Leçons pour les seniors (20)
PÈLERINAGES ET LIEUX SACRÉS
Il y a beaucoup
d’endroits, en Inde, qui sont d’une particulière importance, pour les Jaïns,
parce qu’ils sont associés à des saints du passé. Un certain nombre sont des
lieux où des adeptes, qui ont reçu l’illumination, ont quitté ce monde et sont
parvenus à la libération finale, dans d’autres, soit des évènements religieux
célèbres se sont produits, soit, on peut voir des temples ou des statues
magnifiques qui poussent les fidèles à s’y rendre. Les pèlerinages à ces
endroits sont, depuis longtemps, populaires. On ressent un grand mérite à les
faire. Autrefois, et souvent même aujourd’hui, la pénibilité du voyage était
une forme de pénitence qui apprenait l’endurance et le contrôle du corps.
L’atmosphère religieuse et le fait de savoir que l’on est en un lieu que de
grands personnages ont fréquenté, il y a longtemps, de même la quantité de
pèlerins qui y viennent, inspirent des sentiments de grand respect.
Les fidèles qui se
rendent à ces endroits sacrés peuvent être des moines, des nonnes, des laïcs
seuls, des familles ou de grands groupes organisés. Pour certains, le voyage
peut représenter un véritable sacrifice financier. Beaucoup d’adeptes fortunés
entreprennent la tâche louable d’en aider d’autres à aller en pèlerinage. Il y
a quelques cinquante ans, un pèlerinage, organisé par un grand homme
d’affaires d’Ahmedabad, a réuni quelques 1500 personnes, dont 400 moines et
700 nonnes. Cinq cents aides, cuisiniers et agents de sécurité, s’occupaient
d’eux. Ils ont voyagé lentement, la plupart du temps à pieds, certains à
cheval ou dans des voitures jusqu’à Girnār (où le 22ème Tirthankara
est parvenu à la libération) et au grand ensemble de temples de Shatrunjaya.
Mille trois cents chars à bœufs et camions transportaient les équipements de
cuisine et les bagages des pèlerins. Lorsqu’ils campaient, la nuit, les
alignements de tentes, les lumières, les femmes exécutant des danses et
chantant des chants religieux, donnaient au campement l’allure d’une petite
ville. De nos jours, naturellement, la plupart des grands groupes de pèlerins
voyagent par les moyens de transport modernes. L’inconfort peut être moindre,
mais l’intention pieuse est la même et c’est toujours une pratique, pour les
Jaïns riches, d’organiser et de financer de tels déplacements.
La plupart des grands
lieux de pèlerinages sont éloignés des habitations, presque toujours au sommet
de collines ou de montagnes, souvent dans un environnement de beauté naturelle
convenant à la dévotion et à la méditation. Beaucoup de ces endroits peuvent
avoir quelques logements gratuits ou à des prix insignifiants. A noter aussi
que les fidèles donnent de l’argent pour l’entretien des lieux de pèlerinage.
Les temples jaïns, à
travers l’Inde, sont remarqués pour leur propreté et leur atmosphère sacrée.
Les fidèles y vont en portant des vêtements propres et laissant leurs
chaussures à l’entrée. Des choses, comme dormir, parler, vagabonder etc. ne
sont pas admises dans les temples jaïns. Leur architecture, leurs sculptures
et leurs ciselures sont splendides. Leur point de convergence c’est la statue
du Tirthankara, assis ou debout, dans une profonde méditation, les yeux
dirigés vers le bout du nez avec une expression tranquille et solennelle. La
statue est nue et porte, souvent, une décoration en forme de diamant, sur la
poitrine. Les Shvetāmbara ornent fréquemment leurs statues de bijoux, les
Digambara laissent les leurs sans aucun ornement. Chaque Tirthankara possède
un signe distinctif, qui figure sur son piédestal : un taureau pour
Rishabhadeva, un lion pour Mahāvira et ainsi de suite. Le 33 ème Pārsvanāth
a, au-dessus de sa tête, un baldaquin de sept serpents.
Parmi le grand nombre
de lieux de pèlerinage jaïns, il y en a un qui a une sainteté incomparable,
c’est le Mont Pārsvanāth ou Sammetshikhara, dans le Bihar. On croit, en
effet, que c’est là que vingt des vingt-quatre Tirthankara ont laissé leurs
corps terrestres et ont gagné le moksha. La montagne se dresse élégamment,
avec des pentes boisées en bas et un pic découpé plein de temples. Tels
qu’ils sont, aujourd’hui, ces édifices sont relativement modernes. Le plus
beau, au sud-est, avec des dômes cannelés, abrite une statue en marbre noir de
Pārsvanāth datée, à sa base, de 1765. Un grand nombre de fidèles viennent là.
Les plus pieux, après avoir visité chaque sanctuaire, achèvent leur pèlerinage
en faisant, à pieds, le circuit de trente miles de la base de la colline ( 1
mile =1 kilomètre 609).
De Sammetshikhar, les
pèlerins peuvent aller à Pāvapuri, situé aussi dans le Bihar. C’est un endroit
d’une grande beauté panoramique, spécialement lorsque les fleurs de lotus sont
ouvertes dans le grand lac. On raconte une histoire suivant laquelle
d’innombrables pèlerins ont formé ce lac, au cours des ans, en prenant une
pincée de poussière pour marquer leur front. Un temple se dresse à l’endroit
où Mahāvira est sensé avoir atteint le moksha et un autre là où son corps a
été incinéré. Le second se trouve, à l’intérieur du lac, sur une île reliée au
bord par un passage. La structure miroitante, se reflètant dans les eaux
couvertes de lotus, constitue une vue splendide. Les deux temples ont été
considérablement rénovés, au cours des ans. La fête de Diwali, date
anniversaire du nirvana de Mahāvira, est célébrée là en grande cérémonie.
Dans les temps
anciens, l’État du Magadha (du Bihar moderne ) a été le berceau du Jaïnisme,
mais, de nos jours, les communautés jaïnes sont plus importantes dans la
partie occidentale de l’Inde. Le Rajasthan et le Gujarāt sont particulièrement
riches en temples et en lieux de pèlerinages. On dit qu’il y a sept cents ans,
il y avait plus de trois cents temples jaïns dans l’Inde occidentale, dont
deux cents d’entre eux dans le seul Gujarāt. Dans le Rajasthan, Jaisalmer a
longtemps attiré professeurs et étudiants dans sa célèbre bibliothèque de
manuscrits et de milliers de livres religieux jaïns. Non seulement les érudits
et les étudiants, mais aussi beaucoup d’adeptes font ce pèlerinage pour voir
les temples splendides qui se trouvent là, extrêmement ciselés dans de la
pierre jaune. Ranakpur, aussi au Rajasthan, possède un grand temple magnifique
qui date du XV ème siècle. Il couvre 40.000 pieds carrés, sur une
base élevée, entourée d’un haut mur, comme cela est courant pour les temples
jaïns. Le sanctuaire principal a, suivant le style habituel jaïn, quatre fois
six pieds de haut, avec des statues, en marbre blanc, de Rishabha qui font
face dans les quatre directions, permettant ainsi quatre approches.
D’innombrables piliers, on dit qu’il y en a 1444, richement ciselés, tous avec
des dessins différents, donnent des vues à l’infini, à travers vingt-neuf
halls entrecoupés de cours ouvertes.
Au XIII ème siècle après
J.C, le roi jaïn du Gujarāt, Kumārapāla, a fait construire un temple à Taranga.
Son successeur ayant combattu le Jaïnisme, ce temple a été presque détruit. Il
a été rénové, plus tard, sous le règne de l’Empereur moghol Akbar, au XVI
ème siècle. Il est situé de façon pittoresque, au sommet d’une colline,
avec une approche difficile qui montre l’endurance des pèlerins.
Incontestablement, les
chefs d’œuvre de l’architecture jaïne, quasiment inégalés dans l’Inde, pour la
beauté et la délicatesse des ciselures, sont les magnifiques temples Delwara
du Mont Abū, au Rajasthan. Les découpes du marbre blanc sont si fines qu’il
est presque translucide. Les maçons le grattaient plutôt qu’ils le ciselaient.
L’on dit qu’ils étaient payés suivant le poids de la poudre retirée. Le
transport des blocs, de loin, a dû, à lui seul, être laborieux et coûter très
cher. Il faut citer les deux plus beaux temples du Mont Abu. L’un a été
construit aux alentours de 1030 après J.C par Vimala Shah, un riche marchand.
Il est dédié au 1er Tirthankara et il a été restauré en 1322 après
J.C. Les quarante-huit piliers du hall principal sont, probablement, inégalés
pour leur décoration unique. Son dôme de onze anneaux alternés, ciselés de
figures humaines et animales, est impressionnant. L’autre temple, dédié au
Tirthankara Neminātha, est plus grand, avec 115 pieds de long. Il a été
construit vers 1230 après J.C par Tejapala, qui, avec son frère Vastupala,
Premier ministre du Gujarāt, a été le fondateur de plus de cinquante édifices
religieux, dont ceux de Shatrunjaya et de Girnār. Chaque temple se dresse sur
une aire rectangulaire, avec des murs décorés de statues placées dans des
niches autour de la circonférence. Non seulement ces temples, mais aussi la
vue panoramique splendide de 4000 pieds au-dessus de la mer, constituent un
site remarquable de grande signification religieuse.
Deux lieux de
pèlerinages au Gujarāt, Girnār et Shatrunjaya, ont des temples et des
sanctuaires si nombreux qu’ils ont été appelés des cités temples. Girnār est
l’endroit célèbre où le Tirthankara Neminātha a atteint la libération. Un
autre temple très beau, au sommet du mont, est vieux de plus de mille ans. Une
inscription montre qu’il a été rénové en 1278 après J.C. Il comporte une cour
rectangulaire entourée de quelques soixante-dix statues de Tirthankaras. C’est
le temple le plus grand, mais il y en a beaucoup d’autres dont un, construit
par Vastupala, en 1231 après J.C, dédié au 19 ème Tirthankara,
Mallinātha.
Shatrunjaya est un
lieu de pèlerinage jaïn ancien car ce fut là que, dit-on, le premier
Tirthankara, Rishabha et son principal disciple sont parvenus à la libération.
Plusieurs centaines de temples et de sanctuaires plus petits sont contenus
dans les neuf enclos entourés de murs. Bien que la plupart d’entre eux soient
modernes, ils ont été restaurés seize fois, datant d’une antiquité lointaine
Un nouveau temple de Rishabhadeva a remplacé l’ancien, au milieu du XII
ème. siècle, et Vastupala a fait construire, en face, sept chapelles,
en 1231. Quelques édifices peuvent avoir leurs origines, sinon leurs formes
présentes, qui remontent au Xème siècle. Malheureusement,
Shatrunjaya a beaucoup souffert de la destruction, durant les conquêtes
musulmanes, aux XIV ème et XV ème siècles, mais les
reconstructions eurent lieu après 1500. En 1582, l’Empereur Akbar donna
officiellement aux Jaïns le terrain qu’ils occupaient là. Certains, parmi les
très grands temples, sont vraiment magnifiques, avec leurs hauts dômes en pain
de sucre et leurs flèches, un trait typique de leur architecture, alors que
les plus petits ont souvent une intimité simple et impressionnante. La
construction de sanctuaires n’a pas cessé. Un nouveau complexe, érigé dans
les années 1970, peut supporter la comparaison avec les plus anciens. La riche
ornementation et la statuaire autour démontrent le talent des tailleurs de
pierre. A partir du XVII ème siècle, Shatrunjaya est devenu de
plus en plus important. Comme les fidèles s’assemblent là en grand nombre, des
guides ont été écrits pour eux, détaillant les routes par lesquelles ils
peuvent venir les visiter et prier devant leurs nombreuses statues. A une
certaine date, chaque année, des pèlerins, au nombre d’environs 20.000,
entreprennent un parcours circulaire de vingt miles. La difficulté est grande,
mais le bonheur éprouvé en vaut la peine. Les pèlerins les plus forts peuvent
faire à pieds une route de vingt-quatre miles. Des cérémonies spéciales ont
lieu, à différentes dates, au cours de l’année. Certaines prières, certains
souvenirs et rites sont effectués par les fidèles, à Shatrunjaya, en jeûnant
et en pratiquant le culte.
Les endroits
mentionnés jusque là sont, tous, situés dans la moitié nord de l’Inde mais le
sud a, aussi, ses grands lieux de pèlerinages. Le plus célèbre est Shravana
Belgola, à soixante-deux miles de Mysore. Là, sur une colline de 470 pieds
au-dessus des plaines, se dresse la statue colossale de Bāhubali qui a
cinquante-sept pieds de haut et vingt-six de tour d’épaules. Elle a été
taillée dans un solide rocher aux alentours de 980 après J.C. Un cloître a été
ajouté, autour, en 1116. C’est la statue monolithique la plus grande qui se
dresse, ainsi isolée, dans le monde. Bāhubali ou Gommata était le fils de
Rishabhadeva, le premier Tirthankara. On dit qu’il resta dans une méditation
si profonde que des plantes grimpantes poussèrent sur lui. La statue le
représente nu, marque d’un total renoncement aux choses du monde, y compris
aux vêtements, les membres enlacés de plantes grimpantes. Il y a d’autres
statues de Bāhubali, dans le sud de l’Inde, mais celle-là est de loin la plus
grande et l’endroit est un centre majeur de pèlerinage pour les Jaïns, aussi
bien du nord que du sud du pays. Dans un temple jaïn, la statue est baignée
rituellement, chaque jour, comme partie du culte. Celle de Shravana Belgola
est si énorme que ce rite ne peut être réalisé que sur ses pieds. A certains
intervalles, cependant, entre douze et quinze ans, un grand échafaudage est
dressé et l’énorme statue est douchée, cérémonieusement, avec des pots d’eau
mêlée de bois de santal, de noix de coco, de sucre et de lait. Un demi-million
de pèlerins assistait à la cérémonie qui s’est déroulée en 1967. Celle de 1981
a eu une signification spéciale, car elle marquait le millième anniversaire de
la consécration de la statue.
Le pèlerinage aux lieux
sacrés est une partie de la tradition de pratiquement toutes les religions
dans le monde. Les épreuves du voyage disciplinent le corps, la compagnie
d’autres pèlerins renforce la foi. Prier et exercer le culte dans un site
rendu saint par la tradition, par la consécration ou la vénération de
générations de fidèles, se trouver en un endroit où les grands maîtres
religieux et les saints ascètes ont été, tout cela inspire et élève l’âme.
Elle acquiert du mérite et l’esprit la paix. Les interprétations d’un
pèlerinage sont différentes. Certains, gens simples, sont heureux de se perdre
dans l’impressionnante circonstance et de suivre les rites et les prières.
D’autres peuvent souhaiter avoir un point de vue intellectuel, écarter les
légende les plus miraculeuses ou les voir au moins comme des histoires pieuses
et éducatives, plutôt que de les accepter comme l’exacte vérité. Mais, peu
nombreux sont ceux qui font le voyage aux lieux sacrés et en reviennent sans
avoir été touchés.
Les pèlerinages et les temples sont
une partie vivante de la religion jaïne et non quelque tradition moribonde du
passé. A Leicester, en Angleterre, un centre jaïn a été réalisé, pour la
première fois, dans l’hémisphère occidental, Il possède un temple splendide,
en pierre taillée, avec des statues consacrées de Tirthankara à l’intérieur.
Le travail a été rendu possible grâce aux contributions de tous les Jaïns du
monde, afin de fournir, aux pèlerins qui veulent venir de Grande-Bretagne,
d’Europe, de l’Inde et de toutes les parties du monde, un lieu pour prier
devant les trois statues de Shāntinātha, de Pārsvanātha et de Mahāvira.