Leçons pour les juniors (18)           

THÉORIE DU KARMA

En tant qu’étudiant, vous avez vu que certains font tout très bien en classe, même s’ils n’étudient pas, alors que d’autres se démènent pour conserver leurs bonnes places, en dépit d’études difficiles pour eux. De la même façon, vous pouvez avoir entendu que, pour certains, l’argent vient facilement, tandis que d’autres ne parviennent même pas à trouver du travail. Vous pouvez, aussi, avoir entendu que certains sont, tout le temps, malades, alors que d’autres ne le sont jamais, que certains vivent plus de cent ans, alors que d’autres meurent très jeunes. Tout le monde cherche une réponse à ces étranges disparités. Certains disent que c’est la volonté de Dieu, d’autres que c’est la chance et ainsi de suite. Le Jaïnisme affirme que tout dépend du résultat de nos actions passées et que "  on récolte ce que l’on a semé ". Ce n’est ni Dieu, ni personne d’autre, qui peuvent faire que cela arrive ou change. Nous, et nous seuls, sommes la cause de notre souffrance ou de notre bonheur. Cela peut être expliqué par la théorie du karma. Par conséquent, il est très important de comprendre très clairement ce processus. Il faut aussi expliquer ce que sont les karmas, leurs raisons et le rôle qu’ ils jouent dans notre vie (et dans notre âme), comment nous en accumulons de différents, et comment nous en débarrassons.

Si vous vous détendez et si vous pensez, vous réalisez que vous faites, tout le temps, quelque chose. Vous pouvez parler, écouter ou réfléchir, si vous n’agissez pas physiquement. Ainsi, vous êtes toujours occupé. C’est notre nature. Ces activités peuvent faire du mal aux autres ou les aider. Nous ne réalisons pas que tout ce que nous faisons apporte des karmas à notre âme. Lorsqu’ils sont mûrs, c’est-à-dire quand ils sont prêts à la quitter, le processus aboutit à du bonheur ou à de la souffrance, dans notre vie. C’est ainsi que les karmas sont responsables de notre bonheur ou de notre souffrance.

Les karmas sont des dérivés de particules de matière vivante (pudgala) qui sont dispersées et qui flottent dans tout l’univers (loka). Ce sont des molécules très très fines que nous sommes incapables de voir avec nos yeux ou avec un microscope ordinaire. Un amas d’innombrables particules de karma s’appelle un karmana vargana. Ce karmana vargana est l’une des huit sortes de pudgala varganas. Le karmana vargana est composé des particules les plus fines. Quand l’âme agit avec passion, comme l’aversion, l’attachement, la colère, l’avidité, l’ego, la fausseté, elle attire à elle ces karmana varganas. Lorsqu’ils sont fixés sur l’âme, ils sont appelés des karmas. Les karmas sont classés en huit catégories, suivant leur nature. Ils peuvent être bons (punya) ou mauvais ( papa). Les bons sont le résultat des activités bonnes et pieuses, les mauvais de celles qui sont mauvaises et blâmables.

Processus d’asservissement (bandha) des karmas.

Une fois encore, comme nous l’avons dit plus haut, chaque fois que nous pensons, que nous parlons ou que nous faisons quelque chose, des karmana varganas sont attirées par notre âme et se fixent sur elle. Ce processus est aussi appelé l’asservissement de l’âme par les karmas. Quand nos activités sont involontaires ou sans passion, ces karmas sont appelés des dravya karmas. Quand elles sont volontaires et avec des passions, comme la colère, l’ego, l’avidité, et la tromperie, ces karmas sont appelés bhāva karmas. Les passions agissent comme des facteurs gluants, c’est pourquoi les bhāva karmas restent très longtemps dans l’âme, alors que les dravya karmas en tombent facilement, presque immédiatement.

Nos activités sont physiques, verbales ou mentales. Soit nous les faisons nous-mêmes, soit nous demandons à un autre de les faire pour nous, soit nous encourageons quelqu’un d’autre à les faire. Ainsi, dans ces différentes combinaisons, nous agissons de neuf façons qui causent l’asservissement karmique de notre âme. Au moment de cet asservissement, les quatre caractéristiques suivantes sont définies pour ces karmas. Ce sont : leur nature, leur quantité, leur durée et leur intensité. La nature et la quantité de l’asservissement karmique dépendent de la vigueur de nos activités, la durée et l’intensité de la force des désirs qui les sous-tendent.

 

  1.  
 

 

 

 

1) Nature de l’asservissement karmique.

Suivant la nature des résultats des karmas, ils sont groupés en huit sortes. Ce sont :

1 - le karma qui obscurcit la connaissance (jnānāvaraniya karma),

2 – le karma qui obscurcit la perception (darshanāvaraniya karma),

3 - le karma obstructieur ( antarāya karma),

4 - le karma trompeur (mohaniya karma)

5 - le karma qui produit le sentiment (vedaniya karma)

6 - le karma qui détermine le corps (nāma karma)

7 - le karma qui détermine le statut (gotra karma)

8 - le karma qui détermine l’âge (ayushya karma).

Ces huit karmas sont aussi groupés en deux catégories :

  1. les karmas destructeurs (ghāti karmas), 
  2. les karmas non-destructeurs (aghāti karmas).

Les karmas qui détruisent la vraie nature de l’âme sont appelés destructeurs ou ghāti karmas. Ceux qui ne la détruisent pas, mais qui affectent seulement le corps dans lequel réside l’âme, sont appelés non-destructeurs ou aghāti karmas. Les quatre premiers de la liste au-dessus sont des destructeurs, les quatre autres des non-destructeurs.

2. La quantité d’asservissement des karmas.

Si la vigueur physique de nos activités est faible, nous accumulons un très petit nombre de particules karmiques. Si elle est très forte, nous en accumulons un très grand nombre.

3. Durée de l’asservissement karmique.

La durée de la fixation des particules karmiques sur l’âme est fonction de l’intensité des nos désirs au moment de nos activités. Si ces désirs sont légers, la durée de l’asservissement sera courte, mais s’ils sont très forts, cette durée sera très longue. Le minimum de temps peut être une fraction de seconde et le maximum des milliers et même des millions d’années.

4. Intensité de l’asservissement karmique.

L’intensité des karmas dépend de celle de nos passions, lors de nos activités. Plus les passions sont faibles, moins l’asservissement est fort, plus elles sont fortes, plus fort est l’asservissement.

Cette intensité comprend quatre niveaux différents :

1 - l’asservissement lâche. C’est comme le nœud lâche du lacet d’une chaussure qui peut facilement se défaire. De la même manière, les karmas attachés à l’âme, de façon lâche, peuvent facilement être effacés par une chose simple, comme le repentir.

2 - l’asservissement serré. C’est comme le nœud serré du lacet qui demande des efforts pour le défaire. De la même façon, les karmas qui sont attachés, de façon serrée, à l ‘âme, ne peuvent être effacés que par des efforts, comme l’expiation.

3 - l’asservissement très serré. C’est comme un nœud de lacet très serré, qui exige beaucoup d’efforts pour le défaire. De la même manière, les karmas attachés à l’âme, de façon très serrée, ne peuvent être effacés que par des efforts spéciaux, comme les austérités.

4 - l’asservissement le plus serré. C’est comme le nœud du lacet que l’on ne peut pas défaire, même avec des efforts à cette fin. De même, les karmas attachés à l’âme, de façon aussi serrée, ne peuvent être effacés par des efforts. Nous devons supporter leurs résultats, pour qu’ils s’effacent.

Il y a cinq termes à connaître, qui sont liés à l’asservissement et à la manifestation des karmas. Ce sont :

1 – bandha, le moment où se produit l’asservissement de l’âme aux karmas,

2 – udaya, celui où les karmas mûrissent et manifestent leurs effets. (Quand ils ont mûri et produit leurs effets, ils quittent l’âme),

3 – udirana, celui où les karmas sont arrivés à maturité avant terme, par des efforts soutenus, comme la pénitence, les souffrances actives etc.

4 – satta, celui où les karmas sont fixés à l’âme sous forme dormante et ne sont pas encore mûrs,

5 – abadhakala, leur durée . Celle-ci va du moment de leur fixation à l’âme à celui de leur maturité.

Beaucoup, parmi nous, ne font rien de spécial. Ils attendent que les karmas accumulés mûrissent (pour produire leurs effets) et qu’ils s’effacent, en pensant qu’ils ne peuvent rien y faire. Mais, en comprenant udirana, nous réalisons que nous pouvons faire quelque chose pour effacer nos karmas accumulés. Nous n’avons pas à attendre qu’ils tombent d’eux-mêmes. Si nous voulons accélérer le processus, nous pouvons nous en débarrasser avant, par des efforts spéciaux. Cela signifie que nous devons avoir un contrôle sur notre destinée (pour nous libérer). C’est nous, et non pas Dieu ou quelqu’un d’autre, qui décidons quand cela se produira. Nous comprenons, maintenant, pourquoi beaucoup pratiquent des austérités ou se font moines ou nonnes.