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PRI?E ET DHYAN
Comme le Ja?isme croit fermement ?la doctrine du karma et met sa confiance
uniquement dans le progr? de la force spirituelle par des efforts personnels et,
de plus, comme il encourage ses adeptes ?bien consid?er que nous ne pouvons pas
prendre refuge ou ?re sauv? par un autre que nous-m?es (asarana-bhavana), la
question se pose, naturellement, de la place de la pri?e dans cette religion ?
Comme le Ja?isme ne croit pas en Dieu ou dans l’existence d’une divinit?ext?ieure
qui contr?e la destin? humaine, toute id? de pri?e para? hors de propos, pour
les deux raisons principales suivantes.
1) L’âme lib?? et devenue Siddha n’a plus de d?irs, ni de motivations. Sa nature
est celle d’un omniscient ou d’un proph?e. Si des pri?es pouvaient ?re agr?bles
aux Siddhas, certaines pourraient aussi leur d?laire. De m?e, si un Siddha
pouvait dispenser des faveurs ou des sanctions, ce serait lui attribuer des
faiblesses humaines et ainsi nier sa lib?ation.
2) Une fois que l’on accepte la doctrine du karma, toutes les cons?uences en
d?oulent. Par cons?uent, ?moins que les pri?es soient conformes ?cette doctrine,
elles restent absolument sans effets.
Il serait, n?nmoins, totalement erron?de dire que les pri?es n’ont aucune place
dans cette philosophie. Les Ja?s ne consid?ent pas qu’elles sont des moyens d’obtenir
des faveurs des Siddha ou m?e des Arhats. Les pri?es ja?es ne sont rien d’autre
que des manifestations de reconnaissance et d’admiration des vertus que poss?ent
les lib?? et l’expression de leur ardent d?ir de les poss?er, ?leur tour, dans
leur vie. C’est la raison pour laquelle les ?ritures saintes ja?es ont ?um?? de
fa?n pr?ise, les vertus des diff?entes cat?ories d’âmes, telles que Arhats,
Siddha, Ācārya, Upādhyāya et Sādhu.
C’est un point fondamental de la religion ja?e que les proph?es (Tīrthankaras) et
leurs enseignements sont seulement l?pour nous montrer la voie qui permet de
parvenir ?la lib?ation. Mais, comment l’acqu?ir et mettre leurs enseignements en
pratique sont laiss? enti?ement ?notre initiative. Nous arrivons seulement au
niveau de ce que nous faisons. C’est pourquoi, la voie montr? par ceux qui sont
parvenus ?la lib?ation doit ?re ?udi? avec un respect et une sinc?it? maxima,
parce qu’il est prouv?que c’est celle qu’ils ont r?llement suivie durant leur vie
et qui les a men? au succ?. Aussi, nous sentons-nous tr? reconnaissants envers
ces grandes ?es d’avoir ??des guides si utiles. C’est pourquoi, dans la pri?e,
nous leur exprimons notre gratitude, nous vantons et nous ?um?ons leurs vertus
et nous souhaitons qu’elles puissent ?alement fleurir dans nos vies. Les pri?es
nous rappellent constamment ce qui les a fait grands et elles nous aident ?pratiquer
ces vertus. Dans la philosophie ja?e, voil?la raison des pri?es
Il est int?essant de noter que la plus remarquable, connue sous le nom de
Navakāra Mantra, ne s’adresse pas ?une personne ou ?une secte et qu’elle ne
demande rien en retour. Elle ne fait qu’offrir notre sinc?e v??ation aux ?es qui
sont d??lib??s ou qui sont sur la voie de l’être.
Namo Arihantānam- Je m’incline avec respect devant tous les Arhats.
Namo Siddhānam- Je m’incline avec respect devant tous les Siddhas.
Namo Āyariyānam- Je m’incline avec respect devant tous les Ācāryas.
Namo Uvajjhāyānam- Je m’incline avec respect devant tous les Upādhyāyas.
Namo Loe Savvasahūnam- Je m’incline avec respect devant tous les Sadhūs et toutes
les Sadhvīs.
Les Arhats sont ces ?es b?ies qui sont parvenues ?effacer avec succ? tous les
ghati karmas qui affaiblissaient leurs pouvoirs. Les Siddhas sont ces ?es qui
ont atteint la lib?ation finale et qui, dans un ?at incorporel, se trouvent dans
une b?titude parfaite. Les Ācāryas sont ces ?es mis?icordieuses qui nous
enseignent la voie du salut. Les Upādhyāyas, les Sadhūs et les Sadhvīs sont ces
saints, actuellement sur la voie, qui font des efforts pour atteindre la
lib?ation.
Ces cinq sortes de grandes ?es sont appel?s Panca-Paramesthin (les cinq autorit?
spirituelles sup?ieures). Les unes sont lib??s, les autres sont sur la voie de
l’être. Un Ja? s’incline avec respect devant toutes, non pas n?essairement parce
qu’elles ont observ?ou parce qu’elles sont entrain d’observer des r?les religieuses
particuli?es, mais parce qu’elles ont d??atteint ce qui en valait le plus la
peine ou parce qu’elles s’efforcent de l’atteindre.
Comme l?#256;cārya HEMACANDRA l’a dit ?nbsp;Je m’incline avec respect devant celui
dont toutes les passions, comme l’attachement et la malice, qui s?ent les graines
des diverses renaissances, ont ??d?ruites. Peu importe que ce soit Brahma,
Vishnu, Sankara ou Jina ?
Les Ja?s ont b?i de grands et beaux temples et ils v??ent les statues de marbre
??antes et sereines des Tirthankara selon des r?les propres. Il semble qu’ils ont
adopt?cette v??ation ?une ?oque tardive, car les ?ritures saintes ne mentionnent
jamais que Mahāvīra l’ait fait ?un moment quelconque de sa vie. (Un certain
nombre de sections ja?es ne la pratiquent toujours pas). En fait, l’important,
pour les doctrines ja?es, c’est essentiellement l’atman (l’âme), qui n’a pas de
forme. Il devrait s’en suivre, logiquement, qu’orner les statues de bijoux et
autres d?orations et faire des processions avec elles etc. n’ont pas d’arri?e-plan
ou de justification philosophique, except? peut-?re, comme expression de d?otion.
La parure d’ornements scintillants ?quelqu’un qui est un vītarāga (c’est-?dire ?quelqu’un
qui a renonc??tout attachement) est une n?ation grossi?e de tout ce qu’affirme le
Ja?isme et une perversion regrettable de ses doctrines fondamentales.
Ainsi, les pri?es ou bhakti sont per?es de fa?n particuli?e, par les Ja?s, mais
elles ont une place importante dans leur pens?.
A) La m?itation (dhyāna)
La m?itation occupe une place ?inente dans la philosophie ja?e. Son approche est
purement psychologique. Elle est comprise dans le sens tr? large d’engagement de
la pens?. L’esprit humain pense constamment ?des choses bonnes ou mauvaises,
n?essaires ou non, d’effet imm?iat ou non. Les grands ma?res ja?s ont tenu compte
de ce fait et analys?l’engagement de la pens? en quatre cat?ories : la m?itation
douloureuse ou p?ible, la m?itation cruelle ou violente, la m?itation sur le
dharma et la m?itation pure. Elles concernent tous les ?ats de la pens?. Les
deux premi?es cat?ories sont d?avorables, les deux autres favorables. Les deux
premi?es sont la cause des transmigrations dans le monde, les deux autres
conduisent ?la lib?ation.
La m?itation douloureuse (ārta dhyāna). Le mot ?nbsp;ārta ?signifie douleur.
Lorsque nos exp?iences p?ibles ont prise sur notre ?at mental, nous faisons ce
type de m?itation. On en distingue quatre sous-cat?ories :
a) lorsque nous rencontrons des circonstances p?ibles ou s’y rapportant et que
nous pensons ?elles (anista samyoga ārta dhyāna),
b) lorsque nous perdons une relation ou une situation heureuse et que nous
pensons ?elle (ista viyoga ārta dhyāna),
c) lorsque nous restons ?penser ou ?nous inqui?er d’une douleur ou d’une maladie (roga
cinta ārta dhyāna),
d) lorsque nous pensons constamment ou que nous sommes ennuy? par des objectifs
que nous ne pouvons pas atteindre (nidana ārta dhyāna).
Dans ces quatre situations nous sommes contrari?, malheureux, notre esprit reste
triste, ce qui nous apporte plus de mauvais karmas.
La m?itation cruelle (raudra dhyāna). Le mot ?nbsp;raudra ?signifie cruel, rude.
Quand notre esprit est plein de col?e, de haine, de malice et qu’il devient
violent, en pensant ?de mauvaises actions, nous passons par cette sorte de
m?itation. Avec ces pens?s, nous pratiquons des activit? immorales. Toutes les
actions mentales ayant pour but de nous agripper au pouvoir et ?la richesse, aux
plaisirs sexuels, aux agissements asociaux, entrent dans cette classification.
On distingue quatre sous-cat?ories de m?itations cruelles :
a) penser avec d?ice ?tuer, ??raser ou ?d?ruire des ?res vivants soi-m?e ou par
l’interm?iaire de quelqu’un d’autre (himsānandi raudra dhyāna),
b) penser avec plaisir ?mentir, ?composer de la litt?ature trompeuse et ?
amasser des biens par des moyens frauduleux (mrisanandi raudra dhyāna),
c) penser avec plaisir ?voler et ?montrer sa dext?it?dans le vol (cauryanandi
raudra dhyāna),
d) penser avec plaisir ?satisfaire ses d?irs, comme ?re possessif, et ? se
battre, avec f?ocit? pour atteindre des objets convoit? (visayanandi raudra
dhyāna).
Les deux derni?es m?itations ci-dessus nous d?radent spirituellement en attirant
de mauvaises vibrations et de mauvais karmas. La plupart d’entre nous restons
engag?, de fa?n permanente, dans celles-ci, ce qui fait que nous ne pouvons
faire aucun progr? spirituel.
Les deux m?itations qui suivent sont d’une valeur sup?ieure. Elles nous aident ?
progresser sur la voie de la lib?ation.
La m?itation sur le dharma (dharma dhyāna). Le mot ?nbsp;dharma ?est utilis?
dans la terminologie ja?e, dans un sens plus large que religion. Qu’est-ce que le
dharma ? La r?onse est la suivante ?nbsp;vatthu sahavo dhammo ?ce qui signifie :
la nature intrins?ue d’une chose, c’est le dharma. Aussi longtemps qu’une chose
reste dans les limites de sa nature intrins?ue et ne transgresse pas ces limites,
elle est dans son dharma. Les probl?es de la vie surviennent lorsque nous
transgressons ces limites et lorsque nous nous emp?rons dans des domaines
?rangers. C’est pourquoi, quand le soi oublie sa nature intrins?ue et essaye de
s’emp?rer dans le domaine de l’ajiva, il va au devant d’ennuis. Par contre, s’il
concentre son attention sur son soi propre, s’il essaye d’analyser sa nature et
s’il centre ses activit? sur son ??ation, il entre dans le champ du ?nbsp;dharma
dhyāna ?
On distingue quatre sous-classifications dans cette sorte de m?itation :
a) celle sur la nature immuable et s?ieuse des vues exprim?s par les ?es ?lair?s
(ajna vicaya dharma dhyāna),
b) celle sur les raisons de l’obscurcissement de la vraie nature du soi au
contact des passions, telles que la col?e, l’orgueil etc.(apaya vicaya dharma
dhyāna),
c) celle sur la nature des r?ultats des diff?ents karmas (vipaka vicaya dharma
dhyāna),
d) celle sur la nature de l’univers (loka samsthana vicaya dharma dhyāna).
La m?itation sur le dharma ?oigne notre esprit de celles, douloureuses et
cruelles, qui sont la cause d’accumulation de karmas et qui d?radent les forces
du soi. Le dharma dhyāna nous conduit sur le chemin de la m?aphysique et de la
logique, mais il constitue la meilleure sainte compagnie (satsanga) pour nous
diriger sur la voie juste pour comprendre la V?it?
La m?itation pure (shukla dhyāna). Le mot ?nbsp;shukla »signifie ?nbsp;blanc ou
pur ? Dans le dharma dhyāna, l’esprit se concentre sur les traits g??aux de l’existence
en ce monde, dans le shukla dhyāna il r?uit graduellement le domaine de la
m?itation. Il se concentre sur l’atome et devient calme et immobile. En
atteignant l’omniscience, les fonctions de l’esprit sont compl?ement annihil?s.
On distingue quatre sortes de shukla dhyāna. La fonction des deux premi?es est
de rassembler et de concentrer l’esprit sur la plus petite entit?possible.
Lorsque l’on a atteint la perfection en cela et que l’on a perdu tous les attraits
pour les choses du monde, on arrive ?l’illumination pure et parfaite. Alors, les
fonctions de l’esprit n’existent plus. Il n’y a plus, d?ormais, de pens?
conceptuelle. La fonction de la m?itation, ?ce moment-l? n’est plus de concentrer
la pens?, car il n’y a plus de pens?. L’âme est maintenant omnisciente. La
m?itation est alors utilis? pour arr?er les activit? de la parole et du corps.
Les deux derni?es sortes de shukla dhyānas font cela. La derni?e est
imm?iatement suivie de la lib?ation.
C’est la m?itation la plus haute o?les liens karmiques sont d?ruits et o?l’âme
reste totalement occup? ?la r?lisation de soi. Les Proph?es disent qu’il n’est pas
possible de donner une image parfaite de cette m?itation, parce que la b?titude
que l’on ?rouve durant celle-ci d?asse toute description. Toutefois, ils ont
class?ce type de m?itation en quatre cat?ories progressives :
a) celle de la consid?ation de la diversit?(prithaktva vitarka savicara shukla
dhyāna) o?l’esprit contemple les diff?ents modes du soi et les forces de la
mati?e. La pens? va d’une id? ?l’autre, dans ce cas. Durant ce processus, on
d?ouvre le vrai caract?e de soi et par cons?uent on vise ? calmer sa pens?. Ce
niveau de m?itation est observ?quand l’âme est dans les ?apes 8 ?11 du
d?eloppement spirituel (gunasthāna). Une fois calm?, la pens? se concentre
uniquement sur un objet, le soi,
b) celle de la consid?ation de l’unit?(ekatva vitarka vicara shukla dhyāna) o?l’esprit
devenu calme b?ficie d’une paix et d’une b?titude parfaites, car tous les liens
des passions sont d?ruits. Il jouit alors de la connaissance pure (kevala jnāna).
A ce niveau, l’âme parvient au 12?e gunasthana et atteint, ?la fin, le 13 ?e,
c) celle du maintien de l’activit?subtile (sūksma-kriya pratipāti shukla dhyāna)
o?l’âme n’a plus qu’un lien tr? fin avec le corps. C’est le commencement du 14 ?e
gunasthana,
d) celle de la destruction compl?e de l’activit?(vyuparata kryā nivritti shukla
dhyāna) o?tout lien avec le corps est coup? A la fin de cette p?iode, l’âme est
lib?? et devient Siddha. Elle a une existence sans corps et une connaissance et
une b?titude totales. La dur? des ?apes c) et d) est tr? courte. Juste le temps
de dire a, e, i, o, u .
Voil? comment les grands ma?res ont d?rit le processus de la m?itation qui
conduit ?la lib?ation ! Un ?re humain ordinaire erre entre les trois premi?es
cat?ories. La derni?e est tr? difficile ?r?liser, car elle n?essite de franchir
les ?apes du progr? spirituel. Mais, si l’on y parvient, la lib?ation est
atteinte.