Les dix rites principaux dans
un temple
Avant d’aller au
temple, un Jaïn doit prendre un bain ou tout au moins veiller à être propre.
Il doit mettre des vêtements simples ou spéciaux pour le temple et ne doit pas
porter d’articles en soie ou en cuir.
Dès qu’il voit les
statues des Jinas de l’extérieur, l’adepte doit dire « Namo Jinanam ! »
en joignant ses mains et en s’inclinant légèrement en avant, ce qui signifie
« Je salue avec respect les Jinas ! ». Avant d’entrer, il doit se déchausser.
Après cela,
l’adepte (homme ou femme) fait dix choses dans un ordre donné et chacune de
trois façons différentes. C’est pourquoi, certaines personnes les appellent
les « dashtrikas ». Ce sont : 1) les nissihis, 2) les pradakshinas, 3)
les pranamas, 4) les pujas, 5) les avasthachintanas, 6) les dishatyagas, 7)
les pramarjanas, 8) les alambanas, 9) les mudras, et 10) les pranidhanas.
1)
Nissihis (les renoncements). L’adepte dit trois fois « nissihi »
dans le temple : la première, en entrant pour enlever toutes pensées
afférentes aux affaires du monde, la seconde en entrant dans le chœur (gabharo)
du sanctuaire, pour enlever toutes pensées telles que le nettoyage du temple
et son aménagement, la troisième juste après avoir achevé le culte avec des
substances physiques (dravya puja) et au commencement de la vénération
mentale (chaityavandana).
2)
Pradakshinas (les circumambulations). Il faut toujours garder les
substances saintes à sa droite. Par conséquent, l’adepte fait le tour de la
statue du Jina trois fois en la gardant à son côté droit, c’est-à-dire de
gauche à droite. En tournant, il doit se souvenir que les Arihantas sont
précieux, qu’ils sont ses médiateurs et qu’un jour il sera comme eux. Cette
méditation doit l’aider à surmonter l’attachement et la haine. Les
circumambulations doivent aussi lui rappeler qu’il y a trois remèdes pour
surmonter l’attachement et la haine, qui sont la connaissance (jnana)
juste, la vision (dhyana) juste et la conduite (charitra) juste.
Par conséquent, il doit aussi voir comment les acquérir. Certains adeptes ont
la sensation qu’ils tournent autour du samavasarana lui-même. (Le
samavasarana est la structure circulaire à trois niveaux d’où le Jina,
après être parvenu à l’omniscience, donne son sermon aux humains et aux
animaux assemblés).
3)
Pranamas ( les salutations). L’adepte salue les statues des Arihantas
trois fois. La première fois en la voyant (en général, en entrant dans le
temple), la seconde, avec les mains jointes et le corps incliné, en entrant
dans le chœur, la troisième fois en disant des prières de glorification (chaityavandana)
en touchant le sol avec cinq membres (les deux genoux, les deux mains et le
front). Cela s’appelle le « panchangapranipata ».
4)
Pujas ( les vénérations). Il y a trois sortes de vénérations : la
première est appelée « angapuja ». Elle est faite en touchant
différentes parties du corps (des membres) de la statue de l’Arhat avec de
l’eau ou du lait, de la pâte de santal et du safran et une fleur. La seconde
est appelée « agrapuja ». Elle est réalisée en mettant de l’encens, une
lampe, du riz, un fruit et des douceurs devant la statue. La première et la
deuxième constituent ensemble la vénération avec huit choses différentes ou « ashtaprakari
puja ». Elles sont qualifiées toutes les deux de vénération physique. La
troisième est appelée mentale « bhava puja ». Elle est faite en
chantant des prières de glorification dans le temple (chaityavandanas).
5)
Avasthachintanas (les contemplations des
différents états des Arihantas). Après avoir effectué la vénération physique,
l’adepte peut pratiquer cette contemplation. Les hommes doivent rester debout
du côté droit de la statue de l’Arhat (c’est-à-dire du côté gauche, s’ils font
face à la statue, tandis que les femmes doivent se mettre du côté gauche
(c’est-à-dire du côté droit, si elles font face à la statue). Se tenant ainsi
les adeptes doivent contempler les trois états différents à travers lesquels
les Arihantas sont passés qui sont : le pindastha avastha, le
padastha avastha et l’ arūpastha avastha.
Dans le « pindastha avastha », l’adepte doit
contempler le « janmavastha », le « rajyavastha » et le « shramanavastha »
de l’Arhat et dire :
a) dans le « janmavastha » : « Oh
Seigneur ! Durant votre troisième dernière vie, vous avez observé les vingt
facteurs qui donnent le « Tirthankara nama karma », tels que la
compassion envers tous les êtres vivants, etc. Lorsque vous êtes né comme
Tirthankara, les 56 déesses des directions et les 64 Indras vous ont fait une
oblation. Comme vous avez été grand, en ne vous sentant même pas fier de ce
qui arrivait à cette occasion. Votre grandeur est bénie ! »,
b) dans le « rajyavastha » : « Oh
Seigneur ! Vous avez eu le statut de prince. Vous avez eu la grandeur et le
pouvoir princiers et vous n’avez pas montré d’attachement, ni vous n’avez
éprouvé de haine à leur sujet. Vous étiez comme un yogi qui est détaché.
Gloire à votre abnégation (à votre renoncement) ! »,
c) dans le « shramanavastha » : «Oh
héroïque Seigneur ! Vous avez renoncé au luxe et au pouvoir terrestres, sans
aucune hésitation, et vous êtes devenu un moine ou une nonne (sadhu ou
sadhvi). Vous avez fait d’héroïques efforts pour atteindre l’élévation
spirituelle en surmontant les obstacles et les calamités les plus rudes. Par
moments, vous avez effectué des austérités spirituelles et des pénitences
incomparables et ardues. Vous êtes resté, pendant des jours, absorbé dans une
méditation profonde. En faisant cela, vous avez détruit tous les terribles « ghati
karmas ». Gloire à votre austérité ! Gloire à votre bravoure ! Gloire à
votre tolérance ! ».
Dans le « padastha avastha », l’adepte doit
contempler l’état de la vie de l’Arhat comme Tirthankara et dire : « Comme
Tirthankara Arhat vous avez acquis les 34 super spécialités (atishayas)
et vous nous avez fait des sermons spirituels sur les réalités ( tattvas)
remplis des 35 vertus de la parole. Vous avez alors établi la quadruple
communauté jaïne, le tirtha et le shasana jainas. Vous
avez expliqué les nobles doctrines des réalités vivantes (jivas) et non
vivantes (ajivas) de l’univers. Vous avez montré la voie du salut
comprenant la foi juste, la connaissance juste et la conduite juste. Vous avez
exposé les doctrines philosophiques immortelles de l’ « anekantavada »,
du « syadvada » et du « naya », etc. »
Dans l’ « arūpastha avastha » l’adepte doit
contempler la forme pure du Jina et dire : « Oh Paramatma ! (Être
suprême) vous avez détruit complètement tous vos karmas et vous êtes devenu
sans corps, sans forme, pur, éveillé, libéré et parfait. Ayant atteint cet
état, vous vous êtes absorbé dans la connaissance infinie et la félicité
indescriptible. Vous personnifiez d’innombrables vertus. Votre état est
absolument exempt de tâches, de distorsions et d’agitations. Dans cet état, la
mort, la maladie, le désespoir ou la pauvreté et toutes les adversités
semblables n’existent pas. Oh Seigneur ! Vous êtes béni ! ».
6)
Dishatyagas (les absences de distractions). En fixant son regard sur la
statue du Jina, l’adepte effectue maintenant la vénération mentale (bhava
puja) connue sous le nom de chaityavandana. Celle-ci ne doit être
dérangée par rien. Il faut commencer cette vénération dans la pensée et
celle-ci ne doit pas être distraite même par la moindre chose. Les yeux et la
pensée doivent être fixés sur la statue et il ne faut pas regarder ailleurs
jusqu’à la fin.
7)
Pramarjanas (les nettoyages du sol avant de s’asseoir). Avant de
s’asseoir, l’adepte doit nettoyer trois fois le sol avec son vêtement de
dessus de telle façon qu’aucun petit insecte ne soit blessé en s’asseyant.
8)
Alambanas ( les soutiens). S’étant assis, l’adepte doit garder trois
soutiens dans son esprit : la statue du Seigneur, les sutras qu’il
prononce et leur signification. Son esprit doit être concentré sur ces trois
choses.
9)
Mudras (les postures). Dans les huit étapes
de méditation, la posture correcte est la troisième. Cette posture est
absolument nécessaire pour atteindre la concentration maximum durant le
chaityavandana
Le « yoga mudra ». Pendant le chaityavandana
et la récitation des sutras, il faut que l’adepte se tienne droit avec
les deux paumes des mains jointes et les doigts d’une main dans les espaces
entre les doigts de l’autre, les coudes aux côtés de l’estomac.
Le « muktashukti mudra ». L’adepte doit tenir ses
mains dans la forme d’une coquille d’ huître, les deux mains ensemble de façon
qu’il y ait un espace entre les deux paumes où les doigts se rejoignent. Cette
posture est employée au moment de la récitation des sutras « Jayanti Cheyi
Ayam », « Javantkevi Sahu » et « Jai Viyaraya »
Le « Jina mudra ». Au moment du kayotsarga,
l’adepte doit se tenir debout de façon qu’il y ait une distance de 4 pouces
entre ses deux pieds, les pouces devant, et que les chevilles se touchent
presque. Les mains doivent rester pendantes vers le bas. Les yeux doivent être
fixés sur le bout du nez. Le Jina se tenait debout en kayotsarga dans
cette posture.
10)
Pranidhanas (les concentrations). L’adepte doit concentrer ses sens,
son corps, sa voix et sa pensée en faisant le chaityavandana et ne doit
pas les laisser vagabonder.
Les précautions
à prendre concernant la puja ou vénération sont les suivantes :
1) respecter
les statues des Arihantas comme les Jinas réels. Si la statue doit être
déplacée d’un endroit à un autre, elle doit être portée avec respect, en la
tenant droite avec le support des deux mains en dessous.
2) pour
vénérer les Arihantas avec des substances, apporter de la maison celles qui
sont nécessaires.
3) choisir
des fleurs qui sont tombées naturellement et non coupées ou cueillies à cet
effet. Les boutons ne doivent pas être enlevés. Pour faire une guirlande de
fleurs, une aiguille ne doit pas être employée pour les ficeler ensemble et il
ne faut pas les laver.
4) en
utilisant une brosse pour nettoyer les choses qui ont collé aux statues des
Jinas, il ne faut pas faire le moindre bruit. On doit les nettoyer avec un
tissu humide épais pour ôter le safran, etc. et ne pas les frotter avec
rudesse.
5) les
fleurs, les décorations et les marques qui sont utilisées sur diverses parties
des statues des Arihantas ne doivent pas tomber sur le sol. Au cas où cela
arriverait, elles ne doivent pas être utilisées de nouveau mais gardées dans
un plateau propre.
6) s’il
faut frotter le safran (keshara), on doit fermer la bouche et, une fois
fini, laver ses mains ainsi que la dalle.
7) on doit
réciter les hymnes et les sutras concernant le chaityavandana de
façon à ne pas déranger la concentration et la dévotion des autres.
8) en
récitant le chaityavandana, il ne faut pas s’engager dans d’autres
activités, telles que réaliser le swastika, par exemple.
9) en
sortant du temple, on ne doit pas tourner le dos aux statues des Arihantas. Il
faut plutôt faire quelques pas à reculons et puis tourner de côté.
Note importante :
Les membres de certaines sections jaïnes ne pratiquent pas de culte dans des
temples, comme nous l’avons dit plus haut, ils préfèrent, par exemple, la
méditation ou la vénération des écritures sacrées.