SAMANA SUTTAM
(SHRAMANA SUTRA)
Troisième partie
LA THÉORIE JAÏNE DE LA RELATIVITÉ
37. Les Préceptes sur le non-absolutisme (Anekāntasūtra)
(660) Sans quoi, même les affaires du monde ne peuvent pas être mises à
exécution, je m’incline devant l’anekāntavāda (le non-absolutisme), le seul
précepteur du monde.
(661) La substance est la demeure des attributs et ceux-ci sont hébergés par
la substance. La caractéristique distinctive du mode c’est qu’il dépend des
deux.
(662) Il n’y a pas de substance sans modes, il n’y a pas de modes sans
substance. Les caractéristiques de la substance sont l’apparition, la
permanence et la destruction.
(663) Il n’y a pas d’apparition sans destruction, ni de destruction sans
apparition, alors que ni l’apparition, ni la destruction ne sont possibles
sans une substance permanente.
(664) L’apparition, la permanence et la destruction appartiennent aux modes
(et non à la substance), mais comme les modes ont sans aucun doute la forme
d’une substance, tout ce qui existe a la forme d’une substance.
(665) Puisqu’ en un seul et même moment la substance est sujette à trois états
: l’apparition, la permanence et la destruction, ces trois états constituent
véritablement une substance.
(666) Le mode d’une substance qui émerge est un et celui qui disparaît est un
autre que lui, alors que la substance ni n’émerge, ni ne disparaît.
(667) L’individu reste la même personne de sa naissance jusqu’au moment de sa
mort, bien qu’il prenne les divers états d’enfance, etc.
(668) Les modes des choses qui sont communs à toutes sont universels, tandis
que ceux qui ne le sont pas sont particuliers, mais les deux appartiennent à
la même.
(669) Les cognitions d’une substance sont universelles et particulières et
sont non contredites. C’est la vraie cognition tandis que le contraire ne
l’est pas.
(670) Une et même personne assume les rapports de père, de fils, de petit-fils,
de neveu et de frère, mais il est le père d’ un d’eux et non du reste (tel est
aussi le cas avec toutes les choses).
(671) Une personne possède assurément des rapports alternatifs et assume aussi
un rapport unique. Mais celui qui attribue exclusivement à cette personne soit
l’un soit l’autre rapport n’est assurément pas versé dans les écritures.
(672) Les qualités particulières (d’une substance) sont mêlées ensemble comme
le lait et l’eau, aussi il n’est pas juste de les distinguer exclusivement
comme « cette » ou « cette autre » qualité.
(673) Un moine, qui doute du sens d’un verset, doit adopter sans aucun orgueil
le point de vue relatif dans son interprétation. Un moine sage, qui a affaire
à d’autres moines qui suivent la voie juste dans leur pratique de la religion,
doit prêcher avec équanimité dans un langage sincère et non équivoque.