Leçons pour les seniors (17)
LE PROGRÈS SPIRITUEL
On
dit que l’homme est un animal social. Les humains sont toujours occupés par
des questions sociales et terrestres, sans se préoccuper de savoir si cela les
concerne directement ou non. Leurs ambitions et leurs désirs sont aussi élevés
que le ciel. Ils passent beaucoup de temps dans les plaisirs matériels, très
peu dans les activités spirituelles. Les réalisations matérialistes et
scientifiques motivent plus leurs décisions et leurs actions que les
convictions religieuses. Ils croient que la science matérialiste est tout et
négligent la science spirituelle. Il n’y a rein de mauvais à donner à la
science une telle priorité, mais il ne faut pas oublier qu’elle évolue, elle
aussi, et qu’elle a ses propres limites. Elle ne peut pas expliquer tous les
phénomènes qui se produisent autour de nous. Si certaines choses ne peuvent
être expliquées par la science, nous devons admettre d’autres moyens de
connaissance et respecter la science spirituelle qui s’est développée bien
avant la science actuelle. Ce sont les Jina, les Arhats ou Tirthankaras qui
ont expliqué ou répondu à toutes les questions ou à tous les phénomènes
inexpliqués
Le Seigneur
Mahāvīra et les autres Tirthankaras ont démontré l’efficacité du progrès
spirituel, en le mettant en pratique dans leurs propres vies. Le grand moine
Umasvati, aux alentours des IVe ou Ve siècle, nous l’a
rappelé, dans le tout premier vers de son « Tattvartha Sūtra ». Il y
écrit : « Samyagdarshanjnancharitrani mokshamargah » ce qui signifie : la foi
juste (samyag darshana), la connaissance juste (samyag jnāna) et la conduite
juste (samyag cāritra) sont toutes les trois nécessaires pour réaliser le
progrès spirituel qui nous mènera à l’ultime libération (moksha ou nirvāna).
Essayons d’en apprendre un peu plus sur ces moyens, afin que notre vision des
choses et notre action puissent mieux nous conduire sur la voie spirituelle.
"
La foi
juste (samyag darshana).
La foi
juste veut dire croire aux neuf principes fondamentaux (tattvas) tels qu’ils
ont été expliqués par le Jina ou Tirthankara. Ces « tattvas » sont : 1) l’être
vivant (jīva), 2) les choses sans vie (ajīva), 3)les bonnes actions (punya),
4) les mauvaises actions (pāpa), 5) l’influx des karmas (āsrava), 6)
l’asservissement dû aux karmas (bandha), 7) l’arrêt de l’influx des karmas (samvara),
8) l’éradication des karmas (nirjarā) et 9) la libération (moksha ou nirvāna).
Certains livres sacrés parlent de sept tattvas considérant que punya et pāpa
sont une partie d’āsrava.
L’âme est
un être vivant, alors que le corps est, en lui-même, une chose non-vivante.
Mais, à cause de la présence de l’âme et de ses activités, nous considérons, à
tort, le corps comme un être vivant. Par conséquent, cela doit être clair pour
nous. De même, nous devons croire au fait que l’âme et le corps sont deux
entités distinctes. C’est le point de départ de notre voyage spirituel.
Sachant cela, il convient de faire ce qui est bon pour notre âme plutôt que
pour notre corps. Ce pas dans la bonne direction, c’est la foi juste (samyag
darshana) et le commencement du processus du progrès spirituel.
Ce n’est
pas facile d’atteindre la vision juste (la foi juste), en raison de
l’influence du karma qui produit la fausse croyance (mithyātva mohaniya karma)
et des très grandes passions (anantānubandhī kashāyas) que sont : la colère,
l’ego, la tromperie et la cupidité productives de karmas. Ces karmas sont
comme des copains. Le premier nous attire pour jouir de la vie dans le monde
et nous pousse à faire des choses pour le confort de notre corps physique, le
second nous tend la main pour nous aider à développer l’attachement à notre
corps et aux choses matérielles. Nos passions jouent des rôles divers, dans
notre vie, pour nous maintenir dans la jouissance du monde. De cette façon, le
temps passe et, avant de comprendre la vérité, nos yeux peuvent se fermer ou
nous pouvons être paralysés avant de pouvoir faire quelque chose de bon, pour
notre âme. C’est pourquoi, il est absolument indispensable qu’à un certain
moment nous décidions que cela a assez duré et qu’il est temps, maintenant, de
faire du bien pour elle. Cette sorte de décision est la seule qui arrête le
mithyātva mohaniya karma et qui met notre âme sur le siège du conducteur.
C’est la raison pour laquelle la foi, la vision juste, (samyag darshana) vient
en premier, dans la quête du progrès spirituel.
Certains
ont la chance de posséder les marques des bons karmas de leur vie antérieure.
Ils peuvent avoir automatiquement la vision juste, par leur intuition.
D’autres peuvent être motivés par de bons précepteurs, des lectures
spirituelles, etc.
Le
processus pour acquérir le samyaktva. L’âme a erré à travers un grand nombre
de vies, de différentes natures, et elle a expérimenté toutes sortes de
souffrances et de félicités, par les effets de karmas variés. L’influence de
ces karmas est si importante qu’elle ne peut absolument pas manifester sa
véritable nature. C’est pourquoi, au lieu de vivre dans le réel, elle peut le
faire dans le cadre de croyances fausses. De même que la pierre brute,
emportée dans l’eau par les courants, se façonne en une belle pierre ronde,
l’âme, teintée de visions fausses mais qui exerce des activités valables,
comme la compassion, la charité, le pardon, devient une bonne âme. Cela ne se
produit que lorsque les facteurs temps, pour tous les karmas, excepté l’ayushya
karma, sont réduits à moins d’un krodakrodi sagaropam. A ce moment là,
beaucoup d’âmes brisent le nœud qui les étouffe de l’attachement et de la
haine sévères (anantānubandhī kashāyas) et elles atteignent la samyakatva,
mais beaucoup échouent et retombent au niveau antérieur. Une fois que l’âme a
brisé ce nœud, l’élévation spirituelle commence par des activité pures.
Il y a
cinq sortes de samyaktva :
1)
celle dûe à la suppression des passions, c’est l’aupshamika samyaktva,
2)
celle dûe à la destruction des passions, c’est le kashayika samyaktva,
3)
celle dûe à la suppression partielle et à la destruction partielle des
passions, c’est la kashayopshamika samyaktva,