SAMANA SUTTAM
(SHRAMANA SUTRA)
Deuxième Partie
LA VOIE DE LA LIBÉRATION
32. Préceptes sur les progrès spirituels (Ātmavikāsasūtra Gunasthānas)
(546) Les états résultant de la fructification, etc. des karmas, par lesquels
les âmes sont distinguées, ont reçu le nom de « gunas » (étapes spirituelles)
par les Omniscients.
(547 et 548) Il y a quatorze étapes sur la voie du développement spirituel
graduel : 1) la foi fausse, 2) la baisse de la fausse foi, 3) le mélange de
foi juste et de foi fausse, 4) la foi juste sans vœux, 5) l’observance
partielle des vœux, 6) l’observance non vigilante des vœux, 7) l’observance
vigilante des vœux, 8) l’ état unique de bonheur qui n’a pas été éprouvé
auparavant, 9) l’activité constante de la pensée (c’est-à-dire la méditation),
10) le très faible attachement, 11) l’illusion réduite, 12) l’illusion
détruite, 13) l’omniscient avec des activités et 14) l’omniscient sans
activité. Il faut comprendre que l’émancipation est atteinte dans les étapes.
(549) Avoir foi dans les choses qui existent d’une façon véritable est appelée
mithyātva. Elle est de trois formes : celle entretenant un doute, celle de
quelque chose fait délibérément et celle de quelque chose non fait
délibérément.
(550) L’âme tombe du pic de la montagne de la foi juste avec la face vers la
plaine de la fausse foi et elle a sa foi juste détruite – cette étape de l’âme
est appelée sāsvādana i.e. qui a un goût de foi juste.
(551) L’étape du mélange de samyaktva (foi juste) et de mithyātva (foi fausse)
qui ne peut, en aucune façon, être divisé en juste et fausse croyances, comme
un goût mêlé de lait caillé et de mélasse ne peut pas être dit séparément
aigre ou sucré, est appelée mishra-bhāva.
(552) L’étape de celui qui n’a pas fait le vœu de s’abstenir des plaisirs des
sens et de faire du mal aux êtres vivants mobiles et immobiles, bien qu’il ait
une foi solide dans les doctrines exposées par les Jinas, est appelée celle
d’une personne à la vision juste sans abstinence (avirata-samyagdristi)
(553) Celui qui s’interdit de tuer les êtres vivants mobiles, mais non ceux
qui sont immobiles, et qui a cependant une foi inébranlable dans les Jinas,
est appelé viratāvirata ou deshavirata i.e. un observateur partiel des vœux.
(554) Celui qui a fait les grands vœux, qui est équipé de toutes les qualités
vertueuses et d’une bonne conduite, mais qui manifeste souvent de la
négligence sous une forme visible ou non, et dont la conduite est un peu
défectueuse de ce fait, est appelé pramattasamyata, i.e. un observateur non
vigilant des grands vœux.
(555) L’homme sage, qui est bien équipé de tous les vœux, dont la négligence a
disparu entièrement, qui reste absorbé dans la méditation, mais qui n’a
commencé ni à réduire, ni à annihiler les karmas trompeurs, est appelé
apramattasamyata, i.e. un observateur vigilant des grands vœux.
(556) Dans la (huitième) étape du développement spirituel, l’âme éprouve des
états mentaux (de bonheur) uniques mais fréquemment changeants qui n’ont
jamais été expérimentés auparavant ; pour cela, cette étape est appelée
apūrvakarana.
(557) Les âmes qui expérimentent ces états mentaux (de bonheur), et prêtes
soit à réduire ou à annihiler leurs karmas trompeurs, sont désignées par les
Jinas sous le nom d’ apūrvakarana i.e. dénuées de toute obscurité (
ignorance).
(558) Les âmes, qui sont à la neuvième étape du développement spirituel,
jouissent, à chaque instant, de l’état mental constant (de bonheur) et brûlent
la forêt des karmas par les flammes du feu d’une méditation très pure. Elles
sont appelées anivartins (anivrittikarana).
(559) De même qu’une fleur kusumbha a une légère couleur rouge, de même un
moine, qui a atteint la dixième étape du développement spirituel, garde une
légère couleur d’attachement intérieurement. Aussi cette étape est-elle
appelée sūkshma-kashāya ou sūkshma-samprāya i.e. l’étape de l’attachement
léger.
(560) De même que l’eau mélangée au fruit kataka ou que l’eau d’un étang à
l’automne ont leur saleté diminuée, de même une personne dont tous les karmas
trompeurs ont diminué est appelée upashānta kashāya i.e. dont les passions ont
diminué.
(561)Le moine, dont tous les karmas trompeurs sont annihilés et dont l’esprit
est (propre) comme l’eau mise dans un vase en cristal, est appelé kshinamoha
et il détruit les passions par son âme vertueuse, dénuée de tout attachement.
(562 et 563) Il est déclaré, dans les écritures saintes éternelles, qu’un
moine, qui a détruit l’obscurité de son ignorance par un assemblage des rayons
du soleil de l’omniscience, a obtenu la connaissance de l’âme suprême du fait
qu’il en a acquis neuf super ordinaires et qu’il est équipé des types de
cognition déterminée et indéterminée qui ne nécessitent aucune aide
d’instruments externes, i.e. les sens, est appelé un sayogi-kevalin. Bien
qu’il soit un kevalin (omniscient), il exerce encore des activités mentales,
vocales et corporelles.
(564) Le personnage qui a atteint l’étape appelée shaileshī (i.e. de la
libération absolue de toute activité quelle qu’elle soit), dans lequel toute
l’invasion karmique a été stoppée, et qui est libéré de la saleté du karma,
est appelé kevalin i.e. dépourvu d’activités.
(565) Au moment où l’âme pure atteint cette étape, elle s’élève tout droit au
sommet de l’univers suivant sa qualité naturelle, elle y reste pour toujours,
sous une forme désincarnée, et dotée des huit suprêmes qualités.
(566) Les âmes émancipées sont celles qui sont exemptes des huit sortes de
karmas, ayant atteint la paix, qui sont exemptes de toute pensée et de défauts,
qui sont éternelles, qui sont équipées des huit qualifications favorables, qui
sont ainsi parce qu’elles ont déjà accompli ce qui devait être accompli, et
qui résident au sommet de l’univers.