SAMANA SUTTAM
(SHRAMANA SUTRA)
Troisième partie
MÉTAPHYSIQUE
35. Préceptes sur la substance. (Dravyasūtra)
(624) Les Jinas à la vision suprême ont décrit l’univers comme constitué de
six substances : dharma (le moyen du mouvement), adharma (le moyen du repos),
ākāsha (l’espace), kāla (le temps), pudgala (la matière) et jīva (l’âme).
(625) Les substances : ākāsha, kāla, pudgala, dharma et adharma ne possèdent
pas les qualités du Jīva (i.e. elles sont dépourvues de vie) et, par
conséquent, elles ont été appelées ajīvas (sans vie). L’attribut du Jīva c’est
la conscience.
(626) Ākāsha, kāla, jīva, dharma et adharma sont incorporelles, alors que
pudgala (la matière) est corporelle. De toutes, seule la substance âme est
consciente.
(627) Le jīva (l’âme) et la pudgala (la matière) sont deux substances actives,
alors que les autres sont inactives. La cause externe de l’activité de l’âme
c’est la matière karmique et de l’activité de la matière c’est la substance
kāla (temps).
(628) Dharma, adharma et ākāsha sont seules en nombre, kāla, pudgala et jīva -
ces trois sont infinies en nombre.
(629) Dharma et adharma- ces deux substances ont leur extension dans tout
l’univers, alors que ākāsha (l’espace) se répand dans l’univers et au-delà de
l’univers. Kāla se répand seulement dans la région du temps.
(630) Les six substances (dravyas) coexistent dans le même espace et
s’accommodent l’une l’autre, elles sont mêlées les unes aux autres depuis un
temps infini. Toutefois, elles conservent leur identité sans perdre leur
nature respective.
(631) Dharmāstikāya est dépourvu d’attributs comme le goût, la couleur,
l’odeur, le son et le toucher. Il se répand dans l’univers, il est indépendant,
immense et il a d’innombrables pradeshas i.e. points d’espace.
(632) De même que l’eau aide le mouvement des poissons, de même dharma aide le
mouvement des âmes et de la matière.
(633) Dharmāstikāya ne se meut pas lui-même, ni n’est la cause du mouvement
d’autres choses ; mais c’est un moyen du mouvement partout répandu pour les
corps vivants et non-vivants.
(634) Sachez que de même que dharma est une substance, de même adharma.
Adharma est serviable en apportant le repos aux Jīvas et aux pudgalas capables
d’être statiques.
(635) La substance espace est dépourvue de conscience, elle est incorporelle,
accommodante et partout répandue. Elle est de deux sortes, l’une est lokākāsha
i.e. (espace dans l’univers) et l’autre alokākāsha i.e. (espace au-delà de
l’univers).
(636) Il est expliqué que le loka, i.e. l’univers, comprend des substances
vivantes et non-vivantes, alors que l’aloka comprend seulement une partie
d’une substance non-vivante, i.e. (l’espace).
(637) La substance temps est dépourvue d’attributs comme le toucher, le goût,
la couleur et de propriétés comme la lourdeur et la légèreté. Elle se
caractérise par la mutation.
(638) Les multiples mutations et les différents modes de l’âme et de la
matière sont principalement dus à la substance temps.
(639) Du point de vue pratique, le temps est mesuré par diverses unités comme
avali (l’ouverture et la fermeture des paupières), ucchvāsa (le temps pris
pour une expiration), prāna (le temps pris pour une respiration) et stoka (une
seconde). C’est affirmé par les Jinas.
(640) La substance matière est de deux sortes : sous forme d’atome (paramānu)
et sous forme de molécules (skandha). Les molécules sont de six sortes, alors
que les atomes sont de deux sortes.
(641) Gros-gros, gros, gros-fin, fin-gros, fin et fin-fin, tels sont les six
sortes d’agrégats de matière (skandha pugdala). La terre, etc. sont ses six
exemples.
(642) La terre, l’eau, l’ombre, les objets des quatre sens (excepté la vue),
la matière karmique et les atomes, sont les six différentes formes de la
matière.
(643) La substance, qui est dépourvue de dimensions i.e. deux extrêmes et le
milieu, non étendue, qui ne peut pas être perçue par les organes des sens et
qui est invisible, a été appelée atome par les Jinas.
(644) Comme les molécules, les atomes possèdent les attributs de couleur, de
goût, d’odeur et de toucher, ils restent toujours changeants en étant joints
et disjoints. Par conséquent, ils sont appelés pudgala.
(645) Ce qui vit, qui vivra, et qui a vécu par le moyen des quatre sortes de
vitalités (prāna), est appelé âme (jīva) et les quatre sortes de vitalités
sont la force de vie, les organes, la durée de vie et la respiration.
(646) Du point de vue pratique, une âme a une grande ou une petite taille
suivant la taille du corps du fait de son expansion et de sa contraction. Mais,
du point de vue réel, elle possède d’innombrables points d’espace (pradeshas).
(647) De même qu’un rubis tombé dans du lait illumine seulement tout le lait,
de même une âme incarnée illumine seulement son propre corps.
(648) L’âme est co-extensive avec la cognition, la cognition est co-extensive
avec ce qui est à connaître, loka et aloka sont cognisables, par conséquent,
la cognition s’étend à tout.
(649) Le jīva est de deux sortes : ordinaire et émancipé ; tous les deux sont
sensibles et doués de conscience ; alors que les âmes ordinaires ont des
corps, les émancipées n’en ont pas.
(650) La terre, l’eau, le feu, l’air et les plantes sont différentes sortes
d’êtres immobiles avec un organe des sens. Les êtres mobiles comme les conques,
etc. ont deux, trois, quatre et cinq organes des sens.