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La Communauté jaïne  

    La religion jaïne est l’une des plus anciennes religions du monde. Elle a été aussi appelée shramana dharma, nirgrantha dharma, etc. Ce n’est pas la ramification d’une autre croyance, c’est une religion indépendante, connue au cours du temps sous différents noms. Elle a été enseignée par les Tirthankaras que l’on appelle aussi les Jinas. Le disciple d’un Jina est un Jaïn et la religion pratiquée par les Jaïns est appelée le Jaïnisme. Chaque Tirthankara revitalise l’ordre jaïn sous le nom de sangha. Le sangha jaïn actuel a été revitalisé par Mahavira, le 24ème et dernier Tirthankara de notre époque. Ce sangha se compose des quatre groupes  suivants : 

1)      les sādhus (les moines),

2)      les sādhvis (les nonnes),

3)      les shrāvakās (les hommes laïcs),

4)      les shrāvikās (les femmes laïques). 

Les Svetāmbaras et les Digambaras

   Les enseignements de Mahavira nous ont été transmis par ses disciples principaux  (ganadharas) sous forme d’écritures (Agamas). Celles-ci ont été compilées en douze parties séparées, appelées « dwadashan     is ». Ces douze compositions furent reconnues acceptables par tous les adeptes. Pendant longtemps, ils les apprirent en les mémorisant. 150 ans environs après la mort de Mahavira, une grande sécheresse se produisit dans le nord de l’Inde qui dura douze ans.  A ce moment-là, un certain nombre de moines jaïns émigrèrent dans le sud du pays sous la direction du maître Bhadrabahu. Lorsque la sécheresse eut cessé, certains revinrent dans le nord. Ils observèrent alors des inconsistances dans les rapports oraux des écritures faits par différents moines et ils exigèrent qu’elles soient compilées par eux. Pour cette tâche, un premier concile se tint à Pataliputra, environs 160 ans après la mort de Mahavira. Bhadrabahu, qui avait la connaissance des douze Angas, ne participa pas à cette assemblée. Les autres moines ne purent compiler de mémoire que les onze premiers Angas, le douzième fut perdu  Les moines du sud n’acceptèrent pas cette compilation. Il en résulta un premier éclatement du Jaïnisme en deux groupes majeurs : celui des Svetāmbaras et celui des Digambaras. Les moines Svetāmbaras décidèrent de porter des robes blanches, les Digambaras restèrent nus, comme l’avait fait et prescrit Mahavira, en signe de détachement complet du monde. 

    La communauté jaïne, ainsi divisée en deux grands groupes : Svetāmbaras et  Digambaras, se subdivisa, au cours des siècles postérieurs, en plusieurs sections majeures et mineures. 

    Actuellement, on relève, chez les Digambaras, trois sections majeures : la Bisapantha, la Terapantha et la Taranapantha ou Samaiyapantha et trois sections mineures la Gumanapantha, la Totapantha et la Kanjipantha).

    De même, il existe trois sections majeures chez les Svetāmbaras : la Murtipujaka,  les Sthanakavasis et la Terapantha Svetāmbara distincte de la Terapantha Digambara. 

Les sections majeures Digambaras 

La section Bisapantha 

    Les Jaïns Bisapanthis suivent des autorités religieuses (dharma-gurus), connues sous le nom de « Bhattarakas », qui sont à la tête de monastères religieux (jaina mathas). Dans leurs temples, les Bisapanthis vénèrent les statues des Tirthankaras, de Ksetrapala, de Padmavati et d’autres déités. Ils le font avec du safran, des fleurs, des fruits, des douceurs, des bâtons d’encens, etc. Lorsqu’ils pratiquent ces vénérations ils restent assis sur le sol. Ils font aussi, dans leurs temples, l’agitation de lampes (arati) sur ou devant les statues, même la nuit, et ils distribuent les douceurs (prasada) offertes. La Bisapantha est, d’après certains, la forme originelle de la branche Digambara. Aujourd’hui, pratiquement tous les Jaïns Digambaras du Maharashtra, du Karnataka et  de l’Inde du sud, et un grand nombre du Rajasthan et du Gujarat, sont des Bisapanthis. 

La section Terapantha 

    Les Jaïns Terapanthis sont apparus dans l’Inde du nord, en 1683 de l’ère Vikrama, en révolte contre la domination et la conduite des Bhattarakas. Depuis, ces derniers ont perdu leur respect dans cette partie de l’Inde. Ils continuent, néanmoins, à jouer un rôle important en Inde du sud. Dans leurs temples, les Terapanthis installent uniquement les statues des Tirthankaras et ils les vénèrent non avec des fleurs, des fruits et des végétaux, considérés comme (sachitta), mais avec du riz sacré (aksata), du santal, des amandes, des noix de coco sèches, des dattes, etc. Ils ne pratiquent pas l’arati, ne distribuent pas les prasadas, et ils se tiennent debout dans les temples et non assis. Ce sont des réformateurs opposés à certaines pratiques religieuses qu’ils considèrent comme n’étant pas vraiment jaïnes. Ils ont réussi à ôter les Digambaras des griffes des Bhattarakas qui n’en font qu’à leur tête. Pour cette raison, les Terapanthis occupent une place particulière dans la branche Digambara. Ils sont les plus nombreux dans l’Uttar Pradesh, le Rajasthan et le Madhya Pradesh. 

    Il convient de noter que, si le mot Terapantha apparaît à la fois chez les Svetāmbaras et chez les Digambaras, les deux sections sont différentes. Alors que les Terapanthis Digambaras croient à la nudité pour les moines et à la pratique de la vénération des statues, les Terapanthis Svetāmbaras sont tout à fait opposés aux deux. 

La section Taranapantha 

    Cette section tient son nom de celui son fondateur Taranaswami (1448-1515 A.D.). Elle est aussi appelée « Samaiyapantha » parce que ses fidèles ne vénèrent pas les statues  mais les livres sacrés (samaiya). Taranaswami est mort à Malharagarh dans l’ancien Etat de Gwalior, dans le Madhya Pradesh, qui est devenu le lieu principal de pèlerinage de cette section jaïne.

    Les Taranapanthis rejettent totalement la vénération des statues. Dans leurs temples, ils leur préfèrent celle des livres sacrés. En plus de ceux des autres Digambaras, ils manifestent un culte pour les quatorze de leur fondateur. De plus, ils donnent une grande importance aux valeurs spirituelles et à l’étude de la littérature sacrée. C’est pourquoi, on trouve chez eux une absence complète d’autres pratiques religieuses. Taranaswami était aussi fermement opposé aux distinctions de castes. De ce  fait, il a ouvert largement les portes de sa section aux Musulmans et aux gens de basses castes. Du fait de ses positions, il ressort que Taranaswami a établi ses principes sous l’influence directe des doctrines de l’Islam et des enseignements de Lonkashaha, le fondateur de la section non idolâtre des Sthanakavasis chez les Svetāmbaras. Peu nombreux, les Taranapanthis se trouvent dans le Bundelkhand, dans la région du Malwa au Madhya Pradesh et la région de Khandesh au Maharashtra. 

Les sections mineures Digambaras 

La section Gumanapantha 

    La section Gumanapantha n’est pas très importante et l’on connaît, en fait, peu de choses sur elle. On dit qu’elle a été créée par le Pandit Gumani Rama ou Gumani Rai qui était un fils du Pandit Todaramal, un résident de Jaipur au Rajasthan. Pour cette section, l’allumage de chandelles ou de lampes dans les temples est strictement interdit car c’est à ses yeux une violation fondamentale de la doctrine jaïne de la non-violence. Les fidèles vont seulement contempler les statues dans les temples et ils ne leur font aucune offrande. 

    Cette section est devenue célèbre sous le nom de « suddha amnaya », c’est-à-dire de tradition pure et sacrée, parce que ses adeptes mettent essentiellement l’accent sur la pureté de la conduite, la discipline de soi et l’adhésion stricte aux préceptes. 

    La Gumanapantha est apparue au XVIIIème siècle et elle a principalement fleuri durant ce siècle. Elle prévalait dans plusieurs secteurs du Rajasthan et on la trouve, actuellement, autour de Jaipur. 

La section Totapantha 

    La section Totapantha est apparue comme la résultante de différences entre Bisapanthis et Terapanthis. De nombreux efforts sincères ont été faits pour trouver un compromis entre la Bisa (vingt) pantha et la Tera (treize) pantha. Le résultat a été la création de la Sadhesolaha (seize et demi) pantha ou Totapantha. C’est pourquoi ses adeptes croient pour partie aux doctrines de la Bisapantha et pour partie à celles de la Terapantha. 

    Les Totapanthis sont très peu nombreux. On les trouve dans certaines localités du Madhya Pradesh. 

La section Kanjipantha 

    A mentionner, enfin, la récente section des Kanjipanthis chez les Digambaras créée par Kanjiswami et très populaire dans les classes éduquées. Kanjiswami, un Svetāmbara Sthanakavasi de par sa naissance, réussit à populariser largement les vieux textes sacrés du grand ascète jaïn l’Acharya Kunda-Kunda du sud de l’Inde. Mais, ses efforts dans l’ interprétation de ces écrits, en donnant plus d’importance au point de vue réaliste (nischaya-naya) qu’au point de vue pratique (vyavahara-naya), ne sont pas approuvés par la majorité des Digambaras car les deux sont considérés comme d’égale importance. Néanmoins, l’influence de la Kanjipantha s’accroît continuellement. Les villes de Sonagarh dans le Gujarat et de Jaipur dans le Rajasthan sont devenues les centres de ses diverses activités religieuses. 

Les sections Svetāmbaras 

    Comme les Digambaras, les Svetāmbaras se sont subdivisés en trois sections majeures :  la Murtipujaka, les Sthanakavasis et  la Terapantha. 

La section Murtipujaka 

    La majorité des Svetāmbaras sont des Murtipujakas, c’est-à-dire qu’ils vénèrent les statues (murtis). Ils leurs offrent des fleurs, des fruits, du safran, etc. et ils les ornent toujours de riches vêtements et de bijoux. 

    Les ascètes de cette section couvrent leur bouche de bandes de tissu, lorsqu’ils parlent, sinon ils les gardent dans leurs mains. Ils demeurent dans des temples ou dans des bâtiments spécialement réservés, connus sous le nom d’   upasrayas . Ils vont mendier leur nourriture avec leurs bols dans les maisons des adeptes laïques et ils mangent là où ils séjournent. 

    Les Murtipujakas sont aussi connus sous les noms de : Pujeras (vénérateurs), Deravasis ou Chaityavasis  ( résidents dans des temples) et de Mandira-margis (qui vont dans des temples). On  trouve les laïcs de cette section éparpillés dans tous les grands centres urbains de l’Inde, où ils sont dans les affaires, et plus particulièrement concentrés dans le Gujarat. 

La section des Sthanakavasis 

    Ces adeptes ont pour origine une ancienne section de réformateurs dite Lonka. Elle a été fondée en 1474 A.D. par  Lonkashaha, un riche marchand instruit de Ahmedabad. Le principe fondamental de cette section était de ne pas pratiquer la vénération des statues. Pus tard, un certain nombre de ses adeptes ont désapprouvé les façons de vivre de leurs ascètes, déclarant qu’elles étaient moins strictes que Mahavira l’aurait souhaitée. Un laïc de cette section, Viraji de Surat, fut initié comme Yati (ascète) et très admiré pour la rigueur de sa vie. Beaucoup de membres de cette section Lonka le rejoignirent et prirent le nom de Sthanakavasis, ce qui signifie ceux qui ne pratiquent pas leurs activités religieuses dans des temples mais dans des halls de prières (sthanakas). 

    Les Sthanakavasis sont aussi appelés : Dhundhiyas (chercheurs) et Sadhumargis (disciples des ascètes). Mis à part le fait principal qu’ils ne pratiquent pas la vénération des statues, les Sthanakavasis ne différent pas beaucoup des autres Jaïns Svetāmbaras et, de nos jours, ils se qualifient invariablement de Svetāmbaras Sthanakavasis. Il y a, cependant, des différences avec les Murtipujakas, dans l’observance de certaines pratiques religieuses. Ainsi, ils n’ont pas de temples mais seulement des halls de prières (sthanakas) où ont lieu leurs jeûnes, fêtes religieuses, discours, etc. De plus, leurs ascètes couvrent, tout le temps, leur bouche de morceaux de tissu et n’utilisent pas de robes jaunes ou d’autres couleurs, excepté le blanc. De plus, ils n’admettent l’authenticité que de 31 des écritures sacrées des Svetāmbaras. Enfin, ils ne reconnaissent pas les lieux de pèlerinage et  ne participent pas aux fêtes religieuses des Murtipujakas. On  trouve leurs laïcs dans différents centres d’affaires en Inde, principalement au Gujarat, au Punjab, dans l’Harayana et au Rajasthan. 

    Il est intéressant de noter que les deux sections qui ne vénèrent pas les statues, les Taranapanthis chez les Digambaras et les Sthanakavasis chez les Svetāmbaras, sont apparues très tard dans l’histoire de l’Eglise jaïne et l’on peut dire, avec assez de certitude, que l’influence musulmane sur l’esprit religieux de l’Inde a été grandement responsable de leur existence. Sur ce plan, S. Stevenson observe « un effet de la conquête musulmane a été de rapprocher plus étroitement les Jaïns vénérant les statues face aux iconoclastes. Un autre effet a été de détourner certains de l’idolâtrie. Aucun oriental ne pouvait entendre la protestation véhémente d’un autre oriental envers la vénération des statues sans douter de la justesse de son point de vue. Naturellement, c’est à Ahmedabad, la ville du Gujarat qui était le plus sous l’influence musulmane  que nous pouvons trouver les premières traces de ces doutes. En 1474 A.D., la section Lonka, la première des Jaïns ne vénérant pas les statues, apparut. Elle fut suivie par la section Dhundhiya ou Sthanakavasi vers 1653 A.D. date qui coïncide, de façon frappante, avec les mouvements Luthérien et Puritain en Europe » (voir : The Heart of Jainism p.19). 

La section Terapantha 

    La section des Terapanthis est dérivée de celle des Sthanakavasis. Elle a été fondée par Swami Bhikkanaji Maharaj. Celui-ci était, auparavant, un moine Sthanakavasi. Il avait été initié par son guru, l’Acharya Raghunatha, mais il eut des différends avec lui sur les pratiques des ascètes Sthanakavasis. Lorsque celles-ci prirent un tour sérieux, il fonda la section Terapantha, le jour de pleine lune du mois d’Ashadha (Juin/Juillet) en 1760 A.D. 

    Comme l’Acharya Bhikkanaji mit l’accent sur 13 principes religieux, à savoir : les cinq grands vœux (mahavratas), les cinq contrôles (samitis) et les trois restreintes (guptis) sa section fut appelée Tera (signifiant treize)-pantha. Deux autres interprétations ont, toutefois, été données à ce nom. Pour certains, c’est parce qu’à sa fondation il n’y avait que treize moines et treize laïcs. Pour d’autres, Tera veut dire « vôtre » et pantha signifie « voie » ; en d’autres termes, cela signifierait « Oh ! Seigneur Mahavira ! C’est votre voie ». 

    Les Terapanthis ne vénèrent pas les statues et ont la particularité d’être sous la direction d’un Acharya unique qui est leur chef religieux. Dans son histoire d’un peu plus de 200 ans, la Terapantha a eu seulement une succession de 10 Acharyas, depuis son fondateur, l’Acharya Bhikkanaji, à ce jour, avec l’Acharya Mahapragya qui est le dixième. 

    Cette façon de diriger toute la Pantha par un seul Acharya est devenue un trait caractéristique de la Terapantha et un exemple pour les autres sections. Il est remarquable de voir que tous les moines et toutes les nonnes de cette pantha suivent scrupuleusement les ordres de leur Acharya, prêchent sous son autorité et pratiquent toutes les activités religieuses suivant ses instructions. De plus, la Terapantha observe régulièrement une grande fête, connue sous le nom de « maryada mahotsava ». Cette fête se déroule, chaque année, le septième jour de la moitié brillante du mois de Magha (Janvier/Février). Tous les ascètes et tous les disciples laïques, hommes et femmes, se réunissent à cette occasion en un lieu déterminé et discutent ensemble des différents problèmes de la section. 

    Les pénitences des Terapanthis sont considérées comme très sévères. L’habit des moines et des nonnes Terapanthis est le même que celui des moines et des nonnes Sthanakavasis mais, il y a une différence dans la longueur de leur (muhapatti) i.e. de la bande de tissu blanc qu’ils portent toujours sur la bouche. Les Terapanthis ne croient pas que la vénération des statues favorise la libération et attachent de l’importance à la pratique de la méditation. 

     La section Terapantha est connue, en plus de son organisation disciplinée sous l’autorité d’un seul Acharya, par un seul code de conduite et une seule ligne de pensée. Ses adeptes sont considérés comme des réformateurs car ils mettent l’accent sur la simplicité dans la religion. Par exemple, ils ne construisent pas de monastères pour leurs ascètes, lesquels habitent dans une partie de la maison que les laïcs bâtissent pour eux-mêmes. Leur précédent leader religieux, l’Acharya Tulsi, a créé l’ « Anuvrata andolana », c’est-à-dire, le « Mouvement du petit vœu » qui essaye d’utiliser en Inde les doctrines spirituelles des Jaïns pour l’élévation morale des masses. 

    L’apparition de la Terapantha est le dernier grand schisme dans la section Svetāmbara et ce pantha devient populaire. Ses adeptes sont encore limités en nombre et, bien que l’on en trouve dans différentes villes de l’ Inde, ils sont principalement concentrés à Bikaner, Jodhpur et dans le Mewar au Rajasthan. 

     Dans le Jaïnisme, les moines et les nonnes sont des êtres qui ont volontairement renoncé à leurs vies de laïcs et aux affaires du monde et qui ont accepté les cinq grands vœux (mahavratas) des ascètes pour élever leurs âmes sur le plan spirituel. Ils suivent strictement les règles établies pour eux. Les laïcs (hommes et femmes), continuent à mener leurs vies dans le monde, mais ils doivent observer, de façon stricte ou plus légère, douze petits vœux (anuvratas) définis pour eux.