SAMANA SUTTAM
(SHRAMANA SUTRA)
Deuxième Partie
LA VOIE DE LA LIBÉRATION
33. Préceptes des morts sans passion (Samlekhanāsūtra)
(567) Le corps est appelé un bateau, l’âme est un marin, l’existence dans le
monde est un océan que les grands sages traversent.
(568) Celui qui a un œil sur son voyage ascensionnel (la libération) ne doit
pas penser aux objets extérieurs (i.e. aux plaisirs du monde) ; il doit
protéger son corps pour annihiler les karmas passés.
(569) L’homme qui possède une disposition calme doit mourir, l’homme qui
possède une disposition lâche doit aussi mourir ; aussi, puisque la mort est
inévitable dans tous les cas, il vaut mieux mourir avec une disposition calme.
(570) La mort d’un homme sage met fin à des centaines de naissances ; donc, on
doit mourir d’un telle mort car on gagne le titre de bien-mort.
(571) Une personne sage, qui est exempte d’anxiété, meurt tout de suite d’une
mort paisible ; par une telle mort, elle met immédiatement une fin à un nombre
infini de morts.
(572) On doit entreprendre chaque activité avec la peur de l’asservissement
(i.e. des possibilités d’asservissement), on doit prolonger sa vie dans
l’espoir d’acquérir toujours de nouveaux gains dans le futur et, à la fin, on
doit détruire ses souillures avec prudence.
(573) Celui qui n’a pas de peur d’aucune sorte devant lui, ne doit pas faire
le vœu de s’abstenir de nourriture et d’eau ; s’il cherche la mort, il doit
être traité comme dégoûté en raison de son état de moine i.e. mort par le
jeûne.
(574) Le sallekhanā, i.e. la mort par le jeûne, est de deux sortes, interne et
externe ; le sallekhanā interne consiste à émacier les passions alors que
l’externe consiste à émacier le corps.
(575))Un moine (qui fait le vœu de sallekhanā) doit, d’abord, maîtriser ses
passions et (ensuite) réduire graduellement sa nourriture ; quand son corps
devient extrêmement faible, il doit arrêter de prendre toute nourriture.
(576) Une personne dont l’esprit est pur, n’a pas besoin d’un lit de paille ni
d’un terrain impeccable ; son âme elle-même devient son lit.
(577 et 578 Les épines mentales (shalya), comme la tromperie, l’attitude
perverse et le désir de plaisirs du monde dans la vie suivante, chez une
personne qui observe le vœu de sallekhanā, lui causent une plus grande
souffrance qu’une arme souillée, un poison, un démon, une amulette portant
malheur ou un serpent en colère, car, en présence des ces shalyas, la
compréhension juste devient impossible et l’implication dans un cycle de
transmigrations infinies devient inévitable.
(579) Un moine qui est dénué d’orgueil coupe les trois racines de la
renaissance i.e. les épines de la croyance fausse, de la tromperie et du désir
du plaisir du monde dans la vie suivante.
(580) De ce fait, les personnes qui meurent attachées à une croyance fausse ou
pleines de désir de jouissance sensuelle en récompense des bons actes exécutés,
sujettes à la krishna leshyā (à la coloration noire) ne trouvent pas facile
d’atteindre la connaissance juste.
(581) (D’un autre côté), les personnes qui meurent attachées à la foi juste,
sans désir de jouissance sensuelle en récompense des bons actes réalisés,
sujettes à la shukla leshyā ( la coloration blanche), trouvent qu’il est
facile d’atteindre la connaissance juste.
(582) Celui qui est désireux d’effectuer ārādhanā (la série d’actes favorables
à faire au moment de la mort) doit toujours réaliser le parikarman (la
pratique de la série d’actes favorables) ; car quelqu’un dont l’esprit est
plongé dans le parikarman trouve qu’il est facile d’effectuer ārādhanā.
(583 et 584) Celui qui est né dans une famille royale et qui fait ses
exercices (militaires) régulièrement devient compétent pour gagner toutes les
guerres ; de même, un moine qui s’engage régulièrement dans la méditation et
la pratique des vœux de la vie monastique, vainc son esprit et devient
compétent pour pratiquer la méditation à sa mort.
(585) Fixez (votre) âme sur la voie de la libération et méditez sur cette âme
uniquement ; soyez toujours occupés à cela et non à une autre substance.
(586) On doit abandonner le désir des plaisirs dans ce monde et aussi dans le
suivant ; on doit abandonner le goût pour la vie, pour la mort ou par les
jouissances et penser aux mauvaises conséquences possibles dans le monde de la
transmigration.
(587) On a une naissance dans un état misérable, en s’adonnant aux autres
substances i.e. aux choses du monde, et une naissance dans un bon état, en
étant absorbé dans la contemplation de son âme ; sachant cela, on doit être
absorbé dans la méditation sur son âme et s’abstenir de penser aux autres
substances.