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Leçons pour les seniors (16)

 ANEKĀNTAVĀDA

 

Suivant la métaphysique jaïne, la réalité est constituée d’innombrables substances matérielles et spirituelles dont chacune est dotée d’innombrables qualités. De plus, chaque qualité est susceptible de subir des modifications infinies. En clair, la connaissance ordinaire (non-omnisciente) ne peut pas appréhender cette réalité complexe car elle est réduite, non seulement par le pouvoir limité des sens et de la raison, mais encore, par les points de vue de la connaissance, qu’il s’agisse de l’espace, du temps, de la lumière, etc.

 Reconnaissant la nature incroyablement riche et compliquée de la réalité, les Jaïns ont mis au point le concept des aspects multiples (ankānta) de l’existence, par réaction aux affirmations de leurs opposants selon lesquels le Brahman seul, parce qu’il est permanent et immuable est finalement et absolument réel ou, comme le soutiennent les Bouddhistes, parce que rien n’est permanent, le processus du changement étant la seule réalité. Ce concept de l’existence aux multiples aspects a permis aux penseurs jaïns d’affirmer, à la fois, la permanence et le changement. Ce que sont les choses dans leur substance, en tant que substances, est permanent, mais leurs formes ou leurs  modes changent continuellement.

 Faisant ressortir les limites de la connaissance ordinaire, les Jaïns ont mis au point la théorie selon laquelle la vérité est relative selon la perspective (naya)à partir de laquelle elle est connue. En outre, comme la réalité a de multiples aspects et comme la connaissance n’est vraie que dans une perspective étroite, toutes les déclarations de connaissance sont relatives (syat) ayant la forme « X » peut-être « Y » plutôt que « X est Y ».

."

Les perspectives limitées. Les limitations de la connaissance sont illustrées par une histoire populaire jaïne concernant cinq aveugles et un éléphant. Un roi fit venir cinq aveugles dans sa cour où il avait attaché un gros éléphant et il leur demanda de lui dire ce que c’était. Chacun des hommes toucha l ‘animal et, sur la base de ses perceptions, dit au roi qu’il savait ce que c’était. Le premier toucha la trompe et déclara que c’était un énorme serpent. Le second toucha la queue et affirma que c’était une corde. Le troisième palpa la jambe et dit que c’était le tronc d’un arbre. Le quatrième toucha une oreille et déclara qu’il s’agissait d’un éventail de vannage. Le cinquième toucha le côté est dit que c’était un mur. Comme chacun prétendait que ce qu’il avait dit était vrai et qu’il avait bien décrit l’objet en question, les cinq hommes commencèrent à s’échauffer, incapables de s’entendre, parce qu’ils refusaient d’admettre que chacune de leurs affirmations n’était vraie que dans une perspective limitée.

 Comme les aveugles, chaque personne ne perçoit les choses que suivant sa perception propre. Celles-ci sont déterminées par de nombreux facteurs qui incluent le conditionnement socioculturel, le lieu particulier, le temps, la lumière, les espoirs, les craintes qui dépendent naturellement de la limitation de nos perceptions sensorielles et de notre aptitude à raisonner. Une personne qui cherche le profit voit tout en termes de profits et de pertes, une personne qui a peur voit des menaces partout et une personne qui croit en Dieu voit toute chose comme la création bénie de celui-ci.

 Lorsque l’on a compris que la connaissance est limitée par les perspectives à partir desquelles elle est réalisée, il est facile de voir que ce que l’on affirme est conditionné par ce que l’on présume et que l’on doit toujours l’exprimer comme seulement une tentative de vérité, exactement comme ces aveugles, qui auraient dû être plus circonspects, en disant, par exemple «  Là où je suis, sentant l’objet avec mes mains, il me semble qu’il s’agit d’un éventail à vannage. C’est, peut-être, un éventail a vannage ! ». Ainsi, chacun doit comprendre que ses déclarations, en matière de connaissance, ne devraient être exprimées qu’avec des réserves. 

Les prédicats sous certaines conditions. En analysant la logique de l’affirmation avec des réserves, les Jaïns en sont arrivés au schéma septuple pour affirmer une vérité sur un objet particulier. Par exemple, les affirmations suivantes sont possibles pour exprimer, avec prudence, la température d’un verre d’eau :

1)      Il  peut être chaud (pour quelqu’un qui vient du froid),

2)      Il  peut être froid (pour quelqu’un qui vient d’une salle très chaude),

3)      Il peut être, à la fois, chaud et froid, suivant les conditions,

4)      Indépendamment de toutes les conditions, l’eau est indescriptible (toute connaissance dépend de diverses conditions),

5)      Indescriptible en elle-même, on peut dire que l’eau est chaude, étant sujette à diverses conditions (une combinaison du 1 et du 4),

6)      Indescriptible en elle-même, on peut dire que l’eau n’est pas chaude, étant sujette à diverses conditions (une combinaison du 2 et du 4),

7)      Indescriptible en elle-même, on peut dire que l’eau est chaude et pas chaude, suivant certaines conditions (une combinaison du 3 et du 4).

 

La raison pour laquelle les trois dernières affirmations commencent toutes par  « Indescriptible en elle-même » c’est que toute substance connue et décrite a un nombre infini de qualités et que chacune d’elles possède, aussi, un nombre infini de modifications. Bien que la connaissance ordinaire révèle quelques-unes de ces qualités et de ces modifications, elle ne peut pas le faire de toutes. Ainsi, toutes les descriptions de la réalité ne sont que partielles. La substance elle-même, avec ses qualités et ses modifications infinies, ne peut être totalement connue que lorsque l’on est venu à bout de toutes les limitations de la connaissance.

 Le schéma septuple de l’affirmation sous certaines réserves nous oblige à reconnaître la nature partielle et incomplète de la connaissance humaine ordinaire. C’est une première étape importante, pour triompher des passions, parce que le désir, la haine, l’orgueil, la colère et l’avidité proviennent d’une compréhension partielle des choses dogmatiquement présumées être toute la vérité. Combien de fois avons-nous compris de façon gênante le caractère peu convenable de notre colère, de notre jalousie, de notre orgueil ou de notre cupidité, lorsque nous avons vu « l’image complète » ? L’avidité d’argent disparaît, lorsque l’on a compris qu’il ne peut pas acheter la santé, les amis ou le bonheur. L’orgueil excessif cède la place à l’humilité, quand il nous arrive d’apprécier les prodigieuses qualités et les merveilleuses réalisations des autres. La colère et la haine disparaissent, lorsque nous comprenons que les autres objets, situations ou personnes ne sont pas une menace pour nous. Sachant que la connaissance, à partir de laquelle les passions destructrices apparaissent, est partielle, nous sommes encouragés à nous contrôler pour augmenter notre compréhension.

 La vue qui réveille. En comprenant la nature partielle de la connaissance ordinaire, les Jaïns apprécient mieux celle des Réalisateurs du gué (des Tirthankaras). Cela encourage notre foi dans leurs enseignements et motive nos efforts pour imiter leurs vies, dans l’espoir d’atteindre une omniscience, une pureté et une félicité semblables. A son tour, cela éveille une aspiration profonde à une vraie perspicacité et à une  vraie connaissance qui peuvent servir de catalyseur pour activer l’inclination naturelle de l’âme à sa libération et diriger ses énergies vers la récupération de  son omniscience.