Leçons pour les seniors(6)                     

ĀSRAVA

Āsrava signifie invasion et, suivant la philosophie jaïne, ce mot qualifie l’afflux des karmas dans l’âme. Cette invasion se produit à chaque seconde dans la vie. C’est le procédé qui fait errer nos âmes dans cet univers et qui les empêche d’être libres. Disons que vous allez faire du bateau et que vous passez du bon temps. Soudain, vous voyez de l’eau jaillir de la coque. Qu’est ce qui va traverser votre esprit ? Qu’allez-vous faire ? La première chose à laquelle vous allez penser c’est qu’il y a un trou et qu’il faut le boucher, avant que le bateau sombre. Vous pouvez avoir la chance qu’il n’y ait qu’un seul trou, car il pourrait y en avoir plus. De même, nous savons que les karmas s’accumulent dans notre âme, du fait de l’une ou de plusieurs de nos actions, et qu’à défaut de les arrêter, ils vont  la gêner.

On peut considérer deux sortes d’āsravas : physique ou objectif et psychique ou subjectif.

L’āsrava physique concerne les activités matérielles qui provoquent l’invasion des karmas, l’āsrava psychique l’absorption mentale de ceux-ci.

Il y a quarante-deux moyens, pour l’âme, d’être exposée à l’invasion des karmas. Ce sont :  les cinq sens, les quatre passions,  les cinq avratas, les trois yogas et vingt cinq activités diverses. Les dix sept premiers sont considérés comme majeurs, les vingt-cinq autres comme mineurs.

Les āsravas peuvent aussi être appelés de dix-huit façons différentes telles que : la violence, la fausseté, le vol, l’activité sexuelle, la possessivité, la colère, l’ego, la fourberie, la gourmandise, l’attachement, la haine, l’humeur querelleuse, les fausses accusations, la divulgation de secrets, la médisance, le plaisir en commettant des péchés, le fait d’être ennuyé par les activités religieuses,  de mentir avec malice, de faire confiance à une fausse philosophie, à de faux maîtres religieux, et à des religions fausses.

Dans le Jaïnisme, les karmas pénètrent dans l’âme pour les cinq raisons majeures suivantes :

1)la croyance fausse (mithyātva), 2) le manque de contrôle de soi (avirati), 3) les passions (kashāyas), 4) la négligence (pramāda),  5) l’activité psychophysiologique ( yoga).

1)      La croyance fausse (mithyātva).

Mithyātva signifie la mauvaise attitude, le mauvais goût, les mauvaises actions, le manque de foi dans les neuf principes fondamentaux (tattvas) expliqués par les Jinas. Cela veut aussi dire ne pas avoir d’intérêt et de foi dans la voie de la libération montrée par les Jinas, mais dans une autre, exposée par des personnes ignorantes et  non éclairées. En d’autres termes, au lieu d’avoir foi dans les Arhats, dans les grands maîtres spirituels, et dans le grand dharma, ceux qui ont une mauvaise croyance sont, en bref, des gens qui n’ont pas une véritable connaissance approfondie des principes fondamentaux.

 Le faux précepteur est celui qui n’agit pas suivant les grands vœux de non-violence (ahimsā), de sincérité (satya), d’honnêteté (asteya), de chasteté (brahmacarya) et de non-possessivité (aparigraha), qui possède des biens, a une femme, approuve ces actions et  ne respecte pas le code de conduite des moines. Une telle personne est un faux chef spirituel.

La fausse religion c’est celle qui est dépourvue de foi juste (samyakdarshana), de connaissance juste (samyakjñāna) et de conduite juste (samyakcāritra). Elle n’explique pas la nature du jīva et de l’ajīva, estime normal de jouir des plaisirs des sens, d’avoir des passions et de commettre des péchés. Avoir foi dans un faux maître et un faux dharma, et montrer de la partialité et de l’intérêt pour eux, constitue la croyance fausse (mithyātva).

On distingue cinq sortes de mithyātva :

a)       l’ignorance totale (anābhogikī mithyātva). Dans cet état, on ne peut pas distinguer le bien du mal, les vraies  croyances des fausses doctrines. C’est  aussi le cas  de tous les jīvas qui n’ont pas de pensée, c’est-à-dire des ekendriyas aux asamjñī pañcendriyas,

b)       la fausse croyance fanatique (abhigrahikī mithyātva)  Dans cet état, on croit que sa religion (dharma) est la seule juste, même si son propagateur peut avoir des défauts comme de l’attachement, de la haine, de la violence etc.

 c)  l’acceptation d’autres croyances sans comparer leurs qualités (anābhigrahikī mithyātva) . Dans cet état, les gens sont simples, non fanatiques. Ils croient que toutes les religions sont égales, même si elles ne respectent pas des principes comme la non-violence et la sincérité. Ils pratiquent la chasteté et la non-possessivité partielles ou ils acceptent de garder ce qui n’est pas offert etc. Comment pouvons-nous les considérer comme des égaux, s’ils ne suivent pas ces principes dans toute leur étendue ?

d)     la persistance dans la croyance fausse (abhiniveshikī mithyātva). C’est l’état dans lequel on sait que sa religion n’est pas juste, mais où l’on continue de vivre en accord avec elle,

e)      le scepticisme (samshayikī mithyātva). C’est l’état dans lequel on a des doutes ou l’on est sceptique sur la religion exposée par le Jina.

La croyance fausse est la pire ennemie de l’âme, parce qu’on n’a pas foi dans les principes fondamentaux (tattvas), la voie du moksha, les Tirthankaras, les Arhats, les chefs religieux et la religion jaïne. On peut marquer un fort intérêt dans des actions qui sont des sources de péchés, comme la violence et les plaisirs des sens. Pour cette raison, on s’éloigne d’une noble religion. Toute la dévotion et toutes les austérités des vies antérieures sont gaspillées par l’attrait pour les péchés et les jouissances sensuelles. Il faut abandonner  mithyātva qui est la cause essentielle de  notre éloignement de la vraie religion.

2)      Le manque de contrôle de soi (avirati).

L’avirati signifie la situation de l’abstention des vœux où l’on n’a pas à se surveiller ou à s’interdire les mauvaises choses. A moins de faire les vœux, de nous contrôler ou de cesser notre participation à des actes non recommandables, tout ce que nous faisons apporte des mauvais karmas à notre âme. En faisant les vœux, nous nous engageons à ne pas  faire de tels actes. Ainsi, nous n’accumulons pas les mauvais karmas qui leur sont attachés.

3)      Les passions (kashāyas ).

Kasha signifie samsāra et aya gain. Par conséquent, kashāya veut dire : ce qui aide l’âme à gagner le samsāra ou à y rester. En d’autres termes, les kashāyas sont toutes les choses qui maintiennent les jīvas dans le cycle des naissances et des morts. On les appelle des passions.  Cela concerne tout spécialement la colère, l’ego, la tromperie et l’avidité. Ces passions ont beaucoup d’autres formes, telles que l’attachement, la haine, l’hostilité, l’inimitié, l’arrogance, la roublardise, la tricherie, la luxure, la gourmandise, la propension possessive etc. provoqués par l’amusement, la tristesse, le plaisir, l’excitation, la peur, le dégoût, l’horreur, le désir sexuel etc. qui ne sont pas  des passions, mais plutôt des non-passions.

La colère, l’ego, l’avidité et la tromperie (les quatre passions) se subdivisent, suivant leur importance, en quatre sous-catégories : la passion sévère, la passion modérée, la passion moyenne et   la passion légère.

a) La passion sévère (anantānubandhī kashāya) oblige l’âme à avoir des vies sans fin dans le monde (samsāra). Elle l’asservit et la force à rester dans le cycle de la vie et de la mort pour toujours. Les passions sévères sont celles des personnes qui vivent dans une fausse croyance. Sous leur influence, le jīva commet des péchés très violents, a un  attachement  très fort et une haine très vive envers les autres. Du fait  de l’influence de ce kashāya, le jīva commet des péchés sans distinguer ce qui est bon et ce qui est mauvais. Il  agit mal sans crainte. Ce kashāya sape le samyaktva qui, dans ce contexte, signifie la foi dans les principes religieux fondamentaux (tattvas). Par conséquent, il faut comprendre qu’un péché est un péché et qu’il doit être considéré comme ignoble. A cet égard, lorsque l’on détruit l’anantānubandhi kashāya, on  réalise la foi dans les tattvas et le samyaktva. Si l’anantānubandhi kashāya survient, elle fait perdre la foi et descendre le jīva du niveau du samyakyva à celui de la  croyance fausse ( mithyātva).

b) La passion modérée (apratyākhyānī kashāya). Des péchés comme la violence ne doivent pas être commis. Bien que les jīvas connaissent et comprennent cette vérité, ils n’ont pas la force d’abandonner leurs activités coupables. En d’autres termes, l’idée ne leur vient pas que des vœux doivent être faits ou qu’un contrôle doit être effectué pour éviter les péchés. Même si l’on désire faire des vœux, cette passion en paralyse la réalisation. Lorsqu’elle apparaît, elle entraîne même ceux qui observent des contrôles partiels au niveau de l’absence de contrôles (de l’ absence de vœux). Sous l’influence de cette passion, le jīva, en dépit de savoir cela, reste si inactif et  si apathique qu’il ne peut même pas dire « je ferai ce vœu pour m’abstenir de ce péché, de son importance ».

c) La passion moyenne (pratyākhyānī kashāya) ne s’oppose pas aux contrôles partiels de soi ou aux réalisations de vœux pour éviter les péchés (pacakhānas) mais à l’idée de vœux complets. Par son effet, même si l’âme comprend que la violence est un péché et si elle veut s’en abstenir totalement, elle n’est capable que de se contrôler partiellement. La violence envers les jīvas immmobiles (sthāvara jīvas ) peut continuer, mais lorsque cette passion est supprimée, détruite, ou les deux, on arrive à s’abstenir totalement d’agir avec violence envers tout ce qui vit. Par conséquent, suivant l’effet de cette passion, une personne peut suivre des vœux partiels ou complets.

d) La passion légère (samjawalanī kashāya). Lorsque c’est la seule passion qui reste, l’âme a fait baisser son poids jusqu’à un niveau léger. A ce stade, on peut soit la supprimer soit la détruire complètement. Lorsqu’elle est supprimée, elle ne réapparaît pas si l’âme est dénuée d’attachement ou de haine, mais cet état ne dure jamais longtemps. Dans la demie muhurthā suivante (vingt-quatre minutes), le jīva sera la proie à de nouvelles passions  et pourra régresser totalement, sous l’influence de la passion sévère. Si cette passion est complètement détruite, l’âme atteint alors l’étape du non-attachement véritable d’où elle ne redescend pas. C’est pourquoi, quand toutes les passions légères sont détruites, l’âme devient omnisciente  (kevalī). On peut voir ainsi que même une passion légère peut faire obstacle au statut d’équanimité de l’âme.

              4 )  La négligence (pramāda).

Pramāda signifie que l’âme agit sans se soucier de son état. La négligence est causée par cinq choses : l’arrogance, les désirs sensuels, les passions, le sommeil et le commérage.

On peut aussi dire que la négligence est due à huit autres causes : l’attachement, la haine, l’ignorance, le doute, l’illusion, la distraction, les activités nuisibles de la pensée, du corps et de la parole, le manque d’attention et d’enthousiasme pour les activités religieuses.

Si une personne fait preuve d’une négligence légère, lorsqu’elle a abandonné toutes ses activités coupables et a été initiée comme moine ou comme nonne, ce moine, cette nonne, est appelé (e) pramatta (sous l’influence du pramāda). Lorsqu’un moine ou une nonne abandonne la grosse négligence, il (elle) est un (une) apramatta. Même après être devenu apramatta, des passions peuvent apparaître, mais elles sont très légères, car elles peuvent alors être détruites ou contrôlées. A ce moment là, le jīva est très fortement éveillé. Par conséquent, un très petit degré de passion n’est pas appelé pramāda. Lorsque le jīva  dépasse cet état de conscience spirituelle, celui de libéré des passions (vitarāga) apparaît.

Les sens. Les sens sont la cause de passions qui mènent à la ruine. Ils sont si insaisissables que, si nous ne sommes pas vigilants, ils s’impliquent dans ce qui se passe autour de nous et  ils provoquent nos passions qui peuvent, à leur tour, détourner nos âmes de la voie spirituelle. Voyons comment les cinq sens peuvent ainsi gêner notre progrès spirituel.

L’ouïe. Une personne peut être amenée à écouter des chansons, de la musique, des discours sensuels, et passer à cela tant de temps qu’elle risque de ne plus être capable de se concentrer  pour faire ce qui est nécessaire. Il faut écouter les sermons et les chants religieux qui aident à enrichir notre conation, notre cognition, notre conduite, et qui finalement nous permettent d’atteindre la libération.

La vue. Les gens passent beaucoup trop de temps devant la télévision, qui incite à la violence, qui montre des séquences sensuelles et immorales, augmente notre désir charnel et nous rend agressifs. A la place, il faut regarder les émissions morales et écouter, si c’est possible, les sermons des moines et des nonnes, qui augmentent notre conation, notre cognition, notre conduite et nous permettent de parvenir à la libération.

L’odorat. Nous ne devons pas rechercher les plaisirs que procurent les parfums, de même les odeurs qui augmentent notre désir charnel et celui des autres. Une telle occupation provoque la ruine de toutes les parties concernées. Nous devons nous souvenir qu’il y beaucoup de violence dans la réalisation de ces produits. Certaines personnes cueillent des fleurs pour les sentir en oubliant qu’elles causent ainsi une mort ou pour le moins une violence. Pour ces raisons, on doit réduire le plus possible les désirs olfactifs et se tenir éloigné d’eux.

Le goût. Beaucoup de personnes mangent de la viande parce qu’elles considèrent que c’est un aliment savoureux. Souvent, elles  ne pensent pas à la violence qu’implique sa production. Il en est de même lorsque l’on boit des liqueurs. Même si certains peuvent dire qu’ils ne boivent pas trop, nous savons les conséquences de la conduite en état d’ivresse. Non seulement ces personnes se font du mal, mais elles causent la perte de nombreuses vies innocentes.  Beaucoup d’incidents non désirés se produisent dans la société, sous l’influence de ce sens. Pour les éviter, contrôlons notre goût et restons à l’écart de ces choses. Apprenons à consommer une nourriture d’un goût très simple, de façon à pratiquer plus facilement une austérité comme le jeûne ( ayambil ).

Le toucher. Qu’est-ce que s’embrasser, s’étreindre ou même se serrer les mains apporte à notre esprit ? Des plaisirs sensuels et un accroissement de notre désir charnel. Par conséquent, nous devons éviter ces pratiques et accueillir quelqu’un, les mains jointes, en disant « Jai  Jinendra ! ».

          5) L’activité psychophysiologique (yoga).

Dans le Jaïnisme, le mot yoga signifie l’activité psychophysiologique. En d’autres termes, les pensées, les paroles et les actes du jīva sont appelées yogas.

Il y a quinze sortes d’activités. Si elles sont méritoires, l’âme récolte des karmas favorables, si elles sont blâmables, elle accumule des karmas défavorables.

a)      L’activité de la pensée (manoyoga) est de quatre sortes :

-l’activité correcte (satyamanoyoga) qui consiste à penser à un objet ou à une situation tel (telle) qu’il (elle) est. Par exemple « La connaissance juste, la foi juste et la conduite juste  mènent à la libération »,

- l’activité incorrecte (asatyamanoyoga) qui consiste à penser à une chose ou à une situation de façon contraire à ce qu’elle est réellement. Par exemple : « La conduite juste n’est pas nécessaire pour la libération ».

- l’activité mixte (satyashatyamanoyoga) qui consiste à penser qu’une chose peut être vraie mais pas totalement, ou fausse mais pas entièrement. Par exemple « La connaissance  est suffisante pour atteindre la libération »

- l’activité neutre (vyavahārmanoyoga) qui consiste à penser à une chose d’ordre général. Dans ce cas, la vérité ou l’erreur importe peu. Par exemple, « Il faut que je dise à Ramesh qu’il est neuf heures parce que, s’il n’est pas prêt, il sera en retard »ou «  Il faut que je dise à Bhavesh qu’il est temps de déjeuner, même s’il y a encore une demi-heure pour y aller »

        b)    L’activité de la parole (vācana yoga) est aussi de quatre sortes :

- l’activité correcte de la parole (satyavācana yoga) qui consiste à dire la vérité sur un objet,

- l’activité incorrecte de la parole (asatyavācana yoga) qui consiste à mentir à propos d’un objet,

- l’activité mixte de la parole (satyashatyavācana yoga) qui consiste à dire quelque chose qui peut être pour partie vrai et pour partie faux,

- l’activité neutre de la parole (vyavahārvācana yoga) qui se rapporte à des mots sans importance, comme « Vous pouvez aller. Vous pouvez entrer, etc.

          c ) L’activité du corps (kāya yoga) est fonction des cinq catégories de corps : grossier, sans forme, du transfert, ardent et karmique.

-Le corps grossier (audārika kāya) est celui des êtres humains, des animaux et des oiseaux,

-Le corps sans forme (vaikreya kāya) est celui des êtres célestes et des habitants de l’enfer,

-Le corps du transfert (āhāraka sharīra) est celui que créent les moines de niveau spirituel élevé, ceux qui maîtrisent les shāstras (les quatorze Pūrvas),  lorsqu’ils vont au samvasaran, (là où le Seigneur Arhat donne un sermon) quand ils ont besoin que leurs doutes soient éclaircis. Leur corps réel reste avec eux partout où ils sont.

-Le corps ardent (tejas kāya) est celui qui donne l’énergie à tout le corps,

-Le  corps karmique (kārman kāya) est celui qui porte les empreintes des karmas de la naissance suivante,

Lorsque l’âme quitte son corps courant, au moment de la mort, les corps ardent et kārmique vont avec elle dans la vie  qui suit.

Les activités du corps et des organes de tous les jīvas (kāya yogas) sont au nombre de sept. Elles comprennent :

-deux  activités du corps grossier (audārika kāya yogas) :  mixte (mishra) et  pure,

-deux activités du corps sans forme (vaikreyā kāya yogas) :  mixte (mishra) et pure,

-deux activités du corps du transfert ( āhāraka kāya yogas) :  mixte (mishra)  et  pure et

-une activité du corps karmique (kārman kāya yoga).

L’activité du corps grossier mixte (mishra audārika kāya yoga) est celle qui se produit lorsqu’un jīva renaît dans une vie suivante. Comme un nouveau corps n’est pas prêt tout de suite, un corps est formé à l’aide du kārman sharīra, comprenant un certain nombre de karmas, et des matières grossières (audārika pudgalas).

L’activité du corps grossier pure (audārika kāya yoga) est celle qui a lieu lorsque celui-ci  a été complètement formé.

Il en est de même pour : les activités du vaikreyā kāya , et celles de l’ āhāraka kāya.

L’activité du corps karmique (kārman kāya yoga) a lieu lorsqu’un jīva voyage pour une nouvelle vie. Il s’élève d’abord directement, puis il tourne habituellement deux fois. Quand il tourne pour la première fois, il n’a aucune connexion avec un corps, parce qu’il vient juste d’abandonner celui qu’il avait et il n’en a pas encore atteint un nouveau. A ce moment là, son activité est due au corps karmique.

 Il y a ainsi 15 yogas. Ces activités peuvent être favorables ou non. Celles qui sont conformes aux principes religieux sont favorables, celles qui ne le sont pas sont défavorables. Nous acquérons du mérite (punya) du fait de nos activités (yogas) favorables et du démérite ou du péché (pāpa) du fait de nos activités (yogas) défavorables.

Activités diverses.

Les vingt-cinq activités diverses suivantes provoquent l’afflux de karmas. Nous devons veiller à les éviter. Ce sont toutes celles :

  1. physiques, réalisées sans attention, qui font du mal (kāyikī),
  2. qui consistent à confectionner ou à permettre l’utilisation d’instruments violents ou d’armes (adhikaraniki),
  3. qui blessent quelqu’un par la colère (pradvesikī),
  4. qui, par chagrin ou par douleur, causent du chagrin ou de la douleur à d’autres        (paritāpanikī)
  5. qui consistent à tuer quelqu’un ou à blesser une partie de son corps (prānātipātikī),
  6. qui peuvent faire du mal (ārambhikī). Par exemple : construire une maison ou labourer un champ,
  7. qui provoquent l’amas de grains, de bétail, de richesse et d’autres choses matérielles (pārigrahikī),
  8. qui sont trompeuses et font du mal (māyāpratyayikī),
  9. qui sont contraires à la voie montrée par le Jina et suivant une croyance fausse (mithyādarshanapratyayikī),
  10. qui sont effectuées sans tenir compte des vœux (apratyākhānikī),
  11.  qui consistent à regarder quelqu’un avec un désir charnel, de la haine ou de l’attachement (dristikī),
  12.  qui consistent à toucher, embrasser ou étreindre quelqu’un avec un désir charnel (spristikī),
  13.  où l’on réagit  à des questions qui n’ont pas de rapport (pratityaki),
  14.  qui consistent à se réjouir des louanges de posséder de la fortune  (sāmantopanipātikī),
  15.  qui font du mal ou qui tuent au travail, par contrainte ou par ordre d’un supérieur (naishastrikī),
  16.  lorsque l’on est patron, par lesquelles on ordonne à un employé de faire un acte qui peut être cause de blessure (svahastikī),
  17. qui sont contraires à l’enseignement du Jina, alors que l’on pense que c’est quelqu’un de sage (ājñānpanikī),
  18. où l’on dit injustement du mal de quelqu’un pour le diffamer (vaidāranikī),
  19. où l’on ne fait pas très attention pour satisfaire ses besoins naturels (anābhogikī),
  20. où l’on montre un manque de respect et d’égard concernant l’efficacité des règles de vie et de conduite prescrites par le Jina (anavakānksāpratyayikī),
  21. où l’on ne contrôle pas sa pensée, ses paroles et ses mouvements du corps, tels que cela a été enseigné par les écritures sacrées jaïnes (prayogikī) ,
  22. dont les conséquences sont si étendues que les huit karmas sont attirés (sāmudāyikī). Par exemple : aller voir des actes de violence comme une pendaison et avoir des pensées qui font s’étonner que l’on mette tant de temps à pendre quelqu’un,
  23.  où l’on fait  quelque chose sous l’influence de la tromperie et de la cupidité (premikī),
  24.  où l’on fait quelque chose sous l’influence de l’orgueil et de la colère (dvesikī),
  25.  qui sont effectuées avec de la passion (īryāpathikī).