SAMANA SUTTAM
(SHRAMANA SUTRA)
Deuxième Partie
LA VOIE DE LA LIBÉRATION
20.Préceptes sur la conduite juste (Samyakcāritra sūtra)
(A)Le point de vue pratique
(262) La conduite juste, du point de vue pratique, c’est de pratiquer les
austérités du point de vue pratique. La conduite juste, du point de vue réel,
c’est d’observer les austérités du point de vue réel.
(263) Sachez que la Conduite juste consiste à cesser l’activité défavorable et
à s’engager dans l’activité favorable. Le Jina a décrété que la conduite, du
point de vue pratique, consiste à observer les vœux, à agir avec attention (samiti)
et contrôle (gupti).
(264) Une personne, même possédant la connaissance des écritures, n’atteindra
pas la libération si elle n’est pas capable d’observer strictement les
activités d’austérité et de contrôle de soi.
(265)Bien qu’une personne connaisse la voie juste elle n’atteint pas sa
destination en raison de l’inaction ou de l’absence de vent favorable pour son
bateau (pota) ; de même, la connaissance n’aura pas le résultat désiré en
l’absence d’actes vertueux.
(266) De même que cent mille crores de lampes allumées ne sont d’aucune
utilité pour un aveugle, à quoi sert l’étude de nombreuses écritures à une
personne qui n’a pas de caractère ?
(267) Une personne qui a une conduite juste triomphe d’une personne instruite,
même si sa connaissance des écritures est restreinte ; à quoi sert une grande
étude des écritures à une personne sans conduite juste ?
(B) Le point de vue réel
(268) Du point de vue réel, celui qui est absorbé avec grand bonheur dans son
âme pour la connaître avec l’aide de son âme, devient une personne à la
conduite juste ; un tel ascète atteint l’émancipation.
(269) Un ascète qui élimine ses punya karmas (mérites) aussi bien que ses pāpa
karmas (péchés) acquiert sans aucun doute la conduite juste - cela est dit par
ceux qui sont sans karmas (i.e. les Jinas).
(270) Celui qui, sans attachement, manifeste une attitude favorable ou
défavorable concernant un objet étranger, renonce à ce qui constitue sa propre
conduite (i.e. svabhāva) et adopte ce qui constitue une conduite étrangère
(i.e. vibhāva).
(271)Celui, qui dénué de tout attachement, et qui retire son esprit de toute
autre chose, connaît et voit à coup sûr son âme dans sa vraie nature, pratique
ce qui constitue sa propre conduite (i.e. svabhāva).
(272) Si l’on pratique des austérités (tapas) ou si l’on observe des vœux (vratas)
sans contemplation fixée sur le Soi Suprême, les omniscients appellent tout
cela austérité puérile (bālatapa) et vœu puéril (bālavrata).
(273) Celui qui mange une fois par mois par le bout de l’herbe kusha n’atteint
même pas la sixième partie de ce qui constitue la religion bien proclamée.
(274) La conduite juste est réellement ce qui constitue la religion ; on dit
que la religion c’est l’équanimité. L’équanimité c’est l’état de l’âme qui est
dénuée d’illusion et d’agitation.
(275) L’équanimité, la tolérance, la pensée pure, l’affranchissement de
l’attachement et de la haine, la conduite (juste), la religion, la dévotion à
son propre soi, tout cela est dit constituer une et même chose.
(276) Un moine, est dit posséder la conscience pure (y compris darshana et
jñāna), qui a compris la nature véritable des substances, qui pratique le
contrôle de soi et la pénitence, qui est sans attachement et qui garde
l’équanimité (de la pensée) à la fois dans le bonheur et dans le chagrin.
(277) La pureté de la foi et la connaissance constituent le pur ascétisme. Une
telle âme pure atteint la libération. C’est le Siddha a qui je manifeste mon
obéissance.
(278) Le bonheur infini d’une âme libérée (Siddha), caractérisé par la pureté
de la conscience, est né de l’excellence de son âme, elle est hors d’atteinte
des sens, incomparable, inépuisable et indivisible.
(279) Le moine, qui ne manifeste ni attachement, ni aversion ou illusion vis à
vis de quoi que ce soit, et qui conserve l’équanimité de la pensée dans les
plaisirs et dans les peines, ne provoque pas l’invasion de bons ou de mauvais
karmas.
(C) Synthèse
(280) La conduite juste, du point de vue réel, est le but ultime ; la conduite
viciée par l’attachement, i.e. la conduite du point de vue pratique, est
seulement le moyen de l’atteindre. De là, les deux doivent être suivies l’une
après l’autre. Celui qui les suit graduellement atteindra la connaissance
intuitive.
(281) Invariablement, l’impureté interne résulte de l’impureté externe, du
fait de ses impuretés internes, l’homme commet des fautes externes.
(282) Ceux qui ont vu et connu ce monde et l’autre (i.e. les Arhats
Omniscients) ont prêché à tous (ceux qui sont capables de se libérer des
karmas) que la pureté de la pensée peut être obtenue par ceux qui se sont
libérés de la luxure, de la vanité, de l’illusion et de la cupidité.
(283) Celui qui a acquis une conduite favorable, après avoir renoncé à toutes
les activités blâmables, ne peut pas obtenir la pureté de l’âme, s’il ne s’est
pas libéré de l’illusion.
(284) De même que les pensées défavorables sont entravées par la conduite
favorable, la conduite favorable par la conduite pure ; de là, en réalisant (ces
deux sortes d’actes) l’un après l’autre, un yogi médite sur son âme.
(285) S’il y a un dommage, du point de vue réel, dans la conduite juste, alors
il y aura dommage dans la connaissance et la foi juste, mais s’il y a un
dommage dans la conduite juste, du point de vue empirique, alors il peut ou
non y avoir un défaut dans la connaissance juste et la foi juste.
(286 et 287) Après avoir bâti une citadelle avec sa foi juste, mis des barres
aux portes avec ses austérités et le contrôle de soi, de solides remparts avec
son pardon, d’invincibles gardes avec ses trois contrôles ( de la pensée, de
la parole et de l’action), un moine s’arme d’un arc avec sa pénitence,
transperce l’armure de son karma, gagne la bataille et devient libéré de cette
vie dans le monde ordinaire.