement favorables
et divins dans un futur proche. D’après ces rêves, Devi Trishala donnera
naissance à un fils qui deviendra un Chakravarti, mais …Maharaj ! suivant
les écritures, il y a déjà eu 12 Chakravartis, le nombre prescrit pour ce
cycle du temps. Cependant, un Dharm-Chakravarti (Empereur en religion) est
encore à naître. Comme tels, tous les signes et les circonstances montrent
que votre fils, bienfaiteur de l’humanité, sera un Dharm-Chakravarti ! »
Le roi Siddharth
récompensa largement les lecteurs de rêves et les renvoya chez eux avec
l’honneur qui leur était dû.
La naissance
favorable
C’était le
printemps et la nature était remplie de fleurs. L’atmosphère était propre
et pure. Une douce et odorante brise dispensait partout la joie. Dans la
quiétude silencieuse de minuit, le ciel était fluorescent avec une clarté
de lune laiteuse. La date favorable était le treizième jour de la moitié
brillante du mois de « chaitra » (mars/avril) la lune étant en conjonction
avec Uttaraphalguni Nakshatra (maison lunaire), le signe de la victoire. A
ce moment favorable, la reine Trishala donna naissance à un enfant divin.
Cet enfant était
l’incarnation de la lumière divine. Aussitôt né, le monde fut rempli d’une
lumière rayonnante. Elle apparut comme si, pour la contempler, même les
aveugles avaient le bonheur d’avoir des yeux. Cette lumière pénétra même
la dense obscurité oppressante de l’enfer. Les êtres infernaux oublièrent
leurs souffrances. Les querelles, les combats et les batailles cessèrent.
Ceux qui souffraient toute leur vie de faim et de soif éprouvèrent un
divin sentiment de satisfaction. Partout alentours une brise fraîche et
parfumée commença à souffler. Les malades chroniques se sentirent guéris.
Les ennemis naturels eurent aussi un sursaut d’amour et de mutuelle
bienveillance. Les trois mondes (le ciel, la terre et l’enfer) furent
remplis de vagues de bonheur. Avec la naissance de l’enfant, l’atmosphère
entière subit un étrange changement, pendant un certain temps. Entendant
la nouvelle de la naissance de Bhagavan Mahavir, tous les habitants des
demeures célestes dansèrent de joie. Le premier de tous, le roi des
dieux, Shakrendra, vint s’incliner devant Bhagavan Mahavir et fit trois
fois le tour de mère Trishala. Tous les dieux, les déesses et les dieux
inférieurs (Gandharva, Kinner, etc.) chantèrent, dansèrent et célébrèrent
la naissance du Tirthankar avec gaieté.
Suivant le « Kalpasutra »,
la nuit de la naissance de l’enfant, 56 divines vierges de toutes les
directions (Disha Kumaris) effectuèrent, tout d’abord, la première
toilette et les autres travaux nécessaires. Shakrendra et d’autres dieux
prirent ensuite l’enfant au sommet du mont Meru et lui donnèrent le
premier bain et les premiers onguents. Ils chantèrent des hymnes en
l’honneur de la divine naissance.
Le soir, une jeune
fille nommée Priyamvada accourut auprès du roi Siddharth et annonça
«Félicitations, Sire ! Nombreuses félicitations ! La reine Trishala a
donné naissance à un garçon ».
Rempli de joie et
de bonheur, le roi ôta tous les ornements de son corps, excepté l’emblème
d’état qu’il donna à Priyamvada. Il l’affranchit, aussi, de son esclavage.
Ainsi, une esclave fut libérée de sa longue vie de servitude juste parce
qu’elle était la porteuse de la bonne nouvelle de la naissance du
Tirthankar.
Etranges
célébrations
Le roi Siddharth
appela son premier ministre et lui dit « Dites à l’officier chargé des
célébrations d’organiser une cérémonie de naissance spéciale et
unique ! »
Après que le roi
eut donné cet ordre, toutes les grandes voies, les routes et les chemins
dans la ville de Kshatriyakund furent nettoyés, de l’eau parfumée fut
répandue et des drapeaux, des guirlandes et des feuilles largement mis
partout. Des bonbons et des cadeaux furent distribués. Les gens dansaient
de joie. Toute la ville résonnait de chants heureux et de musique.
Le Maharaj
Siddharth eut une inspiration. Il appela le premier ministre et lui
dit « Les célébrations de la naissance d’un enfant dans la famille royale
font partie d’une tradition. Cependant, à cette occasion particulière, je
veux quelque chose de nouveau, quelque chose d’unique ».
Le ministre proposa
humblement « Sire ! Exprimez votre souhait et il sera réalisé comme un
ordre ».
Le roi dit
« Aujourd’hui, annoncez une amnistie générale. Libérez tous les
prisonniers ; radiez toutes les dettes ; distribuez de l’argent à ceux qui
sont dans le besoin ; accordez cinquante pour cent de subvention à tous
les achats chez tous les marchands ; ouvrez des centres de distribution de
nourriture et de vêtements pour les pauvres, les vieux et les invalides ;
et libérez tous les esclaves âgés et malades. Que les habitants se
joignent aux célébrations exempts de misère, de faim et
d’asservissement ! ».
L’ordre du roi
Siddharth fut exécuté. Les célébrations durèrent pendant dix jours, avec
un enthousiasme sans précédent. Les gens acclamaient l’évènement et
murmuraient « Quelque grande âme divine est descendue sur la terre pour
libérer le monde de la souffrance et de la misère ».
Lorsque les
cérémonies de la dation du nom approchèrent, le roi Siddharth dit à Devi
Trishala « Devi ! Il y a eu une augmentation continue de notre richesse,
de notre pouvoir et de notre bonheur. Aussi, je pense que nous devrions
appeler l’enfant « Vardhaman » (toujours croissant) ».
La reine Trishala
répondit avec joie « Maharaj ! Vous êtes absolument correct. Cet enfant
augmentera certainement notre développement partout alentours ».
Vardhaman : le
nom
Le douzième jour
après la naissance de l’enfant, le roi Siddharth organisa une grande fête
et invita tous ses parents et amis. Après les repas et les autres faveurs
d’état, le roi Siddharth dit aux invités « Depuis le jour où cet enfant a
été conçu, notre famille a été honorée d’une bienveillance, d’un respect,
d’une richesse et d’une affection mutuelle croissants. L’argent, l’or et
les pierres précieuses ont augmenté dans notre trésor. Le peuple a gagné
la santé, la paix, le bonheur et la bienveillance. Ainsi, depuis le moment
où cette âme est descendue, il y a eu un accroissement constant de notre
gloire, de notre richesse, de notre santé et de notre renommée. Aussi, moi
et Devi Trishala avons pensé au nom qui convient bien à cet enfant : « Vardhaman ».
La suggestion du
roi Siddharth fut unanimement approuvée et l’enfant fut officiellement
nommé « Vardhaman ».
Le
courageux Vardhaman
Un jour, Shakrendra
déclara, alors qu’il se trouvait dans l’assemblée des dieux, « Il n’existe
pas de personne plus brave, courageuse et forte que le prince Vardhaman ! »
Vanter le courage d’un garçon de huit ans dans l’assemblée des dieux était
une chose étrange. Un dieu sceptique dit en plaisantant que Shakrendra
exagérait. Il proposa de tester le prince.
Vardhaman était
entrain de jouer avec des enfants de son âge dans la jungle Jnatkhand. Le
jeu consistait à courir jusqu’ à un arbre pris pour cible, à grimper
dessus et à revenir. Le premier qui toucherait le sol serait le
vainqueur.
Vardhaman fit la
course et fut le premier à monter à l’arbre. Juste à ce moment-là, les
garçons qui étaient sur le sol virent un cobra féroce ramper et monter
autour du tronc de l’arbre en sifflant, son capuchon dressé. Les garçons
tremblant de peur s’enfuirent. D’une distance sûre ils crièrent « Vardhaman,
ne descend pas ! Il y a un serpent noir sur le tronc de l’arbre ».
Vardhaman, sur la
descente, vit le serpent et entendit l’appel de ses amis. Il cria « Restez
tranquilles et ne soyez pas effrayés ! : » Il sauta du haut de l’arbre. Le
serpent le suivit en sifflant et sauta sur lui. Avec une étonnante
agilité, le prince prit le serpent par son capuchon et, en le secouant, le
jeta au loin comme un morceau de corde.
Après cela, les
garçons commencèrent un autre jeu s’appelant tindushak. Il s’agissait
encore de courir jusqu’à un arbre donné. Le vainqueur devait monter sur le
dos des perdants et retourner à la base. Le dieu qui était venu pour
tester Vardhaman se joignit au groupe, sous le déguisement d’un garçon.
Dans le jeu, lorsque Vardhaman eut gagné, le dieu le mit sur son dos et
partit rejoindre la base. En chemin, il se transforma en un géant et, avec
le prince sur le dos, il vola dans le ciel. Les garçons crièrent de peur.
Vardhaman, aucunement intimidé, frappa le géant avec son poing puissant.
Le dieu cria de souffrance et atterrit sur le sol. Vardhaman sauta de son
dos. Le coupable disparut et, à sa place, apparut un dieu qui demanda
pardon à Vardhaman.
L’épreuve à
l’école par Indra
Quand Vardhaman
entra dans sa neuvième année, ses parents pensèrent qu’il était temps de
donner une éducation martiale et normale adaptée à un garçon kshatriya
comme lui. Ils décidèrent de l’envoyer à l’école.
Lorsqu’il arriva à
l’école, Vardhaman présenta ses respects au maître, comme n’importe quel
écolier. Bien qu’il ait toute la connaissance du monde, depuis sa
naissance, en présentant le respect à son maître il honorait les idéaux
traditionnels ancestraux. Le maître lui donna la première leçon sur
l’alphabet. Vardhaman écouta en silence. Après quelque temps, le maître
l’appela et lui demanda « Prince ! Vous n’ êtes qu’un paresseux ! Pourquoi
ne répétez-vous pas le leçon et ne la mémorisez-vous pas ? » En réponse,
Vardhaman récita tout l’alphabet. Le maître fut surpris.
Alors qu’il
essayait de comprendre le capacité surprenante du petit garçon, un vieux
brahmane, avec un tilak sur le front, entra dans l’école. Le maître le
salua et lui offrit un siège. Le brahmane posa quelques questions
difficiles de grammaire. Le maître ne put répondre et resta silencieux le
regard vers le bas de dégoût. Le brahmane se mit à rire et dit « Acharya !
S’il vous plaît, ne vous tracassez pas ! Peut-être que ce nouvel étudiant
résoudra le problème. Si vous le permettez, je peux lui demander ? »
Le maître consentit
et le vieux brahmane posa les questions difficiles à Vardhaman. Celui-ci,
sans hésiter, donna les réponses correctes et appropriées. Le maître
regarda abasourdi le petit garçon. Le brahmane rit et dit « Acharya ! Ne
vous sentez pas insulté. Vous n’êtes pas informé que le soleil de la
connaissance de ette ère est présent devant vous comme prince Vardhaman.
C’est le futur Bhagavan Mahavir, l’omniscient ! »
On pense qu’ Indra
écrivit ses questions et les réponses de Vardhaman dans un livre appelé « Aindra
Vyadaran » (la grammaire d’Indra).
Sa
famille
Le clan Jnat,
auquel le roi Siddharth appartenait, était le même que le clan Ikshvaku
dont faisait partie Bhagavan Rishabhdev. Siddharth et Rishabhdev
appartenaient aussi tous les deux à la famille Kashyap. C’est un sujet de
fierté pour le clan Ikshvaku et la famille Kashyap que 22 Tirthankars
soient sortis de la même famille.
Devi Trishala était
la sœur de Cetak, le président de la république de Vaishali. Du fait de
son lien paternel avec l’aire Videh, elle était aussi connue comme
Videhadatta (dinna) ; son troisième nom était Priyakarini.
L’oncle de
Vardhaman ou le jeune frère du roi Siddharth était Suparshva. Le fils aîné
de Siddharth était Nandivardhan. La femme de ce dernier s’appelait
Jyeshtha.
Vardhaman avait,
aussi, une sœur nommée Sudarshana. Quand et avec qui Sudarshana se maria
t’elle ? Cela n’est mentionné nulle part. Toutefois, son fils Jamali fut
un personnage célèbre.
Bien qu’entouré d’
une richesse et d’une grandeur illimitées, l’esprit et l’attitude du
prince Vardhaman étaient complètement détachés et purifiés par le feu de
la discipline. Il était comme une fleur de lotus dans un étang. Le pouvoir
et la gloire du royaume ne l’attirèrent jamais. Même son mariage avec
Yashoda, la fille du prince Samarvir, fut dû à la persuasion affectionnée
et à la pression de ses parents. Yashoda donna naissance à une fille qui
fut appelée Priyadarshana. Le prince Jamali se maria avec elle. Selon
l’ « Acharanga Sutra », trois noms de Vardhaman devinrent très
célèbres :1. Vardhaman -le nom donné par ses parents, 2. Saman - ce nom
Saman ou Shraman indique son intellect naturel sans tâche, 3.
Mahavir-celui-ci indique sa bravoure, son courage et sa tolérance. Ce
nom-là lui a été donné par les dieux.
Un autre de ses
noms était Sanmati. En raison de la pureté de ses pensées, il devint
aussi célèbre sous ce nom. D’autres appellations, trouvées dans la
littérature canonique, sont les suivantes : Jnatputra, Vaishlik, Vir,
Ativir, Antya, Kashyap, etc.
La mort de ses
parents
Détaché de toutes
les activités du monde, et désireux de devenir un ascète pour poursuivre
le but spirituel, Mahavir gardait le sujet en attente, du fait de sa
résolution antérieure. « Aussi longtemps que mes parents sont en vie, je
ne dois pas penser à recevoir la diksha ! » se disait-il.
Lorsqu’il eut 28
ans, ses parents firent le dernier vœu de méditation continue sans
s’alimenter. Ils purifièrent graduellement leurs âmes et ils
abandonnèrent leurs corps mortels, avec un esprit serein. Après leur mort,
Mahavir dit à son frère aîné, maintenant roi Nandivardhan, : « Ma
décision de devenir un ascète est prise ! ». Celui-ci lui répondit d’une
voix choquée « Prince ! La perte des parents suivie par votre
renoncement ? Comment pourrai-je être capable de supporter ces chocs en
même temps ? Honorez mon désir et retardez votre projet de deux ans ».
Vardhaman accepta
la demande de son frère aîné et attendit deux ans de plus. Mais, durant
cette période, il vivait comme un ascète. Effectuant des pratiques
spirituelles, avec la discipline qui convient, il se préparait à son
renoncement imminent.
Sachant sa
résolution de renoncement, les dieux du bord de l’univers arrivèrent et
firent aboutir sa demande « Oh ! Bienfaiteur du monde ! Votre résolution
est grande. S’il vous plaît, avancez sur la voie du renoncement et
propagez la religion, pour le bien-être du monde ! »
Le prince Vardhaman
fit la charité trois heures par jour, pendant un an. Riche ou pauvre,
quiconque venait le voir était récompensé par ce qu’il désirait. A la fin
d’un an, Vardhaman était prêt pour le renoncement.
SA
VIE COMME ASCETE
Le grand
renoncement
C’était le dixième
jour de la quinzaine sombre du mois de Margshirsh (Novembre/Décembre). Le
prince Vardhaman avait observé un jeûne rituel de deux jours. Un palanquin
nommé Chandraprabh fut préparé pour ce grand renoncement. Dans
l’après-midi, Vardhaman sortit du palais et monta dans le palanquin. La
procession alla au jardin Jnatkhand, au nord-est de Kshatriyakund. Le
palanquin fut placé près d’un arbre ashok. Vardhaman en descendit. Des
milliers d’yeux regardaient fixement le prince. Son corps doré était paré
d’une belle robe et d’ornements scintillants. Aussitôt après qu’il eut ôté
tous ses ornements et sa robe, la seule couverture de son corps fut un
morceau de tissu, posé sur ses épaules, fourni par Indra. Vardhaman
s’arracha les cheveux en cinq poignées. Indra recueillit sa robe, ses
ornements et ses cheveux dans un vase en or.
Après cela,
Vardhaman dit d’une voix résonnant profondément « Namo Siddhanam ! « ( Je
m’incline devant les Siddhas ou les âmes libérées). Puis, il fit le vœu de
vie ascétique :« Je fais le vœu de pratiquer l’équanimité, tout le long de
ma vie, et d’abandonner toutes les activités mauvaises
intentionnelles ! »
Bhagavan Mahavir,
en faisant ce vœu rigoureux, dit sa résolution « Dans ma vie ascétique,
je resterai dans l’ équanimité en toutes situations et circonstances. Je
supporterai toutes les afflictions pénibles causées par un homme, un dieu,
un démon ou un animal quelque soit leur caractère redoutable. Aussi
longtemps que je n’atteindrai pas l’omniscience, je continuerai à marcher
sur la voie pavée du feu de la pureté, avec des pas résolus et fermes ».
Une vague de respect partit, des milliers de têtes s’inclinèrent avec
vénération, et des milliers de gorges dirent, à l’unisson, « Victoire au
shramane Mahavir ! ».
La suppression
de la pauvreté
Après l’austère
vœu, le mahashramane acquit la « manahparyav jnan » qui lui permit de
percevoir les sentiments et les pensées de tous les êtres. Son cœur fut
rempli d’équanimité et de compassion. Son visage rayonna d’un sourire
spontané. Il marcha avec d’un pas ferme et assuré vers la jungle, sans
détours et sans hésiter.
Soudainement, il y
eut un faible appel derrière lui. L’appel d’une souffrance remplit son
cœur et retarda son mouvement. Un brahmane faible et nerveux, se déplaçant
d’un bon pas avec l’aide d’une canne, arriva et tomba à ses pieds. Des
larmes coulaient de ses yeux et il y avait une souffrance expressive sur
son visage pitoyable. Il dit humblement « Prince Vardhaman ! Je vous en
prie, soyez bon, libérez-moi ; donnez-moi quelque chose ; ôtez ma
pauvreté ! ».
Le shramane Mahavir
s’aperçut que le vieil homme était Som Sharma de Brahmankund. Pendant
longtemps, auparavant, il avait coutume d’aller à la cour du roi Siddharth.
Le roi charitable lui accordait toute son aide en lui donnant ce dont il
avait besoin. Il était heureux alors, mais on ne l’avait plus revu après
la mort du roi.
Som Sharma dit
« Prince ! J’ai errai alentours, d’un état à l’autre, après la mort du roi
Siddharth, mon mentor. Chaque fois, mon infortune m’a suivi. Après deux
ans d’errance en vain, je suis retourné à la maison, ce matin. A mon
retour, les membres de ma famille m’ont informé de votre longue charité
pendant un an. Chacun a reçu ce qu’il désirait, mais, moi, frappé par le
destin mauvais, je n’ai rien eu de vos mains charitables. Prince ! Dès que
je suis revenu à la maison, j’ai appris qu’abandonnant tout, vous êtes
devenu aujourd’hui un ascète.
Prince Vardhaman !
Ayez pitié de ce pauvre indigent. Ôtez ma pauvreté de vos mains
secourables ! »
Mahavir était
rempli de compassion mais, aujourd’hui, il n’avait rien à donner. Il pensa
soudain au tissu divin sur son épaule. Il le déchira en deux parties et en
donna une au brahmane. Celui-ci fut rempli de joie. Il porta ce morceau de
tissu chez un raccommodeur et lui demanda sa valeur. Le raccommodeur lui
dit « Brahmane ! comment avez-vous eu ce tissu divin ? Ce n’est que la
partie d’un tout. Si vous pouviez m’apporter l’autre morceau, je le
raccommoderai avec l’original, et vous pourriez le vendre pour cent
mille pièces d’or ».
Le cupide brahmane
retourna auprès de Mahavir et le suivit partout où il allait . Après
environs un an, le morceau de tissu divin qui restait sur l’épaule de
Mahavir tomba. Som Shatma la ramassa, le fit raccommoder, et la vendit au
roi Nandivardhan pour cent mille pièces d’or.
La période des
pratiques. Les afflictions. Le rejet de l’aide divine
Le jour qui suivit
son renoncement, Mahavir quitta le jardin Jnatkhand. Au coucher du soleil,
il arriva près d’un petit village appelé Kurmargram (identifié aujourd’hui
comme Kaman Chhapra). Il s’arrêta sous un arbre et, se tenant debout
tranquille comme un roc, il commença sa méditation. Après quelque temps,
un vacher arriva là avec ses bœufs. Il désirait aller au village pour
faire son travail de traite des vaches. Il s’approcha du shramane qui
méditait et lui dit « Ascète ! S’il vous plait ! Gardez mes bœufs pendant
que je vais au village traire les vaches. Je retournerai bientôt ». Sans
attendre la réponse, le vacher s’en alla. Les bœufs non attachés et non
surveillés s’écartèrent dans la jungle proche. A son retour, le vacher ne
les trouva pas. Il demanda « Ascète ! Où sont mes bœufs ? ». Mahavir resta
silencieux. Le vacher grommela et commença à regarder autour. Il chercha
toute la nuit en vain. Les bœufs, pendant ce temps là, étaient revenus et
s’étaient couchés près de Mahavir. Quand le vacher épuisé revint, le
matin, il vit la scène et perdit patience. Il prit Mahavir pour un voleur
déguisé qu’il venait de prendre, juste avant qu’il s’enfuisse, avec les
bœufs qu’il devait avoir caché durant la nuit. Sans perdre une seconde, il
commença à frapper Mahavir avec la corde qu’il portait pour attacher les
bœufs. La dure corde sisal laissa de grandes traces brûlantes sur le
corps nu de Mahavir. Cette souffrance atroce n’arriva même pas à le
distraire de sa méditation.
Juste à ce moment,
une imposante personne divine apparut et dit, d’une voix de commandement :
« Arrêtez, ! Vous idiot ignorant! Vous êtes entrain de commettre un grave
crime. Cette personne n’est pas un voleur. C’est le fils du roi Siddharth.
C’est le shramane Mahavir, un grand yogi et un ascète méditant ». Le
vacher tomba prostré aux pieds de Mahavir et, se repentant de son
ignorance, mendia son pardon. La personne qui avait interféré n’était
autre que le roi des dieux, Indra. Il s’inclina devant le mahashramane.
Troublé par les marques enflammées sur le corps de Mahavir, il dit «
Prabhu ! Ces gens ignorants continueront à vous faire souffrir en raison
de leur folie. S’il vous plaît ! Permettez-moi d’être à vos côtés pour
assurer votre protection ! » Mahavir répondit en toute humilité :« Devraj !
Vous devez savoir qu’un ascète sur la voie spirituelle atteint le but de
la pureté à l’aide de sa pratique, de son courage et de sa discipline. Ce
n’est jamais avec l’aide du roi des dieux ou du roi des démons qu’une âme
efface tous ses karmas et devient un Arhant ou libéré ». Plein de respect
et de louange, le roi des dieux s’inclina devant le shramane Mahavir et
partit.
Les afflictions
par Shulpani
En errant, Mahavir
arriva, un jour, près d’un petit village abandonné, sur les bords de la
rivière Vegvati. En dehors du village, sur une petit colline, se trouvait
un temple entouré de monceaux dispersés d’os et de squelettes. Considérant
que c’était là un lieu approprié pour ses pratiques, Mahavir demanda la
permission aux villageois. Ceux-ci l’informèrent que ce village abandonné
était autrefois une ville prospère. Le féroce démon maniant une lance,
Shulpani Yaksha, qui danse et rit sur des tas d’os, avait changé ce
village en Asthikgram, le village des ossements. Le temple en question
était son temple et il ne permettait à personne de rester là. Si par
hasard quelqu’un restait, il n’en sortait pas vivant. Les villageois
essayèrent de dissuader Mahavir de séjourner en ce lieu mais, il était
déterminé à extirper la peur et à semer les graines du courage. Il insista
et le soir il était dans le temple, complètement perdu dans sa méditation.
Lorsque l’obscurité descendit, l’air se remplit de sons sinistres.
Shulpani, le démon
à la lance, apparut dans la cour et commença à faire un bruit de trompette
effrayant. Il fut surpris de voir un être humain se tenant debout en
méditation, sans peur. Il produisit un grondement de tonnerre qui secoua
les frêles murs du temple, mais l’ascète ne bougea pas encore, ni ne le
firent la vue d’ atrocités horribles. Un éléphant fou apparut et piqua
Mahavir avec ses défenses pointues. Il le leva dans sa trompe et le jeta
alentours. Comme cela ne produisait pas d’effet sur Mahavir, un fantôme
horrible apparut et l’attaqua avec ses grandes canines et ses griffes.
Puis, un serpent noir apparut qui attaqua Mahavir avec ses puissants
crochets venimeux et sa respiration toxique. Finalement, il causa une
souffrance extrême à six endroits délicats du corps de Mahavir (les yeux,
les oreilles, le nez, la tête, les dents, les ongles et le dos). Mahavir
avait une capacité sans fin de supporter la souffrance. Même cette extrême
calvaire échoua à ébranler la sérénité de sa compassion.
Vidé de toute son
énergie démoniaque, Shulpani devint craintif. Il pensa qu’il faisait face
à quelque pouvoir divin plus fort que lui, et qu’il courait à sa propre
perte. Tout à coup, une lumière spirituelle divine se dirigea pour sa
propre destruction. Une lumière spirituelle illumina son soi intérieur.
Doucement, sa colère s’atténua, sa peur se dissipa et un sentiment de
bienveillance prit le dessus. Il demanda pardon à Mahavir. Ce dernier
ouvrit les yeux et faisant preuve d’humilité, levant sa main, dit « Shulpani !
La colère augmente la colère et l’amour engendre l’amour. Si vous ne
causez pas de peur, vous serez exempt de toute peur, pour toujours. Aussi,
détruisez le poison lierre de la colère ! ».
Mahavir passa son
premier séjour durant la mousson à Asathikgram.
L’incarnation de
l’amour.
En quittant
Asathikgram, Mahavir se dirigea dans la direction de la ville de
Shvetambika. Le chemin pour se rendre à cette ville passait par un forêt
dense et désolée. Lorsque quelques bergers virent Mahavir entrer dans la
forêt, il lui crièrent « Oh ! Moine !Attendez une minute. C’est un chemin
dangereux. Il y a un serpent noir avec un regard vénimeux sur ce chemin.
Son sifflement et son regard brûlent plantes et arbres. Même les oiseaux
volants et les humains sur pied tombent morts. S’il vous plaît ! Laissez
ce chemin et prenez une route différente ».
Mahavir entendit
cet appel rempli de peur des bergers. Avec un sourire serein, il leva la
main comme geste d’assurance. D’un pied ferme, il alla près du trou du
serpent. On pouvait voir autour des squelettes d’humains et d’animaux. Il
n’y avait pas une seule feuille verte aussi loin que l’œil puisse voir.
Près du trou du serpent, se trouvait un temple démoli. Mahavir se tint à
l’ombre de ce temple et commença sa méditation.
Après quelque
temps, le serpent noir géant sortit de son trou, en sifflant fièrement. Il
n’avait pas vu d’ être humain depuis longtemps. L’homme se tenait debout
ferme et sans peur avec ses yeux clos. Le serpent fut surpris. Il regarda
Mahavir avec ses yeux rouges venimeux. Comme des flammes d’une boule de
feu ses yeux empoisonnés émirent des vagues de venin. Il siffla de façon
impressionnante, mais tout cla n’avait aucun effet quelconque sur Mahavir.
Le serpent était étonné « Jusqu’à ce jour, tout homme que j’ai rencontré a
été consumé par mon premier sifflement vénéneux et celui-ci se tient
tranquille, absolument impassible ? ».
Le serpent jeta un
coup d’œil au soleil, fixa son regard une fois encore sur Mahavir et
siffla sur lui avec une colère renouvelée, mais en vain. Il rampa de la
ligne de la tombée attendue du corps et, avec toute sa force, enfonça ses
crochets dans l’orteil de Mahavir et lui injecta tout son venin. Il se
retira un peu et attendit de nouveau avec impatience, mais en vain.
Le serpent en
colère, vexé de son échec, piqua Mahavir deux fois à nouveau. Ses trois
attaques furent peine perdue. Mahavir resta paisible. Le serpent fut
étonné de voir du lait qui suintait au lieu de sang des endroits où il
avait mordu l’orteil de Mahavir. Ce dernier resta debout sans bouger. Son
visage était rayonnant et ses lèvres arboraient un charmant sourire, comme
une rose en fleur. Ses yeux reflétaient sa compassion intérieure.
Le serpent continua
à regarder fixement avec surprise. Confus de son échec, il était perdu
dans ses pensées.
Concentré dans ses
poursuites spirituelles, Mahavir dit avec sa profonde et tranquille voix
« Oh ! Chandrakaushik ! Ouvrez vos yeux intérieurs. Soyez calme et
rappelez-vous votre vie passée. N’injectez pas de venin dans votre vie !
Elevez-vous au-dessus du poison mortel de la colère ! ».
Mahavir ouvrit ses
yeux remplis d’ambroisie. Lorsque le serpent vit son regard, il sentit
comme si une vague de paix et de tranquillité avait englouti son soi
intérieur. Il apparut que son venin avait doucement disparu. Il était
perdu dans de profondes pensées. Sa mémoire dormante commença à se révéler
et il acquit la « jatismaran jnan ». Les évènements de ses deux naissances
passées firent surface dans sa mémoire. Il comprit qu’il avait souffert de
douleurs atroces et de dégradation, en raison de son extrême colère et de
son attachement aigu, durant ces naissances. Le feu du repentir fit fondre
ses vices.
Son esprit
atteignit l’illumination et sa pensée devint tranquille. Il toucha les
pieds pieux de Bhagavan Mahavir et décida « Oh ! Seigneur ! Maintenant, je
ne regarderai plus personne du tout durant ma vie. Je ne mangerai rien. Je
ne boirai pas non plus. Je mettrai juste ma bouche dans le trou et je
resterai ainsi allongé tranquille dans l’ombre de vos pieds. Je le veux
pour tous mes péchés commis durant mes trois naissances antérieures et
pour améliorer la future ».
Sachant que le
serpent était devenu inoffensif, une foule de gens commença à arriver des
villages proches. Ils vénérèrent le dieu-serpent en lui offrant du lait
et des douceurs. Mais le serpent gisait en méditant, gardant son capucon
dans son trou, sans la moindre trace de mouvement. Des nuées de fourmis
furent attirées par les douceurs. Elles commencèrent à piquer le serpent,
mais celui-ci supporta ces afflictions avec équanimité. Il fit en silence
le dernier vœu (de la mort par le jeûne) et il supporta l’angoisse de la
faim, de la soif et les piqûres des fourmis. Son corps devint presque
perforé, mais il ne réagit pas du tout. Après quinze jours, il mourut et
il renaquit comme dieu dans la forme Sahasrar.
L’étouffement
des flammes
Une fois, quittant
Shravasti, le shramane Vardhaman allait au village de Haliddug. Sur le
chemin, il vit un grand arbre banyan. Trouvant cela convenable, il se mit
dessous et commença sa méditation nocturne. C’était l’hiver et un vent
froid soufflait. Gaushalak le suivait. Comme ce dernier ne pouvait pas
supporter le vent perçant, il se déplaça de l’autre côté de l’arbre. Après
un certain temps, des voyageurs s’arrêtèrent aussi sous l’arbre. Ils
ramassèrent du bois sec et commencèrent à allumer un feu pour cuire leur
nourriture. Ils passèrent leur nuit là et laissèrent le feu brûler.
Lentement, le feu
se répandit et atteignit l’endroit où Mahavir se trouvait. Gaushalak lui
cria de faire attention, mais Mahavir n’avait pas vu qu’ils étaient
partis tôt le matin en laissant le feu brûler. Lentement, le feu se
répandit et il engloutit les brindilles et les feuilles sèches assemblées
sous l’arbre. Le vent soufflait dans la direction de Mahavir qui méditait.
Le feu atteignit, petit à petit, l’endroit où se trouvait Mahavir.
Gaushalak lui cria de faire attention mais il n’avait d’autre conscience
que celle pour son âme. Il restait impassible, malgré la chaleur des
flammes qui approchaient de lui, occupé à étouffer le feu ultime, le feu
de la renaissance. Les flammes l’atteignirent et brûlèrent ses pieds. Même
cette souffrance aigûe n’atteignit pas la profondeur de sa tranquillité.
Après quelque temps, le feu s’éteignit de lui-même.
La torture par
Kalahasti
Quittant le village
de Chorak, Mahavir arriva aux faubourgs du village de Kalambuka. Ce
village était gouverné par deux frères, Megh et Kalahasti. Bien qu’ils
soient propriétaires et chefs de ce vilage, ils étaient impliqués dans
des activités illégales, comme le pillage du royaume voisin. Ils
attachaient les villageois de ce royaume avec des cordes et ils les
torturaient de façon inhumaine. Lorsque l’un d’eux ne pouvait pas tirer
d’informations d’eux, il demandait à son frère, Megh, d’effectuer d’autres
tortures et d’autres interrogatoires.
Enchaîné comme un
criminel, Mahavir fut amené devant Megh qui sentit comme s’il avait vu
cette figure connue. Il se rappela soudain qu’une fois il avait vu le
prince Vardhaman à la cour du roi Siddharth. L’ espion enchaîné semblait
avoir une étrange ressemblance avec le prince. Il s’approcha plus près et
reconnut que la personne en question n’était rien d’autre que le prince
Vardhaman, qui était devenu un shramane. Il tomba à ses pieds et, avec des
larmes du repentir dans ses yeux, il le pria de le pardonner. Lorsqu’il
fut libéré, Mahavir poursuivit son voyage.
Parmi les aborigènes
C’était la
cinquième année des pratiques de Bhagavan Mahavir. Il allait dans le pays
du Radh (ou du Ladh). Cette région était aussi connue comme Vajra Bhumi ou
Shubhra Bhumi. Elle était habitée par une population peu abondante et
dispersée d’ aborigènes rustiques. Gaushalak suivait encore Mahavir
partout où il allait. Les gens de cette région ne connaissaient rien des
ascètes et de leurs conditions. Ils furent frappés d’étonnement lorsqu’ils
virent une personne nue qui se tenait debout comme une statue dans des
lieux aussi perdus. Comme ils n’obtenaient aucune réponse et aucune
réaction, en criant sur Mahavir, ils s’ irritèrent et ils le frappèrent
avec des bâtons, des lances, des os et des pierres. Le shramane Mahavir
supporta avec équanimité toutes ces tortures et continua son avance vers
la pureté.
Il errait d’un
endroit à un autre et il lui arriva, une fois, de traverser un petit
village. Il ne rentrait pas très souvent dans un village pour mendier sa
nourriture car, la plupart du temps, il recevait de la nourriture sèche ou
qui n’était pas fraîche. Aussi, souvent, il allait sans aucune nourriture.
Les gens le regardaient curieusement et des chiens sauvages fondaient sur
lui et le mordaient. Pour leur amusement de primitifs, les aborigènes
prenaient Mahavir et le jetaient sur le sol. Il passa presque cinq mois
dans cette région, durant sa première visite. Une fois encore, durant la
neuvième année de ses pratiques ascétiques, il y retourna et il y resta
six mois environs.
Le sauvetage de
Gaushalak
Une fois, allant de
Siddharthpur au village de Kurmar, Mahavir passait dans un forêt dense.
Tout à coup, Gaushalak vit un ascète dans une ouverture d’un côté du
chemin. En observant plus avant, il vit que cet ermite faisait une étrange
pénitence. Il se tenait, face au soleil, la tête tombante et les bras
levés. Ses longues méches de cheveux pendaient sur le sol comme les
racines d’un veil arbre banyan. En raison de la chaleur des rayons du
soleil, de petits insectes, tombant de ses cheveux hirsutes, grouillaient
sur le sol. Sans compassion, il les ramassait et les mettait à nouveau
dans ses mèches épaisses de cheveux.
Gaushalak ne put
contrôler son rire, en voyant cette étrange activité. En se moquant, il
dit « Oh ! Demeure d’insectes ! Que pensez-vous que vous faites ? Vous
êtes entrain de recueillir des insectes et de considérer que c’est une
pénitence ? ». L’ermite resta calme, tout d’abord, mais comme Gaushalak ne
s’arrêtait pas de faire des remarques mordantes, il le regarda avec des
yeux enflammés et lui dit « Oh ! Personne visiteuse ! Mon nom est
Vaisyayan Tapas et je suis la risée de fous ignorants comme vous ». Au
lieu de le faire cesser de plaisanter, ce commentaire méprisant entraîna
un rire insultant de Gaushalak. L’ermite fit alors quelques pas en arrière
et en colère se mit à emmettre du feu de sa bouche (c’est un pouvoir
miraculeux appelé « tejoleshya » acquis après une longue et dure
pénitence). Immédiatement, une boule de feu se rua sur Gaushalak qui se
retira avec peur et courut vers Mahavir en criant de panique « Sire !
Sauvez-moi. Ce Tapas va me brûler ». Atteignant Mahavir, Gaushalak tomba à
ses pieds.
Entendant l’appel
pathétique de Gaushalak, Mahavir fut ému. En se retournant, il vit la
boule de feu qui approchait. Du cœur plein de compassion du shramane
Mahavir s’échappa un flot spontané de douce énergie pacificatrice. Lorsque
le regard de nactar de Mahavir tomba sur la boule de feu, elle se calma.
Le coléreux ermite fut étonné de voir sa boule de feu éteinte. Il reconnut
à Mahavir un pouvoir bien plus grand et bienveillant que le sien et lui
dit « Pardonnez-moi ! Oh ! Incarnation de bienveillance ! Je ne savais pas
que cet homme était votre disciple ! ». Gaushalak fut ainsi sauvé d’une
mort imminente. Il demanda à Mahavir « Sire ! Qu’est-ce que dit cette
demeure d’insectes ? ». Mahavir répondit « Il allait vous changer en
cendres, avec son pouvoir de feu. Vous avez été sauvé par moi, par mon
pouvoir pacificateur. Ne dérangez plus personne à l’avenir ! ».
Les
tourments par Kataputna
Il y eut un
incident, la sixième année de la période des pratiques spirituelles du
shramane Mahavir. C’était le mois de Magh (Janvier/Février), au faîte de
la saison hivernale. Des vents glaciaux et mordants soufflaient. Durant la
partie tranquille de la nuit, dans une jungle solitaire, Mahavir était en
méditation. Tout à coup, une sorcière nommée Kataputna vint là. Voyant
Mahavir en méditation, elle se mit en colère sans raison apparente.
Mais rien ne se
produit sans raison. Il devait bien y avoir quelque antagonisme d’une
naissance antérieure. Aussitôt que le sentiment apparut, Kataputna perdit
la raison et, pour se venger de quelque acte oublié d’une vie passée,
elle commença à torturer Mahavir.
Elle prit la forme
d’un géant à l’air inquiétant, Parivrajak, avec de longues mèches de
cheveux. Remplissant d’eau glacée ses cheveux tressés elle en aspergea
Mahavir. L’atmosphère était remplie du son gémissant des vents glacés et
du rire démoniaque de la sorcière. C’était une scène horrible.
Mahavir,
complètement élevé dans un très haut royaume spirituel, resta impassible
et serein. A la fin, la sorcière accepta sa défaite. Elle s’inclina aux
pieds du shramane Mahavir et elle partit. Comme résultat de sa totale
absorption dans le soi, et de sa haute pureté d’âme, Mahavir acquit les
pouvoirs mentaux spéciaux de percevoir à volonté tout le monde physique.
Dans la prison
Pendant
la sixième année de ses pratiques ascétiques, Mahavir vint, un jour, dans
le village de Kupiya, dans l’état du Videh, à l’est de Vaishali. Les
gardes du village le prirent et pensant que c’était un espion le mirent en
prison. Il y avait deux mendiantes dans le village. Lorsqu’elles, Vijay et
Pragalbh, apprirent qu’un espion déguisé en ascète nu avait été
appréhendé, elles vinrent le voir. Le shramane Mahavir enchaîné était
entrain de méditer dans la prison. Les mendiantes le reconnurent et
devinrent tristes. Elles s’approchèrent des gardes et leur dirent « Vous
vous dites les gardiens de l’état et des gens, et vous ne pouvez pas
distinguer un voleur d’un honnête citoyen. Vous ne voyez aucune différence
entre un shramane et un fraudeur. Pour votre information, vous êtes
entrain de torturer le shramane Mahavir, le fils ascète du roi Siddharth.
N’avez-vous pas peur du courroux des dieux ? ».
A cette révélation,
les soldats se mirent à trembler. Ils relâchèrent aussitôt Mahavir et lui
demandèrent son pardon. Le shramane Mahavir leva la paume de sa main en
geste de pardon et d’assurance, et s’en alla pour un autre lieu
solitaire.
La torture
mortelle de Sangam
Un jour, le
shramane Mahavir faisait une méditation spéciale d’une nuit, dans le
temple Polash du jardin Pedhal, à l’extérieur du village. Dans cette
pratique, on maintient son corps, son mental, son psyché et son âme
absolument calmes et tranquilles. Observant ce haut degré d’absorption en
méditation, Indra s’exclama « Vous êtes grand, Prabhu Vardhaman !
Aujourd’hui, vous n’avez pas d’égal comme ascète, serein, brave et
équanime spiritualiste ». Sangam, un dieu de l’assemblée d’Indra, fut
irrité de cette louange d’un être mortel. Il rétorqua « Si Devraj promet
de ne pas intervenir, je peux déranger la concentration de Mahavir. C’est
un jeu d’enfant pour moi ! ».
Indra resta
silencieux, bien que à contrecoeur. Considérant cela comme un accord,
Sangam se rendit au temple de Polash, avec tout son pouvoir et toute sa
ruse. L’une après l’autre, il créa ving situations presque fatales pour
déranger la méditation de Mahavir.
Il créa une tempête
de sable terrible et, en un instant, Mahavir fut submergés par un monceau
de sable. Dans son inébranlable méditation, celui-ci ne ferma même pas les
yeux. Aussitôt que la tempête fut arrêtée, une nuée de fourmis arriva. Le
corps de Mahavir en fut recouvert. Elles le piquaient et le mordaient,
mais il restait tranquille. Après cela, d’innombrables moustiques
attaquèrent le corps de Mahavir. Puis, une attaque de fourmis blanches le
transforma en une termitière. Des scorpions marchèrent sur son corps et le
dardèrent de piqûres empoisonnées. Ce fut suivi de morsures de mangoustes,
de gros cobras et de rats des champs géants.
Après tout cela,
apparut un éléphant blanc qui piqua Mahavir avec ses grandes défenses
pointues. Cet éléphant le prit dans sa trompe et le lança en l’air.
Lorsqu’il retomba sur le sol, il le comprima avec ses pattes. Cela fut
suivi par l’attaque d’un fantôme au regard menaçant. Enfin, un tigre
blessa Mahavir avec ses talons crochus..
Comme toutes ces
afflictions douloureuses échouaient à perturber la méditation de Mahavir,
Sangam s’y prit différemment. Il créa une illusion frappante de Siddharth
et de Trishala pleurant et gémissant énormément. Cela non plus ne modifia
pas la résolution de fer de Mahavir. Il alluma ensuite un feu touchant
presque les pieds de Mahavir et commençant à les cuire. Après, il prit la
forme d’un oiseau de proie et pendit un certain nombre de cages sur
Mahavir. Les oiseaux l’ attaquèrent avec leurs becs et leurs pattes à
travers les espaces des cages et du sang suinta de ces nouvelles
blessures. Puis, vinrent une tempête, une pluie torrentielle, et une
tempête de grêle. Rien ne parvenait à déranger la résolution, dure comme
un roc, de Mahavir.
Maintenant, vint un
grand tourbillon, soulevant et faisant tournoyer tout ce qu’il y avait sur
son passage. Le corps de Mahavir tourbillonna, mais son esprit resta
stable. Enfin, Sangam lui-même leva une grande masse et en frappa Mahavir.
C’était un lourd coup qui enterra Mahavir jusqu’aux genoux, mais il ne
cligna même pas des yeux. Après tous ces tourments physiques, Sagam eut
recours à une attaque psychologique. Il arriva dans sa forme divine
conduisant un viman ( un véhicule spacial) et dit à Mahavir « Pourquoi
souffrez-vous tant et êtes-vous encore sur la terre ? Venez, je vais vous
prendre au ciel avec votre corps mortel : » Mahavir ne répondit pas.
Finalement, Sagam
produisit des fées peu vêtues qui s’approchèrent de Mahavir et firent
onduler leurs corps voluptueux en guise d’invitation. Il créa aussi une
atmosphère favorable à la luxure. Mahavir ne changea jamais son regard
glacial et son corps resta sans réaction.
Toutes ces vingt
afflictions drainèrent l’énergie de Sangam et il se fatigua. D’un autre
côté, même après avoir supporté ces pénibles tortures, Mahavir restait de
plomb dans son état élevé de méditation.
Le refuge du roi
des démons
Dans la chaîne du
Vindhya vivait un ermite nommé Puran. Du fait de sa rigoureuse pénitence
il était réincarné comme le roi des démons, Chamarendra. Ce dernier avait
un ego enflé, du fait de ses pouvoirs naturels et de ses capacités
miraculeuses. Lorsque, par sa perception démoniaque, il arriva à savoir
que le roi des dieux, Shakrendra, avait plus de gloire et de richesses,
son ego fut blessé. Il décida de l’assujetir. Il se prépara à attaquer la
demeure de Shakrendra, le Saudharma Viman, avec son arsenal démoniaque.
Mais, au cas où il lui faidrait faire face à une défaite, il désira l’aide
de quelqu’un de plus fort que lui. En cherchant, il trouva que le
shramane Mahavir était la personne qui convenait le mieux.
Immédiatement, il
courut à Sumsumarpur où Mahavira était en méditation. Après s’être incliné
devant lui, il lui dit : « Bhante ! Moi, roi des démons, Chamarendra, je
vais me battre avec Saudharmendra Shakra. S’il vous plaît,
protégez-moi ! ». Ayant dit cela, sans attendre la réponse, il courut à
l’assemblée des dieux et provoqua leur roi. Un moment Shakrendra fut
déconcerté, mais lorsqu’il vit que c’était le roi des démons Chamarendra,
il sortit calmement son arme la plus puissante, le Vajra, et la lança sur
lui.
Alors que le Vajra
allait vite en direction de Chamarendra, il émit de brillantes étincelles
et un son du tonnerre. Effrayé par cette arme redouable, Chamarendra
s’enfuit en direction de l’arbre sous lequel Mahavir était en méditation.
Lorsque Shakrendra réalisa où Chamarendra se dirigeait, il fut inquiet des
dommages que le Vajra pouvait causer à Mahavir. Aussitôt, il courut après
Chamarendra qui fuyait, pour désamorcer le Vajra. Ce fut une étrange
vision dans le ciel ; d’abord, le roi des démons criant de peur, puis le
brillant Vajra suivi par le roi des dieux.
Le roi des démons
se transforma en un tout petit être et alla se réfugier derrière les pieds
de Mahavir. Il cria « Prabhu ! Je suis sous votre protection, avec bonté,
protégez-moi ! ». Comme le Vajra était près de le frapper et d’exploser,
Indra le prit et le mit hors de combat. Chamarendra tremblait de peur et
Shakrendra bouillait de colère. Mahavir leva la paume de sa main ouverte
et les bénit tous les deux. Indra dit à Chamarendra « Roi des démons ! Ce
que vous avez fait est impardonnable mais, en prenant refuge auprès de
Bhagavan Mahavir, vous avez immobilisé mes mains. Comme il vous a
pardonné, je vous laisse sain et sauf. Vous pouvez aller ! » Le roi des
démons exempt de peur et le roi des dieux exempt de colère, s’inclinèrent
devant Bhagavan Mahavir et partirent pour leurs demeures respectives.
La délivrance de
Chandana
De la capitale
Kaushambi, le roi Shatanik gouvernait l’état de Vats. Sa reine principale
Mrigavati était la fille du Maharaj Chetak de la république de Vaishali.
L’Anga était l’état voisin et sa capitale Champa. Le roi de cet état était
le Maharaj Dadhivahan. Sa reine Dharini était la plus jeune fille de
Chetak. Dharini avait une fille nommée Vasumati qui était très belle et
très gracieuse.
Une fois que le roi
Dadhivahan était parti avec son armée porter assistance à un roi voisin,
le roi Shatanik attaqua Champa. Les soldats cruels de Kaushambi pillièrent
Champa. Le général et le grand conducteur de char de Kaushambi, Kakmukh,
fut attiré plus par la beauté que par les richesses. Il entra au palais et
kidnappala la reine Dharini et Vasumati. Lorsque Kakmukh tenta de violer
sa chasteté, le reine Dharini se suicida. Comme Vasumati menaçait de faire
de même, il changea d’idée. Il la prit chez lui comme sa fille. Sa femme
ne tolérant pas Vasumati, il fut persuadé par cette dernière de la vendre
aux enchères au marché aux esclaves. Le procédé plut à sa femme.
Kakmukh amena donc
Vasumati au marché aux esclaves. Dans les enchères, le plus offrant fut
une courtisane de Kaushambi. Il y eut une altercation quand Vasumati
refusa d’aller avec elle.
Juste à ce
moment-là, un riche marchand de Kaushambi arriva. Voyant l’agitation, il
demanda « Que se passe t’il ? »
Quelqu’un dans la
foule dit « Aujourd’hui, une jeune esclave, enlevée à Champa, a été
vendue au prix de cent mille pièces d’or. Elle ressemble à une beauté
divine. Une courtisane l’a achetée, mais elle refuse d’aller avec elle.
Elle paraît être chaste et bien née ».
Immédiatement, le
marchand entra dans le marché aux esclaves. Il regarda la princesse et
aussitôt fut amené à analyser la situation « Non, dit-il, ce ne peut pas
être une esclave. C’est une divine personne. Oh ! Seigneur ! Comme les
situations qui courent sont devenues mauvaises ! Une telle torture
inhumaine à une jeune fille si délicate et si cultivée ? Une belle fille
dans un telle situation pitoyable ? ». Le marchand fut ému. Il approcha de
Vasumati et dit « Mon enfant ! Je suis le marchand Dhanavah. Je suis un
disciple des shramanes nirgranths et je vis dans cette ville. En voyant
votre trouble, je me sens déprimé. Si vous ne souhaitez pas aller avec la
courtisane je ne permettrai pas que cela arrive. Je vous achèterai en
payant cent mille pièces d’or. Voulez-vous venir avec moi ? Voulez-vous
vivre avec moi, comme ma fille ? ».
La princesse
orpheline, vendue comme une esclave, arriva à la maison du marchand
Dhanavah. Mais sa femme, Mula, eut un doute lorsqu’elle vit la jeune fille
divinement belle entrer dans la maison. Au moment où Mula jeta les yeux
sur Vasumati, elle vit en elle une rivale pour les faveurs de son époux.
Les graines du doute étaient semées concernant même l’honnêteté de son
époux.
Du fait de sa douce
attitude, Vasumati eut une influence magique sur le ménage. Le parfum de
sa prestance et la douceur de sa nature inspirèrent à Dhanavah de
l’appeler Chandan ( bois de santal). Sa femme Mula fut prise d’envie.
Elle pensa que cette fleur empoisonnée devait être étouffée dans le
bouton.
Un jour, le
marchand Dhanavah quitta la ville pour faire quelques courses dans son
travail. C’était une occasion en or pour Mula. Elle affranchit toutes les
servantes du foyer, appella Chandana, remplaça sa belle robe par des
guenilles, prit tous ses bijoux, lui mit des fers et rasa sa longue
chevelure soyeuse. Chandana dit, surprise « Mère ! Que faites-vous là ? Je
ne vous ai fait aucun mal. Pour quelle faute me punissez-vous ? ».
Mula fit taire
Chandana, l’a mit dans une cave sombre, ferma à clef et partit.
Dhanavaha retourna
le troisième jour chez lui. Lorsqu’il vit la maison abandonnée, il fut
déconcerté. Il appella « Chandana ! Oh ! Chandana ! » Mais personne ne
répondit. Il alla derrière la maison et appela une fois encore. Chandana
cria « Père ! Je suis là, dans la cave sur l’arrière ! ».
Le marchand rentra
et vit la cave fermée à clef. En regardant à travers les barres de la
porte en fer, il vit Chandana dans sa condition misérable et commença à
crier « Qu’est’il arrivé à ma fille ? Quel mauvais esprit vous a fait
cela ? ». Chandana répondit calmement « Père ! Faites-moi sortir d’abord
et puis je vous raconterai tout ».
Le marchand brisa
la serrure et fit sortir Chandana. Elle demanda « Père ! Je n’ai pas même
pris une goutte d’eau depuis trois jours. S’il vous plaît, donnez-moi
quelque chose à manger et à boire ! » Le marchand fit le tour de la
maison, mais tout était fermé. Pas même un ustensile accessible. Il vit un
panier contenant une poignée de son sec pour les vaches. Il prit le panier
et le mit devant Chandana « Mon enfant ! Mangez un peu de cela. Je vais
appeler un forgeron pour couper vos fers ! ».
La résolution
impossible
C’était la
douzième année des pratiques spirituelles de Bhagavan Mahavir. Passant
l’arrêt des errances durant la mousson à Vaishali, il alla dans un jardin
à Kaushambi. C’était au moment des incidents de l’attaque de Shatanik à
Champa, de la prise de Champa, du sacrifice de la reine Dharini, de la
vente aux enchères de la princesse Vasumati comme esclave, etc. Bhagavan
Mahavir eut, avec sa connaissance et sa perception pénétrantes, un aperçu
de tout cela. Il prit une résolution presque impossible, le premier jour
de la moitié sombre du mois de « paush » (décembre/ janvier).
« Je n’accepterai
des aumônes pour rompre mon jeûne que d’une princesse qui est devenue une
esclave et si elle a aussi la tête rasée, les membres enchaînés, si elle
n’a pas mangé depuis trois jours, si elle est assise sur le pas d’une
maison, si elle a du son dans un panier et un sourire avec des larmes dans
les yeux. ! A moins que ces conditions soient remplies, je prends la
résolution de continuer ma pratique et de ne pas rompre mon jeûne ».
Quatre mois
étaient passés depuis que Bhagavan Mahavir avait commencé à aller de porte
à porte mendier dans la ville de Kaushambi.
Un jour, il
approchait de la maison du Ministre en chef de Kaushambi, Sugupta. La
femme de Sugupta, Nanda, était une dévote de Bhagavan Prashvanath et au
courant des pratiques des ascètes shramanes. Voyant le mahashramane
Vardhaman apporcher de la maison pour des aumônes, elle fut fascinée. Elle
demanda à Prabhu d’accepter la nourriture pure et ascétique. Mahavir fit
demi-tour, sans rien accepter. Nanda fut déçue. Maudissant sa malchance,
elle dit « Mahashramane Vardhaman est venu à ma maison et, qu’elle
malchance, je n’ai rien pu lui donner ».
Les domestiques de
Nanda la rassurèrent « Madame, pourquoi êtes-vous si découragée ? Cet
ascète s’est approché de presque toutes les maisons de Kaushambi pour des
aumônes et, sans prendre un simple grain ou dire un mot, il est reparti.
Nous avons été les témoins de tout cela pendant les derniers quatre mois.
Ce n’est pas un fait unique, aussi pourquoi être consternée ? ».
Les paroles de la
domestique ajoutèrent à la détresse de Nanda « Quoi ! Le mahashramane est
resté sans aumônes durant les quatre derniers mois et je n’ai pas été
capable de le servir ? Comme je n’ai pas de chance ! ».
A ce moment, le
ministre Sugupta arriva. Nanda lui raconta tout.
Sugupta devint
aussi inquiet. Le roi Shatanik et la reine Mrigavati apprirent également
que le shramane Mahavir errait dans Kaushambi, sans nourriture et sans
eau, depuis quatre mois. Tout le monde était triste et soucieux La
famille régnante alla trouver Bhagavan Mahavir et lui demanda d’accepter
de se nourrir. Mais il était inébranlable.
Cinq mois et
vingt-cinq jours étaient passés depuis que Bhagavan Mahavir n’avait rien
mangé. Le vingt-sixième jour du sixième mois commençait. C’était l’après
midi, quand Prabhu Vardhaman errant pour chercher des aumônes s’approcha
de la maison du marchand Dhanavah. Une foule dans l’expectative le
suivait.
Chandana était
assise sur le seuil de la cave, un pied dedans et l’autre dehors. Dans sa
main, il y avait un panier et dans le panier du son. Lorsqu’elle regarda
les fers à ses membres, un rêve coupé émergea dans sa mémoire, et elle
devint perdue. Tout à coup, elle entendit un bruit de pas qui approchaient
et un murmure de la foule. Elle leva les yeux et vit que le grand sauveur,
le sharamane Mahavir, était debout à sa porte. Candana fut fascinée. Elle
pensa « Merci, Seigneur ! Vous êtes venu vous-même pour me sortir de cette
pitoyable condition ». Un rayon de bonheur se leva sur son visage. Elle
oublia toute sa misère, sa peine se changea en joie, comme si toutes les
cellules dans son corps dansaient. Elle essaya de se lever « Bienvenue !
Oh Seigneur ! Je vous en prie, acceptez quelque chose de ces mains
misérables ». Prabhu fit un pas en avant et s’arrêta. Douze des treize
conditions étaient visibles, mais Chandana n’avait pas de larmes dans ses
yeux. Mahavir se tourna et commença à s’en aller.
Aussitôt que
Mahavir se tourna, le joie de Chnadana s’évanouit quasiment frappée par un
éclair. « Comme je suis malheureuse que, même dans cette misérable
condition, Prabhu soit parti les mains vides de ma porte ! » Remplie de
pitié d’elle, elle commença à pleurer.
Mahavir se retourna
et regarda. Toutes les conditions de sa résolution étaient visibles
maintenant. Il avança et étendit ses paumes de mains ouvertes devant
Chandana. Celle-ci, joyeuse, prit le contenu du panier et le mit dans les
paumes tendues de Bhagavan Mahavir. Mahavir rompit son jeûne.
Le moment qui
suivit, les fers de Chandana se brisèrent en morceaux. Des tambours divins
sonnèrent dans le ciel. Des applaudissement divins se répétèrent en écho
dans toutes les directions. « Salut au don d’aumônes ! ». Des fleurs, de
l’eau odorante et des parfums tombèrent en pluie du ciel et la cour de
Dhanvah fut remplie de tas de pierres précieuses. Sa beauté fut magnifiée
mille fois. Les dieux et les déesses parèrent Chandana de beaux vêtements
et de splendides ornements.
Cette résolution de
la période de pénitence de Bhagavan Mahavir peut être jugée comme le
premier pas de l’effort humain pour la libération des femmes.
Dernière
calamité : les pointes dans les oreilles
Après avoir passé
le douzième arrêt durant la mousson de sa période de pratiques à Champa,
Bhagavan Mahavir arriva aux abords d’un village nommé Chhammani, et il se
mit à méditer. C’était la nuit tombante. Un vacher qui retournait à sa
ferme dit « Ascète ! S’il vous plaît ! Surveillez mes bœufs, je vais
revenir dans peu de temps » et il partit.
Le vacher alla dans
le village et retourna un peu plus tard. Les bœufs étaient partis à la
dérive du pâturage. Ne les trouvant pas, le vacher demanda « Ascète ! Où
sont mes bœufs ? »
Mahavir était dans
une profonde méditation et ignorant de cela. Le vacher demanda encore et
encore, mais ne reçut aucune réponse. Il fut irrité et cria « Vous
hypocrite ! Etes-vous sourd ? N’entendez-vous rien ? ».
Mahavir ne répondit
toujours pas. Le vacher perdit patience « Vous, simulateur, il semble que
vos deux oreilles sont inutiles. Attendez une minute ! Je vais vous donner
un traitement qui convient ». Il prit de longues pointes comme les épines
d’un arbrisseau proche d’herbe kansa et il perça profonsément les oreilles
de Mahavir en enfonçant les pointes dedans.
Même ce terrible
calvaire ne fit pas bouger Mahavir de sa méditation, ni n’éveilla chez lui
aucun sentiment de colère ou d’aversion.
Ayant achevé le
cours normal de sa méditation, il alla mendier dans le village et arriva à
la porte d’un négociant nommé Siddharth. Un ami du négociant était assis
avec lui. C’était un docteur. Tous les deux donnèrent de la nourriture
pure au mahasharamne avec le respect qui lui était dû.
Le docteur Kharak
dit à Siddharth « Ami ! Le visage de ce shramane a un rayonnement divin
mais il a aussi une ombre de fatigue. Une certaine souffrance est visible
dans ses yeux. Je pense que ce grand sage souffre de quelque angoisse »..
Siddharth répondit
« Ami ! Si un tel grand sage souffre de quelque mal, nous drevons
imméditament aller le soigner ».
Après avoir reçu
l’aumône, le mahashramane s’en alla. Prenant le docteur Kharak avec lui,
Siddharth le suivit. Allant dans le jardin où Prabhu était, ils
l’appelèrent et ils trouvèrent les épines enfoncées dans ses oreilles.
Kharak trembla de remords. Les amis s’arrangèrent pour touver les
instruments et les remèdes nécessaires. Il utilisèrent de l’huile
médicale, des forceps, et ils ôtèrent les épines. Cela causa une
souffrance tellement forte à Mahavir qu’il fut obligé de pousser un cri de
douleur. Du sang suinta de ses oreilles. Le docteur appliqua du
coagulant.
Les dix grands
rêves
Une fois, après une
profonde et épuisante pratique spirituelle, Bhagavan Mahavir fut
extrêmement fatigué. Son épuisement le fit sommeiller pendant quelques
moments durant le dernière heure de la nuit. Il vit alors dix étranges
rêves.
Les dix rêves que
fit Mahavir et les interprétations d’Utpal sont les suivants :
1.
Entrain de vaincre un démon Tal (Vous détruirez bientôt le « mohaniya
karma » :le karma qui trompe).
2.
Un oiseau avec des plumes blanches est à proximité (Vous aurez
toujours l’attitude et les sentiments les plus purs).
3.
Un oiseau avec des plumes multicolores est aux alentours (Vous
propagerez une connaissance à plusieus facettes, dans les douze Angas
« Canons »).
4.
Deux colliers de pierres précieuses apparaissent en face (Utpal ne
put pas comprendre ce rêve. A sa demande, Mahavir le lui expliqua… Je
prêcherai la religion à deux voies… la conduite des ascètes et la conduite
des laïcs).
5.
Un troupeau de vaches blanches est en face (La quadruple
organisation : shramane, shramani, shravak, shravaki, vous servira).
6.
Un lac avec des lotus ouverts (Les dieux des quatres sortes vous
serviront).
7.
Un océan cireux traversé en nageant (Vous traverserez l’océan des
renaissances).
8.
Des rayons du soleil dans toutes les directions (Bientôt vous aurez
l’illumination ou l’omniscience).
9.
Vous encerclez la montagne Manushottar avec vos intestins bleuâtres
(Vous vous répandrez dans l’univers avec votre gloire pure).
10.
Vous êtes assis sur un trône placé au sommet du Mont Meru ( Vous
ferez un discours religieux assis sur un haut trône).
L’
ACHARYA KEWALI
La lumière de
l’omniscience
En observant les
détails de la période de douze ans de pratiques spirituelles de Bhagavan
Mahavir, il est évident que celles-ci combinaient quatre qualités : 1. Une
méditation profonde que rien ne vient troubler, 2. Une pénitence
rigoureuse, 3. Une tolérance extrême de la souffrance. 4. Une suprême
équanimité.
C’était le dixième
jour de la moitié brillante du mois de Vaishakh (Avril/ Mai). Douze ans
cinq mois et quinze jours étaient passés, depuis le commencement des
pratiques spirituelles de Mahavir. Il était en méditation sous un arbre
saal, dans un jardin, sur le bord de la rivière Rijubaluka. Assis sur ses
deux pieds avec les genoux touchant sa poitrine, il éprouvait du calme,
même dans le soleil brûlant de l’été. Concentrant toutes ses énergies
physique, mentale et spirituelle, il était occupé à une profonde et pure
méditation. Graduellement, le soleil se coucha à l’ouest et, dans l’âme de
Bhagavan Mahavir, le soleil de l’omniscience se leva. Dès que les nuages
sombres des quatre karmas qui asservissent profondément se dispersèrent,
le soleil tout lumineux de l’omniscience apparut. Le monde physique était
enveloppé dans l’obscurité de la nuit, mais le monde spirituel fut rempli
des rayons infinis de la connaissance. L’effort avait atteint le sommet du
succès et était parvenu au but. Mahavir était devenu Bhagavan (Dieu), Jina
(vainqueur), Sarvajna (connaissant tout) et Sarvadarshi (percevant tout).
Dès qu’il fut devenu omniscient, une lumière apaisante se répandit dans
les trois mondes, pendant quelques secondes. Le monde vivant se remplit
d’un étrange sentiment de bonheur, inconnu jusque là.
Le premier
discours
Après une longue
période de douze années et demi de pratiques spirituelles extrêmes, le
shramane Mahavir acquit la perception infinie (kewal darshan) et la
connaissance infinie (kewal jnan ou omniscience). Pour saluer et féliciter
le premier rayon du divin soleil de la connaissance infinie de Mahavir,
d’innombrables dieux et déesses vinrent des cieux sur la terre. Faisant le
vandana à Prabhu Mahavir, ils célébrèrent son atteinte suprême (kewalya).
Traditionnellement,
un Tirthankar prêche la religion de l’équanimité (ahimsa) immédiatement
après avoir gagné l’omniscience. Pour profiter du premier discours divin
de Mahavir, les dieux créérent le divin pavilion (samavasaran) sur les
pieuses rives de la Rijubakula. De nombreux dieux furent occupés à écouter
son discours.
Les dieux peuvent
admirer et vanter la vérité, la discipline et les vertus, mais ils ne
peuvent pas faire de pratiques spirituelles, telles que des vœux. Seul,
l’homme est capable de suivre la discipline des pratiques spirituelles.
Comme tel, il est dit qu’en l’absence d’un être humain le premier discours
de Bhagavan Mahavir a été un échec, dans le contexte des gains spirituels,
car aucun des présents ne fit de vœu.
Des rives de la
Rijubaluka, Mahavir alla à Madhyam Pava. Un divin pavilion fut créé dans
la jungle Mahasen.
Durant la mois de
Vaishak (Avril/Mai), Som Shrama avait organisé un grand sacrifice (yajna).
Onze grand érudits célèbres, avec leurs 4400 disciples, étaient venus pour
participer au yajna. Des milliers de gens arrivaient, de près ou de loin,
pour contempler l