Leçons pour seniors(13)

RITUELS ET FESTIVALS

 

Le Jaïnisme possède une riche panoplie de rites et de fêtes. Il est important de rappeler que ce ne sont pas des spectacles vides de sens mais qu’ils ont une signification importante, tant pour ceux qui y participent que pour ceux qui les voient.

A)    Les rites.

Les rites doivent imprimer pour toujours les principes religieux dans l’esprit des gens. Beaucoup d’événements, comme la vie de Mahāvīra, sont fréquemment représentés sous une forme symbolique et les symboles, les actions, les paroles et les images sont  réunis pour apporter son message aux fidèles. Pour beaucoup de personnes, à qui les aspects les plus complexes de la philosophie religieuse sont un livre fermé, les rites donnent une direction, une convergence, pour l’expression de la dévotion envers les Tirthankara. La vénération avec la méditation profonde et les pensées sans violence et sans malice chassent les karmas de l’âme.

Les rites sont reliés à la vie quotidienne du Jaïn pieux. En répandant, le matin, le grain pour les oiseaux, en filtrant l’eau ou en la faisant bouillir pour son utilisation dans quelques  heures, il effectue des actes rituels de charité et de non-violence. La pratique de l’équanimité (sāmāyika), de la méditation, est un acte rituel réalisé tôt le matin, et peut-être aussi à midi et la nuit. Il dure quarante-huit minutes (deux ghadis- unité de temps indienne correspondant à la trentième partie d’une journée) et il comporte, habituellement, non seulement un recueillement tranquille mais encore la répétition de prières d’usage pour la circonstance. Le recensement et la demande de pardon des péchés (pratikramana) doivent aussi être pratiqués le matin, pour la violence commise pendant la nuit, le soir pour celles de la journée et certains jours dans l’année. A cette occasion, le Jaïn exprime son remords pour le mal qu’il a causé, pour ses mauvaises actions ou pour les devoirs qu’il n’a pas faits.

La vénération devant les statues des Jina, en s’inclinant pour les saluer avec respect et en allumant des lampes devant elles, est une façon idéale de commencer la journée pour beaucoup de Jaïns. Des formes plus élaborées de vénération (pūjā) constituent des rites, régulièrement journaliers, effectués dans le temple. Le fidèle entre dans le sanctuaire en disant « Namo Jinanam ! » (Je m’incline avec respect devant le Jina !) et en  répétant trois fois « Nisihi » pour abandonner toutes les pensées concernant les affaires du monde. Les rondes plus simples autour de la chapelle de la maison peuvent aussi former un cadre convenable. Les membres de certaines sections jaïnes ne pratiquent pas la vénération des statues des Jina. Ils préfèrent la méditation et les prières silencieuses.

Le culte (pūjā) peut prendre différentes formes. Le bain rituel de la statue (snatra pūjā) est le symbole de celui que font les dieux (les êtres célestes) au Tirthankara lors de sa naissance. Un acte symbolique simple consiste à se toucher le front avec le liquide utilisé pour le bain de la statue. Ce bain a lieu aussi lors de la « panca kalyanaka pūjā », rite qui commémore les cinq grands événements favorables de la vie du Tirthankara que sont : sa conception, sa naissance, son renoncement, son omniscience et sa libération. L’ « antaraya karma pūjā » comporte une série de prières pour ôter les karmas qui font obstacle au pouvoir qu’a l’âme de s’élever spirituellement.  Pour compléter, un long rite dans le temple peut durer trois jours ; il s’agit de l’ « Arihanta pūjā » pour manifester son respect aux Arhats. Il y a aussi un rite de prières centrées sur le « Siddhacakra » qui est un disque, en forme de lotus, comportant les représentations de l’Arhat, de l’âme libérée, du précepteur, du maître religieux, et du moine (les cinq êtres dignes de louanges) avec les quatre qualités que sont : la perception, la connaissance, la conduite et l’austérité pour élever l’âme.

On doit dire qu’il y a une faible ligne de partage entre la symbolisme et la superstition. Certains, se disant rationalistes, rejettent tous les actes rituels comme superstitieux. C’est une grande méprise. Les statues du Jina n’ont pas de pouvoirs miraculeux, mais la splendeur du temple, la beauté des paroles et des chants, tout aide le fidèle à avoir un état d’esprit respectueux. Certains peuvent pratiquer sans ces supports extérieurs, mais ils ne doivent pas mépriser ceux qui les apprécient.

B)     Les  Fêtes.

 Le calendrier solaire (européen) est généralement utilisé, en Inde, pour les questions de travail ou de politique. Par contre, le calendrier lunaire (indien) est habituellement employé pour les fêtes religieuses. Ce calendrier est très simple, mais il est basé sur les phases de la lune et ses dates ne sont pas toujours les mêmes, d’une année sur l’autre, comme dans le calendrier solaire. 

Les Jaïns laïques sérieux jeûnent, plus ou moins complètement, et s’adonnent à d’autres pratiques religieuses, certains jours de fêtes, tout le long de l’année. Les Jaïns pieux vont jusqu’à jeûner dix jours dans un mois donné (d’autres peuvent le faire pendant un temps plus court). Le premier jour des trois saisons de l’année indienne a aussi un caractère sacré spécial. Deux fois l’an, en mars/avril et en septembre/octobre, il y a la période de neuf jours d’ « Oli » qui comporte un demi-jeûne avec un seul repas par jour de nourriture complète. « Maunagiyaras », en novembre/décembre, est un jour de silence et de jeûne complets, avec des méditations sur les cinq êtres sacrés que sont : le moine, le précepteur, le maître religieux, l’Arhat et le Siddha. Ce jour est considéré comme l’anniversaire de la naissance de beaucoup de Tirthankara.

 Mahāvīra est né probablement en 599 avant J.C. La date exacte est donnée dans les écritures comme le treizième jour de la moitié brillante (croissante) de la lune du mois de caitria. Dans le calendrier solaire, cela tombe en mars ou en avril. Pour commémorer l’événement, la fête est appelée « Mahāvīra Jayanti ». C’est l’occasion d’une grande célébration. Les Jaïns se rassemblent pour entendre l’exposé de son message, afin de suivre ses enseignements et son exemple. Les rêves de sa mère, avant sa naissance, peuvent être représentés et les circonstances de sa venue au monde, telles que racontées dans les écritures saintes, être expliquées aux fidèles assemblés. La statue de Mahāvīra est cérémonieusement baignée et balancée dans un berceau. Dans de nombreux endroits, la procession a lieu dans les rues, avec sa statue à la place d’honneur. Dans certaines régions de l’Inde, c’est un jour férié général.

 « Paryusanā Parva » est, pour tous les Jaïns, la fête la plus importante. Il s’agit d’une période de huit jours pendant lesquels les fidèles jeûnent et pratiquent des activités religieuses. Elle tombe durant les mois de shrāvana et de bhādra (août ou septembre). Pendant la mousson, en Inde, les ascètes jaïns arrêtent de marcher d’une ville à une autre. Ils restent dans un lieu fixe, afin de réduire le mal qui est fait aux êtres vivants qui pullulent à ce moment-là. Souvent, durant cette période, un village invite les moines respectés à séjourner sur son territoire, (quelque fois avec une belle invitation manuscrite) et ses habitants les reçoivent, de façon rituelle, en grande pompe. Une série de conférences et de sermons, effectuée par un moine ou par une autre personne respectée, est un trait particulier de cette fête.

 Le terme « Paryusanā » est dérivé de deux mots signifiant : un an et un retour. C’est une période de repentir des mauvaises actions de l’année écoulée et de pénitences pour aider à effacer les karmas accumulés. Il faut se rappeler que les pénitences ne sont pas seulement destinées à effacer les karmas mais encore à contrôler le désir de plaisirs sensuels, qui est une partie de l’entraînement spirituel à éviter l’accumulation de nouveaux karmas. Durant cette période, certains fidèles jeûnent pendant huit jours, d’autres moins (un minimum de trois jours est suggéré par les saintes écritures), mais il est obligatoire de le faire le dernier jour. Le jeûne comporte normalement l’abstinence de toute nourriture et de toute boisson, mais certains prennent de l’eau bouillie dans la journée.

 Pendant cette fête, il y a des cérémonies régulières dans le temple et des discours sur le « Kalpā Sūtra » (l’un des livres sacrés) dans l’upāshraya. Le « Kālpa Sūtra », qui contient le récit détaillé de la vie de Mahāvīra, est lu à l’assemblée des fidèles. Le troisième jour de « Paryusanā Parva », une vénération toute spéciale est faite à ce livre sacré, qui est souvent porté en procession. Le cinquième jour, les rêves favorables qu’a faits la mère de Mahāvīra, la reine Trishala, font l’objet de représentations théâtrales. Durant cette période, les fidèles écoutent la lecture du « Kalpa Sūtra », effectuent des démarches pour éviter l’abattage d’animaux, demandent pardon, manifestent leur propre pardon à tous les êtres vivants, visitent les temples alentours, et procèdent à d’autres activités religieuses.

 Le dernier jour de « Paryusanā » est le plus important de tous. Ceux qui ont observé les jeûnes sont particulièrement honorés. C’est aussi ce jour-là que les Jaïns demandent pardon, à leur famille, à leurs amis et à leurs ennemis, des mauvaises actions qu’ils auraient pu commettre, à leur égard, durant l’année écoulée. C’est la raison pour laquelle cette journée annuelle de repentir et de pardon compte particulièrement.

 Peu après « Paryusanā », il est de tradition d’organiser un dîner dit « Swami vastyalaya » auquel les Jaïns prennent part et se renouvellent leur amitié les uns envers les autres, sans considération de statut socio-économique.

 « Dīwalī » ou « Dīpāwalī » est la fête la plus importante de l’Inde. Pour les Jaïns, elle commémore l’anniversaire de la libération de Mahāvīra, qui a eu lieu en 527 avant J.C (et aussi l’atteinte de l’omniscience par son principal disciple Gautama Indrabhuti). Cette fête tombe le dernier jour du mois d’ashvina, qui est la fin de l’année dans le calendrier indien (en octobre ou novembre). La célébration commence tôt, le matin du jour précédent, car c’est alors que Mahāvīra a fait son dernier sermon qui a duré jusque tard dans la nuit. On dit que les dix-huit rois de l’Inde du nord, qui  faisaient partie de son auditoire, décidèrent que la lumière de la connaissance de leur maître serait symboliquement conservée en allumant des lampes. C’est pourquoi cette fête est appelée « Dīpāwalī » (le mot dīpā signifiant lampe) ou « Dīwalī » en abrégé.

 Le Nouvel An, qui commence le jour suivant, est l’occasion de joyeux rassemblements des Jaïns, au cours desquels chacun se souhaite une Joyeuse nouvelle année.

 Le cinquième jour du Nouvel An, c’est la fête dite « Jnāna Pancami », ou jour de la connaissance, au cours duquel les écritures saintes, qui apportent la savoir aux gens, sont vénérées avec dévotion.

 Terminons ce chapitre par la prière jaïne du pardon. Les adeptes ne cherchent pas le pardon d’un dieu tout puissant mais des êtres vivants à qui ils ont pu faire du mal.

 Je pardonne tous les êtres vivants, ( Khāmemi sawajīve)

Que tous les êtres vivants me pardonnent ! (Savve jīvā khamantu me)

Tous dans le monde sont mes amis, (Metti me savvabhūesu)

Je n’ai pas d’ennemis ! ( Veram majjha na kenavi).