SAMANA SUTTAM
(SHRAMANA SUTRA)
Première Partie
6. Préceptes sur les karmas (Karmasūtra)
(56)Si une chose a une certaine forme définie et si on la considère autrement,
si l’on agit comme si elle était autre ou si on la décrit autrement, c’est la
perversion.
(57)Chaque fois qu’une âme éprouve tel ou tel état mental, à ce moment même
des karmas bons ou mauvais s’attachent à elle.
(58)Quiconque ne fait pas attention à ses activités physiques et à ses paroles
et convoite richesse et femme, accumule la poussière karmique de l’attachement
et de l’aversion, exactement comme un vers de terre accumule de la boue de
deux façons (i.e. intérieurement et extérieurement).
(59)Comme les karmas s’attachent à celui qui agit, ce dernier doit en souffrir
tout seul et ni les personnes de sa caste, ni ses amis, ni ses fils, ni ses
frères ne peuvent partager sa souffrance.
(60)De même qu’une personne est libre de grimper à un arbre mais n’a pas la
possibilité de s’arrêter quand elle tombe. De même, un être vivant est libre
d’accumuler des karmas mais, une fois ceux-ci accumulés, il est au-delà de son
pouvoir de contrôler leurs effets.
(61)Quelquefois (i.e. au moment de la fructification) les êtres vivants sont
contrôlés par les karmas, alors que d’autrefois (i.e. au moment de l’action)
les karmas sont contrôlés par eux, exactement comme au moment de prêter de
l’argent le créditeur est dans une position plus forte, alors qu’au moment de
le rendre, un débiteur est dans une position plus forte.
(62)Le karma en tant que tel est d’un seul type. Mais il est aussi de deux
sortes : dravyakarma et bhāvakarma. Le premier est une masse de particules
physiques et sa capacité inhérente c’est le bhāvakarma ( et cette capacité a
pour origine l’attachement et l’aversion de soi).
(63)Celui qui a gagné la victoire sur ses sens et qui médite sur la vraie
nature de l’âme n’est pas asservi par les karmas ; comment le prāna qui est
fait de matière karmique peut-il suivre un tel être ? (C’est, son âme qui
obtient la libération de la transmigration).
(64-65)En bref, les karmas sont de huit sortes : 1)le jñānāvaraniya (qui
obscurcit la connaissance), 2) le darshanāvaranīya (qui obscurcit la vision
des choses), 3) le vedanīya (qui produit le sentiment), 4) le mohanīya (qui
provoque l’illusion), 5) l’ āyu (qui détermine la durée de la vie), 6) le nāma
(qui détermine le physique), 7) le gotra (qui détermine le statut) et 8)
l’antarāya (qui obscurcit le pouvoir du soi).
(66)La nature de ces huit karmas ressemble respectivement à un rideau, à un
concierge, à un glaive, à du vin, à des chaînes en bois, à un peintre, à un
potier et à un trésorier.
Explication : Ce verset explique la nature des huit karmas de cette façon :
(1)Le karma, qui obscurcit la connaissance, est comme un rideau qui empêche
une personne de savoir ce qu’il y a dans une pièce ;
(2)Le darshanāvaranīya-karma empêche une personne de voir, comme un concierge
empêche quelqu’un de voir un dignitaire ;
(3)Le vedanīya-karma est la cause du plaisir et de la douleur comme un glaive
enduit de miel qui en le léchant devient une cause de plaisir du fait du miel
et une cause de douleur car il risque de couper la langue ;
(4)Le mohanīya-karma provoque l’illusion comme le fait le vin ;
(5)L’āyu-karma maintient l’âme liée au corps, comme des chaînes en bois sur
les jambes maintiennent la personne attachée à une place jusqu’à ce qu’elles
soient enlevées ;
(6)Le nāma-karma fait entrer l’âme dans différentes sortes de corps, comme un
peintre peint différents dessins;
(7)Le gotra-karma est responsable de la naissance dans des familles de rang
élevé ou bas comme un potier fait des petits ou des grands pots ;
(8)L’antarāya-karma empêche une personne de faire de bonnes actions comme un
trésorier empêche son maître de faire des cadeaux et des donations.