SAMANA SUTTAM
(SHRAMANA SUTRA)
Deuxième Partie
LA VOIE DE LA LIBÉRATION
30) Préceptes sur la réflexion (Anuprekshāsūtra)
(505) Même quand la méditation ordinaire est terminée, avant d’entreprendre la
méditation appelée « dharma-dhyāna », un moine doit constamment plonger sa
pensée dans une profonde réflexion concernant les choses éphémères, etc.
(506) (Un moine) doit réfléchir au caractère transitoire, impuissant,
solitaire et distinct (du corps et de l’âme), à l’existence ordinaire, au
monde terrestre, à l’impureté, à l’invasion des karmas, à l’arrêt de
l’invasion karmique, à la libération des karmas, à la religion et à
l’illumination.
(507) Sachez que la naissance est accompagnée de la mort, que la jeunesse est
suivie par la vieillesse, que la richesse est périssable. Ainsi, doit-on
réfléchir au fait que tout est passager.
(508) Après vous être débarrassé de la grande illusion et avoir réfléchi que
tous les objets des sens sont passagers, cultivez un esprit détaché de façon à
pouvoir atteindre le bonheur suprême.
(509) Un fou pense que la richesse, les animaux et les parents sont ses
protecteurs, en se disant : ils sont miens. En fait, ils ne sont ni ses
protecteurs ni son refuge.
(510) Je sais que ce sont toutes (les formes) d’attachements ; je dois ôter
ces défauts, connus sous le nom de shalya, de mon esprit, de mes paroles et de
mon corps ; les guptis et les samitis sont mes protecteurs et mes refuges.
(511) Réfléchissez au cycle des transmigrations où un jeune, hautement fier de
sa beauté, naît après sa mort comme un minuscule insecte dans son propre corps
mort.
(512) Il n’existe pas de lieu dans ce monde, même aussi minuscule qu’un bout
de cheveu, où une âme n’a pas souffert les tourments des naissances et des
morts plusieurs fois.
(513) Oh ! cet océan de l’existence ordinaire est difficile à traverser ; il y
a beaucoup de crocodiles sous la forme de maladie, de vieillesse et de mort ;
il y a une grande masse d’eau sous la forme de naissances et de morts
constantes, le résultat de tout cela c’est une terrible souffrance.
(514) Une âme dotée des Trois Joyaux constitue un excellent gué. On peut
traverser l’océan du cycle des transmigrations à l’aide du divin navire des
Trois Joyaux.
(515) Dans ce monde où chacun doit souffrir des fruits de ses karmas
individuellement, y a-t’il une personne que l’on peut appeler parente ou
étrangère ?
(516) Mon âme dotée de connaissance et de foi est seule mienne, de façon
permanente ; toutes les autres sont étrangères à moi et dans la nature des
accessoires externes.
(517) Toutes les séries de souffrances supportées par une âme sont nées de ces
associations étrangères ; par conséquent, je coupe de bon cœur les contacts
avec toutes ces associations étrangères.
(518) Une personne folle s’afflige de la mort d’une autre personne lorsqu’elle
est partie pour assumer une autre naissance, mais elle ne pense pas à sa
propre âme qui souffre dans cet océan de l’existence ordinaire.
(519) Celui qui réfléchit à son âme, après qu’il sait que, en principe, son
corps est distinct de son âme, obtient des résultats efficaces.
(520) Qu’est-ce qui est auspicieux dans ce corps, qui est constitué de chair
et d’os, rempli d’urine et d’excrément, et de matière souillée par neuf
orifices ?
(521) Ainsi absorbé dans une expérience de calme, la personne qui renonce à
l’état mental né de l’illusion - considérant qu’ils méritent qu’elle y renonce
- entreprend vraiment une réflexion profonde sur l’invasion karmique.
(522) Un moine qui contrôle ses sens par la maîtrise de sa pensée, de ses
paroles et de son corps, et qui veille à l’observance des samitis i.e. les
cinq sortes de vigilances, empêche l’invasion des karmas et n’attirera pas la
poussière de nouveaux karmas.
(523) Ayant compris la nature de l’existence dans le monde et le manque de
valeur de longues transmigrations dans la vie ordinaire, un moine doit
s’exercer à méditer sur sa résidence au-dessus de l’univers (i.e.
shiddha-shilā) où la vie est remplie de bonheur.
(524) Le Jina a prêché que la dissociation de la matière karmique (du soi) est
appelée nirjarā. Sachez que les moyens du samvara (de l’arrêt) sont aussi les
moyens du nirjarā.
(525) Pour les êtres vivants qui flottent dans les courants de la vieillesse
et de la mort, la religion est la meilleure île, le lieu du repos et le
suprême refuge.
(526) Même après être né dans un corps humain, ce qui est le plus difficile
c’est d’écouter les textes scripturaux ; les ayant écoutés, on accepte la
pénitence, le pardon et la non-violence (ahimsā).
(527)Même après avoir écouté le texte religieux, il est extrêmement difficile
de cultiver la foi en lui, parce qu’il y a beaucoup de gens qui, même après
avoir appris la voie juste, dévient d’elle.
(528) Même après avoir écouté la science sacrée et acquis une foi solide en
elle, il est encore difficile d’entreprendre l’effort nécessaire, car
assurément il y a beaucoup de gens qui, même ayant une foi solide dans la
religion, ne la pratiquent pas.
(529) Une personne qui a purifié son âme par l’activité de sa pensée ressemble
à un bateau ; comme le bateau traverse un océan, de même une telle personne
atteint la libération de toute misère.
(530)Les douze anuprekshās (réflexions profondes), l’abstinence, le repentir,
la confession et la méditation, on doit profondément méditer sur ces
réflexions.