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CĀRITRA

Cāritra signifie la conduite. Ce n’est pas seulement faire de bonnes ou de mauvaises actions, c’est plus que cela. Cāritra c’est aussi limiter nos désirs intérieurs de façon qu’aucun mal ne soit fait à une autre créature vivante, peu importe sa forme ou sa petite taille.  Cāritra atteint son sommet lorsque nous n’avons ni attachement, ni haine pour les choses qui nous entourent. Ce n’est pas si facile que ça parce que, en général, nous prenons de nouvelles habitudes lorsque nous en abandonnons de vieilles. Pour les changer, nous devons recourir à l’aide de vœux volontaires. Ainsi, nous parvenons à restreindre ce que nous faisons et comment nous le faisons, ce qui finalement nous habitue à une vie contrôlée naturellement. Bien que certaines personnes fassent des vœux différents, nous devons avoir comme but ultime de parvenir à la conduite juste.

 Ainsi que mentionné dans les écritures jaïnes, les vœux ont été divisés en deux grands groupes :

1)      les  grands vœux ou vœux majeurs (mahāvratas) des moines et des nonnes,

2)      les petits vœux ou vœux mineurs (anuvratas) des laïcs.

Les grands vœux de non-violence, de sincérité, d’honnêteté, de chasteté et de non- possession doivent être respectés mentalement, verbalement et physiquement de façon absolue. Chacun a trois aspects. Il doit être observé de façon à ne pas commettre soi-même des actes contraires, de ne pas demander à d’autres de les commettre et de ne pas encourager d’autres à les faire. Ceux qui désirent observer ces vœux renoncent volontairement à leur vie dans le monde. Ils deviennent des sādhus (moines) et des sādhvīs (nonnes). On les appelle aussi des sans toit (anagārīs).

Les petits vœux sont ceux des laïcs car il est difficile, pour eux, d’observer les grands. Les petits vœux ne sont pas aussi rigoureux. Ceux qui les font sont appelés shrāvakas (pour les hommes), shrāvikās (pour les femmes) ou agārīs (maîtres de maison).

          Les grands vœux (mahāvratas).

Les cinq grands vœux des ascètes (moines et nonnes) sont :

a) le vœu de non-violence absolue (ahimsā vrata) qui doit être observé mentalement, verbalement et physiquement de façon totale, y compris dans les besoins quotidiens,

b) le vœu de sincérité absolue (asatya vrata) qui consiste à s’engager à ne jamais mentir mentalement, verbalement et physiquement et à  dire toujours la vérité,

c)  le vœu d’honnêteté absolue (asteya vrata) qui consiste à s’engager à ne jamais commettre de vol mentalement, verbalement et physiquement. Rien ne doit être pris qui n’ait été offert ou donné par son propriétaire,

d) le vœu de chasteté absolue (brahmacarya vrata) qui doit être observé de façon totale mentalement, verbalement et physiquement. A propos de ce vœu, un moine, une nonne, ne peut pas toucher ou penser à un membre du sexe opposé, même s’il s’agit d’enfants,

e) le vœu de non possession complète (aparigraha vrata) qui consiste à abandonner la cupidité et les possessions matérielles mentalement, verbalement et physiquement. Seuls sont conservés par les ascètes les articles indispensables à la vie quotidienne. ( Les moines digambara parvenus au sommet du renoncement ne portent même pas de vêtement, pour cette raison).

         Les petits vœux ( anuvratas).

Les cinq petits vœux des laïcs sont :

a) le petit vœu  de non-violence (prānātipāta viramana vrata) qui doit être est observé  envers les êtres vivants qui ont de deux à cinq sens mais il est aussi recommandé aux laïcs de faire très attention pour minimiser la violence envers les êtres vivants qui n’ont qu’un seul sens,

b) le petit vœu de sincérité ( mrishāvāda viramana vrata) qui consiste à promettre de veiller attentivement à ne pas dire de mensonges,

c) le petit vœu  d’honnêteté ( adattādāna viramana vrata) qui consiste à  s’engager fermement à ne pas voler ou à ne pas emprunter ce qui appartient à d’autres sans leur autorisation,

d) le petit vœu de chasteté (maithuna viramana vrata) qui consiste à promettre d’être fidèle à son conjoint et de ne pas avoir de relations extra-conjugales,

e) le petit vœu de non-possession (parigraha viramana vrata) par lequel le gain pour des possessions matérielles et l’avidité pour amasser doivent être réduits au  minimum possible.

            Les vœux qui aident (gunavratas).

Ces vœux, au nombre de trois, ont pour but de faciliter aux laïcs l’observation des cinq précédents et de permettre qu’ils soient suivis avec plus d’efficacité.  Ce sont :

a) le vœu de mettre des limites, sur le plan géographique, aux déplacements et à l’activité professionnelle. C’est le digvrata parimāna.  Puisque le laïc doit se restreindre pour satisfaire ses besoins, il lui faut limiter ses désirs à l’intérieur du territoire indispensable,

b) le vœu de limiter la consommation et l’usage des choses, qu’elles soient employées une ou plusieurs fois. C’est l’upabhogaparibhoga parimāna vrata. Dans ce vœu, il faut aussi limiter le type d’activités à exercer, parce que certaines exposent plus à la violence que d’autres.

c) le vœu de ne pas commettre, sans raison, des activités coupables. C’est l’anarthadanda vrata.

           Les vœux qui disciplinent ( shikshā vratas).

Ces quatre vœux, pour les laïcs encore, sont :

a) le sāmāyika vrata qui, puisque nous vivons une vie sociale et que nous ne pouvons pas passer beaucoup de temps à effacer les karmas, nous fait consacrer au moins quarante-huit minutes, chaque jour, à de tels efforts. Durant ces minutes, nous abandonnons toutes nos responsabilités familiales, sociales, économiques et culturelles et nous nous contrôlons mentalement, verbalement et physiquement. Nous devons nous concentrer sur des lectures religieuses ou méditer, ce qui évite l’afflux de nouveaux karmas et aide à effacer les anciens. Ces 48 minutes nous donnent un aperçu sur la difficulté ou la facilité de nous contrôler. Une fois qu’on en a pris l’habitude, on peut aller au-delà de 48 minutes.

b) le deshāvakāshika vrata qui se fait au moment où l’on se réveille pour mettre une limite définie aux activités de la journée et donc à son exposition à l’accumulation de karmas. On apprend ainsi à mener une vie mieux contrôlée.

c) le poshadha vrata qui nous enseigne à vivre, pendant une journée entière, comme un ascète (moine ou nonne). En faisant ce vœu, on abandonne, ce jour-là, les responsabilités familiales, sociales, économiques et culturelles. On doit pratiquer ce vœu aussi souvent que possible afin que les nouveaux karmas soient diminués et les anciens mis au rebut. Si ce vœu paraît facile à observer, il peut conduire à l’état de moine ou de nonne.

d) l’atithisamvibhāga vrata qui nous enseigne à partager. Le partage est plus valable quand une personne inattendue et dans le besoin frappe à notre porte et que nous lui donnons de bon cœur. Les moines et les nonnes sont les meilleurs récepteurs de ce type de partage. Toutefois, quand nous donnons, nous ne devons avoir aucun regret ou aucune attente dans notre esprit. En donnant nous manifestons du détachement avec le sentiment  que rien n’est à soi. L’observation de ce vœu conduit à la libération de la vie mondaine.

 En faisant ces vœux, nos pensées sont aussi très importantes. Elles doivent être positives et avec l’intention de détruire les karmas.

Parfois, nous agissons pour plaisanter ou pour embêter nos amis et nos adversaires. Nous devons comprendre que ces actions attirent des karmas. Les vœux nous rappellent qu’il ne faut pas accumuler des karmas dont nous n’avons pas besoin.

Il y a trois obstacles courants à nos vœux, ce sont : la tromperie, l’attente, et la fausse croyance.

a) La tromperie (māyā). Lorsque nous faisons un vœu, ce doit être pour l’amélioration de notre âme. Ce n’est pas pour se mettre en valeur ou par recevoir des louanges. Ce n’est pas, non plus, pour tromper les autres, sinon il produit des effets moindres.

b) L’attente (niyanu) Beaucoup d’entre nous faisons des vœux pour gagner, en retour, quelque chose de matériel. Ce n’est pas bien parce que, non seulement nous dépensons ce que nous gagnons mais encore nous perdons de vue le but essentiel qui est de détruire les karmas.

c) La fausse croyance (mithyātva). Cela se produit quand quelqu’un, sans croire à la libération, fait des vœux en pensant qu’ils lui apporteront le bonheur absolu dans cette vie. Nous ne devons pas oublier que les austérités sont effectuées pour libérer l’âme errant dans le monde. Nous devons comprendre la valeur des vœux mentalement, verbalement et physiquement, sinon ils ne produisent pas de bons résultats.

Si nous arrivons à suivre ces règles morales, nous vivons finalement selon la conduite juste.