Leçons pour les juniors(16)            

LESHYAS

Dans le Jaïnisme, une grande importance est accordée aux leshyas. Les leshyās se rapportent aux couleurs de l’âme, elles indiquent ses états de pureté. Nos activités reflètent ces états.

Il y avait, une fois, six amis qui se promenaient. Durant leur randonnée, ils se perdirent dans la forêt. Au bout d’un moment, ils eurent faim et soif. Ils cherchèrent de la nourriture pour quelque temps. Ils trouvèrent finalement un arbre qui portait des fruits.

Comme ils allaient vers cet arbre, le premier de ces amis dit " Coupons l’ arbre pour cueillir ses fruits ". Le second dit " Ne coupons pas tout l’arbre, mais plutôt une grosse branche ". Le troisième ami dit "  Pourquoi une grosse branche ? Il y a assez de fruits sur une petite " Le quatrième dit " Nous n’avons pas besoin de couper de branche, montons sur l’arbre et cueillons les fruits " Le cinquième dit " Pourquoi cueillir tous les fruits et les gaspiller, cueillons seulement ceux dont nous avons besoin pour manger ". Le sixième dit, calmement "  Il y a beaucoup de fruits tombés parterre, commençons d’abord par les manger ".

Vous pouvez ainsi voir les états d’esprit de ces six amis provoqués par une suite de pensées qui commencent par la destruction de l’arbre entier et s’achèvent par la cueillette des fruits tombés sur le sol. Leurs six pensées montrent les six types de leshyās.

L’état de pensée du premier représente la krishna leshyā ( la leshyā noire).Celui du second la neel leshyā (la leshyā bleue), celui du troisième la kapot leshyā (la leshyā brune), celui du quatrième la tejo leshyā (la leshyā rouge), celui du cinquième la padma leshyā (la leshyā jaune) et celui du sixième la shukla leshyā (la leshyā blanche).

La première leshyā est la pire, la sixième la meilleure. Les trois premières conduisent l’âme à la ruine, les trois dernières au progrès spirituel. Nous savons que nos pensées vagabondent dans différents états, du meilleur au pire, tout le temps. C’est pourquoi, nous devons nous efforcer d’avoir des leshyās blanches et non des rouges.

L’histoire du roi Prasenjit, qui vivait à l’époque du Seigneur Mahāvīra, illustre comment l’environnement peut affecter rapidement notre pensée et, à leur tour, nos leshyās et notre progrès spirituel. Un jour, le roi Shrenika alla rendre hommage au Seigneur Mahāvīra. Il vit un sage qui était en méditation avec un halo lumineux autour de lui. Il s’inclina devant ce sage et il continua son chemin. Une fois parvenu auprès du Seigneur Mahāvīra, il lui demanda “ Oh Seigneur ! J’ai vu un sage brillant, dans une profonde méditation. S’il mourait à ce moment même, quel serait son destin ? "

Le Seigneur lui répondit " Il serait jeté dans la septième région de l’enfer "

Le roi fut très étonné d’entendre cette réponse.. Il pensa " Pourquoi un tel sage irait-il en enfer ? Peut-être que le Seigneur m’a mal compris " Il lui demanda de nouveau " Oh Seigneur ! Si son âme quittait maintenant son corps, où irait-elle ? "

Le Seigneur lui répondit " Elle serait un ange dans le Sarvarthasiddhi, une région céleste ".

Le roi fut extrêmement surpris par cette nouvelle réponse. Il pensa " Le Seigneur a, d’abord, dit qu’il atteindrait le septième enfer et il dit, maintenant, qu’il serait un ange ". Il était très perplexe. A ce moment même, des tambours commencèrent à battre dans le ciel et des voix crièrent " Victoire !".

Le roi demanda au Seigneur " Quelle est la cause de ces battements de tambours ? ".

Celui-ci lui répondit " Oh ! Roi, le sage au sujet duquel vous avez posé une question a acquis l’omniscience. C’est la raison pour laquelle les anges battent les tambours et proclament la victoire ! "

Le roi, extrêmement confus par ces réponses, demanda des explications.

Le Seigneur Mahāvīra les lui donna ainsi “  Oh ! Roi, juste avant que vous approchiez de ce sage, deux soldats qui dirigeaient votre procession ont détourné sa pensée par leur conversation. Ils disaient que son fils était trahi par ses ministres et que ceux-ci projetaient de l’enlever et de le tuer lui-même. Sa méditation a été troublée, en raison de l’affection qu’il portait à son fils. Il s’est mis violemment en rage et il a perdu son équanimité. Il a commencé par penser abattre ses ministres, mais il s’est rendu compte que bientôt ses armes seraient épuisées et que ses ennemis ne seraient pas éliminés. Il a envisagé alors de jeter son casque en acier contre eux, pour les tuer. S’il était mort à ce moment-là, il serait allé au septième enfer. Mais, comme il cherchait son casque, il a réalisé qu’il n’était pas le roi Prasenjit, mais un sage. Sa colère est retombée immédiatement. Il s’est rappelé qu’il avait été initié au vœu d’équanimité et de non-violence envers tous les êtres vivants, mentalement, verbalement et physiquement. Il a regretté profondément d’avoir rompu son vœu et de s’être laissé aller à la colère et il s’en est repenti. Il a jugé qu’il devait continuer à avoir de l’amour pour toutes les créatures du monde et ni haine pour ses ministres, ni attachement pour son fils. Il a condamné sévèrement son acte mental, il l’a méprisé, et il a renoncé à son accès de colère et de mauvaise intention. Oh ! Roi, lorsqu’il a songé à cela, vous m’avez posé la deuxième question et j’ai répondu qu’il naîtrait en ange dans le ciel Sarvarthasiddhi. Après, il a continué la purification de ses états mentaux, il a atteint l’étape de " kshapaka " où il a effacé tous ses ghāti karmas et il est parvenu à l’omniscience "

Les doutes du roi Shrenika étaient alors effacés car il avait compris comment les pensées peuvent fluctuer et que non seulement les actes physiques ou les insultes verbales peuvent avoir des effets nocifs mais également les actes mentaux. Nous devons tirer, nous aussi, les leçons de cet épisode. Il convient de comprendre comment on se conduit, comment les différentes leshyās changent et quels sont leurs résultats.

  1. Krishna leshyā ( la leshyā noire) . Les personnes qui ont cet état d’esprit ne montrent aucune compassion, aucune miséricorde. On est effrayé par elles, lorsque leur colère tourne à la violence. Elles brûlent toujours de jalousie et elles en veulent à tout le monde. Elles sont remplies d’animosité et de malice et elles ne croient pas à la religion. Cet état d’esprit est le pire et le plus dangereux. Si quelqu’un meurt dans cette situation, il va en enfer.

     

  2. Neel leshyā ( la leshyā bleue) . Les personnes qui ont cet état d’esprit sont fières, hautaines, et paresseuses. On ne peut pas compter sur elles et les autres évitent leur compagnie. Elles sont tricheuses, lâches, et hypocrites. Elles évitent aussi les discours religieux. Si quelqu’un meurt dans cet état, il renaît en plante.

     

  3. Kapot leshyā ( la leshyā brune) . Ceux et celles qui ont cet état d’esprit restent toujours tristes et sombres. Ils trouvent des fautes chez les autres et sont vindicatifs. Ils se vantent, s’énervent pour des petites choses et manquent d’équilibre mental. Si quelqu’un meurt dans cet état d’esprit, il renaît comme oiseau ou comme animal.

     

  4. Tejo leshyā( la leshyā rouge) . Les gens qui ont cet état d’esprit font très attention à leurs actes et une distinction entre le bien et le mal. Ils connaissent la différence entre ce qui est juste et ce qui est mauvais. Ils sont doux, bienveillants, religieux et ils mènent une vie harmonieuse. Si quelqu’un meurt dans cet état d’esprit, il renaît comme être humain.

     

  5. Padma leshyā ( la leshyā jaune) . Les gens qui ont cet état d’esprit sont doux et bienveillants. Ils pardonnent à tout le monde, même à leurs ennemis. Ils observent un certain nombre d’austérités et sont vigilants sur le respect de leurs vœux jusqu’à leur dernier souffle. Ils ne sont affectés, ni par les joies, ni par les peines. Si quelqu’un meurt dans cet état d’esprit, il renaît dans le ciel comme être céleste.

    6. Shukla leshyā ( la leshyā blanche) .  

Il y a deux degrés dans cette leshyā. Les personnes qui ont cet état d’esprit     observent strictement les principes de non-violence, de vérité, d’honnêteté, de chasteté et de non-attachement. Elles sont dignes de confiance, traitent chaque âme comme si c’était la leur, et elles n’ont pas de sentiments mauvais, même envers leurs ennemis. Elles restent calmes, même si on les insulte. Si quelqu’un meurt dans cet état d’esprit, il renaît comme être humain ou comme ange. Ceux qui ont perfectionné leur état d’esprit, où il n’y a plus aucun attachement, plus aucune haine, qui traitent tout le monde de la même façon et qui ne sont ni heureux, ni tristes, sont dans l’état d’âme le plus pur. Si quelqu’un meurt dans cette façon d’être, qui est parfaite, il ou elle est libéré (e) du cycle de la naissance et de la mort.