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NIRJARĀ
Le mot
nirjarā est composé de nir et de jarā. Nir est un préfixe, jarā
signifie tomber. Dans la
philosophie jaïne, nirjarā veut dire : faire tomber, détruire ou
enlever les karmas de l’âme. Lors des leçons sur l’āsrava et sur le
samvara, nous avons donné l’exemple de la navigation. Continuons avec cet
exemple. Il explique aussi comment agit le karma. Supposez que vous faites du
canot. Vous avez du bon temps et, tout à coup, vous remarquez qu’il y a de
l’eau dans le bateau. Immédiatement, vous pensez qu’il y a un trou dans la
coque et que, s’il n’est pas colmaté, vous allez sombrer. Aussi, la première
chose que vous avez faite ç’a été de trouver le trou et de le boucher pour
que l’eau ne rentre plus. Vous avez, ensuite, commencé à jeter l’eau, afin
que l’intérieur du bateau soit de nouveau sec. L’enlèvement de l’eau
s’appelle nirjarā. Les karmas s’accumulent dans notre âme et
recouvrent ses qualités, c’est l’āsrava. Leur enlèvement, leur
destruction, c’est le nirjarā.
Plus le
nirjarā est efficace, plus vite les qualités de l’âme brillent. Une
fois que tous les karmas sont effacés, elle va être libérée. Elle est alors
capable de montrer toutes ses qualités dans leur plénitude. En fait, nous
accumulons des karmas constamment mais nous en stoppons et nous en effaçons
aussi jusqu’à un certain point. Par rapport au volume effacé, le nirjarā
se divise en deux catégories : l’effacement
limité (desha nirjarā) et
l’effacement complet (sarva
nirjarā).
a)
L’effacement limité (desha
nirjarā) des karmas est ressenti par tous ceux qui souffrent dans
l’adversité, qui effectuent des pénitences, qui prient etc. Il a lieu durant
toutes les étapes du cheminement spirituel (gunasthanas).
b)
L’effacement total (sarva nirjarā) des karmas se produit juste
avant la libération. Chaque fois
qu’une âme devient omnisciente (kevali) elle a effacé, pour toujours, tous
les ghāti karmas, mais il lui reste encore à effacer les aghāti
karmas. Ceux-ci le sont, pour
toujours, juste avant la libération. Une fois libérées, les âmes sont appelées
Siddhas.
Lorsque
les karmas mûrissent, ils produisent leurs effets. Leurs effets complètement réalisés,
les karmas sont considérés comme effacés.
Suivant
le procédé d’effacement, le nirjarā peut, aussi, être divisé en deux
catégories : l’effacement naturel (akam nirjarā) et
l’effacement volontaire (sakam nirjarā).
a)
Lorsque les karmas mûrissent
automatiquement à la date prévue, ils causent de la souffrance. On n’a, dans
ce cas, ni contrôle sur la durée et l’intensité de celle-ci, ni d’effort spécial à faire ou de désir particulier ou
d’intention de souffrir. Une fois que la souffrance est passée, les karmas
qui la causaient sont considérés comme effacés. Le processus naturel de
maturation et d’effacement des karmas c’est l’ akam nirjarā. Par
exemple, quand quelqu’un souffre involontairement ou volontairement en raison
du manque de nourriture, les karmas qui causaient cette souffrance sont effacés
passivement.
b)
Lorsque les karmas sont amenés
volontairement, par des efforts spéciaux, à maturité et à produire leurs
effets, avant le temps normal, ils sont effacés plus tôt que prévu. Ainsi, on
a un contrôle sur ce processus. Ce moyen actif pour effacer les karmas prématurément
c’est le sakam nirjarā. Par exemple, quand une personne jeûne
volontairement, même si la nourriture qui convient est abondante, elle fait
apparaître la souffrance avant le
temps prévu et elle efface ainsi les karmas prématurément.
Dans
l’akam nirjarā, les conditions de maturité des karmas sont réunies et
ceux-ci s’échappent, d’eux-mêmes, après avoir produit leurs effets.
Lorsque les karmas perdent leur asservissement de cette façon, on parle
d’autodestruction (swathala).
Dans le
sakam nirjarā, la destruction a lieu avant son terme naturel, par des
efforts spéciaux, au moyen de pénitences (tapas). On parle alors de
destruction provoquée (upayanirjarā).
Notre vie
est un véritable drame qui consiste à accumuler
des karmas et à les effacer. Ce drame ne s’arrête pas
tant que nous ne sommes pas parvenus à la libération. Suivant la façon
et l’intensité de nos péchés
(pāpas), le nirjarā peut être plus ou moins difficile. En vue
de stimuler le processus,
on donne différents exemples qui montrent comment ce peut être facile
ou difficile, par exemple, en
faisant référence à de la poussière ou à une tâche sur un vêtement.
La poussière
sur un vêtement sec peut être ôtée facilement, en le secouant. Cela devient
un peu plus difficile, si le vêtement est mouillé. C’est encore plus dur, si
le vêtement est huileux. Il est, par contre, quasiment impossible d’ôter une
tâche sur un vêtement, si c’est du goudron. Dans ce cas, il n’y a plus
qu’à le jeter.
Par
ces exemples, on peut imaginer combien le processus du nirjarā est simple
ou compliqué. Dans certains cas, on n’a pas d’autre choix
que de supporter les effets des karmas que l’on appelle nikācita
karmas. A ce propos, il est sage de
se rappeler que le nirjarā est effectué le plus efficacement par les
humains uniquement, parce que les autres destinées ont leurs propres limites.
Pour les humains, ces limitations sont réalisées uniquement par eux-mêmes.
Les
austérités (tāpas).
Les
efforts spéciaux pour effacer les karmas sont opérés au moyen de diverses
austérités. Le mot austérité
signifie une restriction, faite volontairement, en rejetant certains conforts
corporels, pour discipliner l’esprit des passions et des plaisirs. Les austérités
sont réalisées à diverses occasions et de différentes manières. Toutes ont
leur caractère propre. Elles peuvent être effectuées à des niveaux physique
et psychique.
Dans une
austérité physique, la personne qui la pratique n’a pas le désir intérieur
de changer sa vie, c’est juste un acte physique. Dans une austérité
psychique, la personne contrôle ses désirs internes, alors qu’elle effectue
l’acte physique. Les austérités
réalisées de façon psychique produisent les meilleurs résultats. Après
tout, leur but n’est pas simplement de faire souffrir notre corps mais de
changer nos désirs. Lorsque cela arrive, on est sur la voie de l’élévation
spirituelle. Les austérités constituent une partie de la conduite juste.
On
distingue les austérités externes et les austérités internes. Les externes (bahyantaras)
sont remarquées par les autres, parce qu’elles ont de plus grands éléments
physiques que psychiques. Les internes (abhyantaras) ne sont pas remarquées par
les autres, parce qu’elles ont plus d’ éléments psychiques que physiques.
Chaque
catégorie d’austérités est encore divisée en six sortes. Pour les externes
(bahyantaras), il s’agit : du jeûne complet (anashana), du jeûne
partiel (unaudarya), de la limitation de la nourriture (vritti samkshepa), de la
limitation des désirs de mets savoureux (rasa parityāga), de l’endurance
corporelle (kāyaklesha) et du contrôle des sens (pratisanlinata). Pour les
austérités internes (abhyantaras), il s’agit : de l’expiation (prāyashchitta),
de la politesse (vinaya), du service aux autres (vaiyāvrittya), du
renoncement (vyutsarga), du devoir
spirituel (svādhyājya) et de
la méditation ( dhyāna).
1)
Les austérités externes (bahyantara tāpas).
Chaque
austérité physique externe a son homologue sur le plan mental. On distingue
ainsi :
a)le jeûne
complet (anashana) qui consiste à renoncer
aux aliments et à l’eau etc. pendant un jour, plusieurs jours ou toute sa
vie. Un jour de jeûne complet est appelé upavasa. Jeûner totalement jusqu’à
la mort se pratique aussi lorsque la vie est proche de sa fin. Un tel jeûne est
considéré comme très favorable. L’homologue du jeûne complet sur le plan
mental c’est le contrôle total de nos désirs (bhavānashana).
Il peut être réalisé pendant une durée plus ou moins longue. Si cette
austérité est cultivée, on devient capable d’efforts pour son élévation
spirituelle,
b)le jeûne
partiel (ūnaudarya) qui consiste à jeûner de façon moins absolue ou à
manger moins qu’à sa faim. Le dharma jaïn prescrit trente-deux poignées de
nourriture par jour. Pour réaliser
cette austérité, on doit manger quelques poignées de moins que prescrit. Sur
le plan mental, on peut réaliser la limitation de ses désirs jusqu’à un
certain point, (bhāva ūnaudarya). Ce peut être plus difficile que de
les contrôler totalement mais une fois qu’on
a commencé, on est capable
de limiter pas mal de choses dans sa vie quotidienne,
c) la
limitation du nombre de choses que l’on mange (vritti samkshepa). Cela peut
concerner un repas ou toute une journée. Son homologue sur le plan mental
c’est la limitation des désirs (bhāva vritti samkshepa). Cela peut
concerner une partie de la journée ou toute la journée. Cette austérité vise
à contrôler ses désirs afin que son esprit ne vagabonde pas,
d) le
renoncement à des mets savoureux (rāsa parityāga). Cela consiste à
renoncer à des mets que l’on aime le plus. Ce peut être fait partiellement
ou totalement, pendant une courte durée ou durant une période assez longue.
L’homologue sur le plan mental c’est la limitation de ses pensées les plus
chères (bhāva rāsa parityāga). C’est une austérité plus
difficile à faire que les autres. Elle aide à contrôler ses passions même
dans les situations les plus tentantes,
e)
l’endurance physique (kāyāklesha). C’est, par exemple, rester
debout ou assis dans une certaine position pendant une longue période. Cette
austérité peut causer de la douleur mais on doit l’ignorer. Son homologue
sur le plan mental c’est le contrôle de ses passions (bhava kāyāklesha).
Ce contrôle doit être fait même si les tentations sont grandes,
f)le
contrôle de tous ses sens (pratisanlinata). Cette austérité a pour but d’éviter
les tentations agréables ou non. Pour l’effectuer,
on peut rester isolé pendant une nuit ou plus. Son homologue sur le plan mental
c’est le contrôle du comportement (bhāva pratisanlinata). C’est se
contrôler pour éviter de mentir, de déformer la vérité ou de prendre part
à des activités sensuelles. Cette austérité aide à contrôler nos passions
comme la colère, l’orgueil, la tromperie, la cupidité.
2)
Les austérités internes(abhyantara tāpas).
Les six
austérités internes sont :
a) la
demande de pardon (prāyashchitta). Cela concerne les différentes erreurs
commises, les omissions, les fautes et les péchés faits sciemment ou non.
Cette austérité peut être réalisée en présence d’un moine, d’une nonne
ou tout seul. Elle aide à réfléchir sur soi, en vue de se corriger. Même
pour une petite faute, nous commençons par dire « michchami dukkadam »
b)
l’humilité (vinaya). On doit cultiver cette vertu envers tout le monde. Elle
conduit à la tolérance et à la sympathie envers les autres et elle aide à maîtriser
l’ego et la colère. Il y a quatre sortes de vinaya : 1) jñāna
vinaya, qui nous fait humbles et respectueux envers ceux qui nous sont supérieurs
en savoir et en sagesse, 2) darshana vinaya qui nous rend humbles et respectueux
vis à vis de ceux qui ont acquis la vraie foi dans les principes religieux, 3)
cāritra vinaya qui nous fait
humbles et respectueux de ceux qui ont de bonnes mœurs et qui suivent
les principes religieux, 4) māna vinaya, qui nous fait marquer du respect
et de l’humilité envers les saints ascètes qui aident les autres à s’élever
spirituellement.
c) le
service aux autres (vaiyavacana). Il s’agit du service avec dévotion aux maîtres
religieux, aux ascètes, aux vertueux, aux sādhus, aux collègues et aux
compagnons. On doit spécialement rendre service aux malades et aux faibles.
Bien que cette austérité semble être une activité externe, elle rend humble
et sert à maîtriser l’ego et la
haine.
d) le
renoncement (vyutsarga). Là, non seulement on renonce aux activités physiques
coupables mais encore à seize passions intérieures différentes.
e) l’étude
des écritures ou la compréhension de soi (svādhyāya). Au moyen des
écritures nous essayons de poser des questions telles que « Qui suis-je ? »
« Que devrais-je être ? » Avec svādhyāya nous
comprenons qu’une âme est une chose pure. Cela nous conduit à méditer sur
la question « Que fais-je dans ce corps ? »
L’étude nous conduit ainsi à être des âmes pures. Cette étude
comprend cinq niveaux :
-
lorsqu’on commence à lire les écritures,
cela s’appelle vacana,
-
lorsque, en lisant, des doutes
surviennent, essayer de les résoudre s’appelle pracana,
-
lorsque l’on comprend ce qui est
juste et que l’on le médite, cela s’appelle anuprekshā,
-
lorsqu’on a réalisé ce qui est
juste, on doit le méditer encore et encore pour, ainsi, rester au point.
Cette répétition s’appelle āmnayā.
-
lorsque l’on a appris ce qu’est
le soi, on doit l’enseigner aux autres, c’est ce que l’on appelle
dharmopadesha.
Les
cinq svādhyāyas ci-dessus sont externes, mais elles conduisent au svādhyāya
interne sur le soi. Ainsi, on acquiert
la perception juste et la connaissance juste qui mènent à la conduite juste et
qui ouvrent la voie à la libération finale,
f) la
concentration de la pensée ou méditation (dhyāna). Cette concentration
peut émaner de passions intenses comme l’attachement, la luxure, l’animosité
ou de la recherche de la vérité et du détachement absolu des affaires du
monde.
La méditation
se divise en quatre catégories : ārta dhyāna, raudra dhyāna,
dharma dhyāna, et shukla dhyāna.
Dans
ārta dhyāna (la méditation pénible), on pense à la perte des êtres
chers, au développement d’une nouvelle relation avec quelqu’un de désagréable,
à la maladie physique, etc.
Dans
raudra dhyāna (la méditation violente) on est absorbé dans une vengeance
pour un dommage ou par la perte causée par d’autres.
Ces deux
sortes de méditations provoquent l’accumulation de mauvais karmas, il
faut donc les éviter.
Dharma
dhyāna (la méditation sur la loi religieuse) consiste à réfléchir aux
voies et aux moyens de la réalisation de soi.
Shukla
dhyāna (la méditation pure) consiste à se concentrer sur la pureté de
l’âme.
Dharma et
shukla dhyānas aident à ôter les karmas. Par conséquent, pour le nirjarā
on doit pratiquer ces deux dhyānas. Si la méditation sur dharma dhyāna
est au niveau le plus haut on peut détruire complètement le mohanīya
karma et, dans 48 minutes qui suivent cette destruction, le jñānavaraniya,
le darshanāvaraniya et l’antāraya karmas, et l’on devient un
kevali.
3) Autres
austérités (tāpasyas).
Il y a
quelques autres austérités externes ordinaires. Ce sont :
a)
la prise de nourriture et d’eau quarante minutes après le lever du
soleil (navkarsi). Même le brossage des dents et le rinçage de la bouche
doivent être effectués après le lever du soleil,
b)
la prise de nourriture et d’eau trois heures après le lever du soleil (porsi),
c)
la prise de nourriture et d’eau quatre heures et trente minutes après
le lever du soleil (sadhu-porsi),
d)
la prise de nourriture et d’eau six heures après le lever du soleil (purimuddha),
e)
la prise de nourriture et d’eau huit heures après le lever du soleil (avadhdha),
f)
la prise de nourriture, deux fois par jour, assis en un seul lieu (
biyasana),
g)
la prise de nourriture, une fois seulement, assis en un seul lieu (ekāsana),
h)
la prise de nourriture, une fois en un seul repas. Elle ne doit avoir ni
goût, ni épices et être bouillie ou cuite. On ne doit pas employer non plus,
du lait, du caillé, du ghee, de l’huile et des légumes verts ou crus (ayambil),
i)
l’abstention de toute nourriture
pendant vingt-quatre heures, du lever du soleil au lever du soleil du jour
suivant (upavāsa),
j)
la boisson
d’eau bouillie uniquement, pendant l’upavāsa (tivihar upavāsa),
k)
l’abstention de boire de l’eau durant l’upavāsa (chauvihar
upavāsa),
l)
l’abstention de nourriture et de
jus après le coucher du soleil. On peut seulement boire de l’eau jusqu’au
lever du soleil du jour suivant (tivihar),
m)
l’abstention de nourriture et d’eau après le coucher du soleil
jusqu’au lever du soleil du jour suivant (chauvihar),
n)
la pratique de l’upavāsa pendant deux jours consécutifs (chhatha),
o)
la pratique de l’upavāsa pendant trois jours consécutifs (attham),
p)
la pratique de l’upavāsa pendant huit jours consécutifs (atthai),
q)
la pratique des upavāsas pendant un mois (masakshamana),
r)
chaque année, durant neuf jours, qui partent du 6/7 ème jour
de la quinzaine brillante jusqu’à la pleine lune des mois d’ashvina et de
caitra, on peut pratiquer le navapad oli. Cela est répété pendant les quatre
années et demie qui suivent. Ces jeûnes peuvent aussi être limités à une
seule sorte de grains d’alimentation par jour,
s)
varshitapa, Vardhaman et visasthanaka tāpas etc.
Dans ekasāna, biyasana, ayambil ou upavāsa on boit uniquement de l’eau bouillie et cela entre le lever et le coucher du soleil. Il est bon de faire, si on le peut, un chauvihar ou un tivihar, avant de les commencer. Si ces austérités comportent de la nourriture, on ne doit pas, lors qu’on y procède, consommer des légumes crus, des racines qui poussent dans le sol, et des grains non cuits.
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