Jainworld
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  CHAPITRE 1 LES DOCTRINES
1. Les doctrines philosophiques
2. La doctrine du « karma ».
3. Les doctrines du « nayavada » et du « syadvada ».
4. La doctrine de la voie de la libération.
5. Les doctrines éthiques.
CHAPITRE 2 PRÉCEPTES
1. La pratique de la religion.
  2. La valeur du contrôle de soi.
  3. La théorie du karma.
  4. La voie de la libération.
  5. Les règles de conduite.
  6. Les devoirs des ascètes.
  CHAPITRE 3 SON INFLUENCE

LES LEGS DE MAHAVIRA

   
CHAPITRE 3 SON INFLUENCE

Après avoir atteint l’omniscience à l’âge de quarante-deux ans, le Tirthanka Mahavira erra dans différentes parties de l’Inde durant une période de trente ans.. Il rencontra des gens de diverses sociétés urbaines, rurales et tribales, et il prêcha les principes et les règles de conduite fixées par le Jaïnisme. Sa personnalité et ses prédications créèrent un formidable impact dans tous les esprits, spécialement chez les opprimés. Il leur révéla non seulement la voie de la libération (le moyen de parvenir au bonheur éternel), qui était leur but principal, mais il leur montra, aussi, comment tous, quelles que soient leurs distinctions de classe ou de statut, pouvaient atteindre cet objectif. La sincérité de ses propos, ses moyens d’approche, sa méthode d’explication, sa divine parole et ses doctrines philosophique et morale, attirèrent les gens à un tel point qu’avec une ferme conviction de pensée, ils commencèrent à adopter la religion jaïne comme laïcs ou comme ascètes. Le nombre d’adhérents confirmés à la religion jaïne commença à augmenter considérablement. Ainsi, le Tirthankara Mahavira ouvrit une ère nouvelle d’espoir et d’aspirations chez les gens ordinaires et réussit à changer considérablement leur vie, leur horizon et leurs valeurs. Il présenta plusieurs concepts nouveaux et des idées qui révolutionnèrent tout le cours de leur existence. Son influence vint de la réalisation avec succès d’un changement social et de ses arrangements institutionnels et autres pour la perpétuation de son nouvel ordre social. Dans le but de résoudre les problèmes urgents de l’époque, il fit plusieurs contributions marquantes importantes au point de vue social qui sont brièvement esquissées ici.

(I) L’établissement de l’égalité sociale

La contribution la plus significative du Tirthankara Mahavira, dans le domaine social, a été l’établissement de l’égalité entre les quatre « varnas » (classes) qui prévalaient alors. Il réussit en organisant son grand nombre de fidèles dans un ordre complètement différent de l’ordre brahmanique de la période Védique.

La société Védique était composée de quatre classes, à savoir : les brahmanes, les kshatriyas, les vaishyas et les shudras. On disait qu’ils venaient de la bouche, des bras, des cuisses et des pieds du Brahman, le Créateur. Les membres prétendus être à l’origine de ces divisions, et l’ordre dans lequel ils étaient mentionnés, indiquaient leur statut dans la société de l’époque. Le fait que les quatre classes étaient décrites comme d’origine divine ne pouvait pas être prise comme une indication suffisante qu’elles avaient une longue existence et qu’elles étaient bien définies. Non seulement elles étaient distinctes et séparées, mais elles étaient affectées d’un esprit de rivalité entre elles. Même dans les premiers temps Rig-Védiques, la profession brahmanique avait commencé à s’attribuer une supériorité ou un caractère sacré pour elle-même, et nous trouvons que des règles particulières étaient prescrites pour les différentes classes. Ainsi, le « Shatapatha Brahmana » stipule divers modes de titres pour les quatre classes, différents degrés de politesse, comme « ehi », « agachchha », « adrava » et « adhava ». Le « Taittiriya Brahmana » recommandait aux brahmanes le printemps pour la réalisation des sacrifices, aux kshatriyas l’été, et au vaishyas l’automne. L’ « Atharva Veda » déclarait, en termes les plus forts, que l’insulte aux brahmanes et le vol de leur propriété étaient des pêchés et avaient des conséquences périlleuses et ruineuses. Cette extension démesurée des prétentions et des prérogatives de la classe sacerdotale créait naturellement des clivages dans la société. Les kshatryas avaient une position proche de celle des brahmanes, alors que les vaishyas et les shudras étaient, par comparaison, négligés. Ainsi, la société Védique était complètement figée par ce système de classes, en ce sens qu’une importance démesurée était donnée à celle des brahmanes au détriment des autres et que personne ne pouvait changer sa classe, qui était établie sur la base de la naissance.

Contre ces pratiques choquantes, basées sur l’acceptation de l’inégalité et sur la vaste observance d’une discrimination sociale, le Tirthankara Mahavira lança son attaque. Il reconnut la division de la société en quatre classes, mais fondées sur la nature des activités effectuées par les gens et non sur leur naissance. Il donna une totale liberté à chacun et à tous, y compris aux femmes et aux shudras, d’observer les pratiques religieuses prescrites sans aucune exclusive et il admit tout un chacun dans son ordre religieux. De cette façon, il ouvrit largement les portes du Jaïnisme et il donna une égale occasion à chacun, sans considération de classe ou de naissance, de pratiquer la religion suivant sa capacité. Ceux qui suivaient la religion comme laïcs étaient connus sous les noms de « shravakas » et de « shravikas » et ceux qui observaient la religion totalement, en abandonnant tout et en devenant des ascètes, étaient appelés des « sadhus » et des « sadhvis ».

Après Mahavira, les Acharyas jaïns ne firent aucune distinction dans le peuple sur la manière de suivre la religion et déclarèrent que le système des « varnas », c’est-à-dire la division de la société en quatre classes, était basé sur les différences dans les professions. A leur point de vue, la naissance ne jouait aucun rôle pour déterminer la « varna » ou la classe d’une personne particulière. En ce qui concerne la division de la société en quatre « varnas », l’Acharya Jinasena dit (dans l’ « Adi Purana, » parva 38,45,48) que toute l’humanité est venue à l’existence du fait du « jati-narma-karma » et qu’elle a été divisée en quatre catégories de brahmanes, de kshatriyas, de vaishyas et de shudras suivant les différences dans les vocations qu’elles suivaient pour assurer leur existence. Ceux qui observaient des vœux i.e. des injonctions religieuses à un très grand degré, étaient connus comme des brahmanes, ceux qui gouvernaient comme des kshatriyas, ceux qui acquéraient de la richesse par des moyens justes des vaishyas et ceux qui se maintenaient en ayant recours à des professions basses comme des shudras. L’Acharya Ravishena affirme (dans son « Padma Purana » parva XI, 200,203 et 205) que ce n’est pas la naissance, mais l’activité qui détermine la classe dans la société. Le caractère brahmanique des meilleurs ascètes, aussi bien que des gens ordinaires, est considéré selon leurs actes et non selon leur naissance dans la caste brahmanique. Aucune classe ne doit être méprisée. L’action seule conduit à une bonne prospérité. Les dieux considèrent un « chandala » i.e. un hors-caste, comme un brahmane, s’il suit le mode de vie religieux. Les épithètes de classes et de « chandala », appliqués à l’humanité, sont connus dans ce monde du fait des différences dans leurs modes de vie.

L’Acharya Amitagati aussi (dans son « Dharma Pariksha » parichchheda XVII, 24-25,31-33) n’attache aucune importance à la naissance et considère le mode de vie comme déterminant la classe.

L’idée de différentiation de classes vient seulement des différences dans les façons de vivre. Aucune classe n’a été établie comme la vraie ou réelle classe brahmanique. En vérité, il y a une seule classe avec quatre divisions, à savoir : brahmanes, kshatriyas, vaishyas et shudras et c’est la classe des êtres humains. Ils ont ainsi été divisés à cause des différences dans leurs façons de vivre. Les gens de bonne conduite atteignent le ciel, même s’ils sont nés dans des familles basses, et les gens de mauvaise conduite et de manque de contrôle vont en enfer, en dépit du fait qu’ils sont nés dans des familles hautes. Une classe est formée en suivant un mode de vie particulier et elle périt quand ce mode est abandonné ; c’est pourquoi les gens sages doivent seulement respecter les façons de vivre. Les gens qui sont bons ne doivent pas avoir d’orgueil dans aucune classe, car cela conduit à la dégradation, mais ils doivent observer une bonne conduite qui peut leur donner une position élevée.

Il est clair que la société, telle qu’envisagée par le Tirthankara Mahavira et les autres Acharyas jaïns, était une société où les classes n’étaient pas héréditaires et comme des compartiments étanches, mais où une liberté totale était accordée aux gens d’en changer suivant leurs aptitudes propres. La société n’était pas divisée en sections séparées distinctes et aucune différentiation n’était faite dans le statut des classes. Toutes étaient considérées comme des façons de vivre différentes et la plus grande importance était attachée au caractère individuel et au mode de conduite. Il n’y avait place pour personne de se considérer négligé ou dégradé, car il était libre de suivre n’importe quelle profession qu’il aimait et il pouvait observer tous les rites et toutes les pratiques religieuses avec les autres.

Ainsi, la conception par Mahavira du système des « varnas » produisit un impact de grande importance. Le principe d’égalité sociale entre les classes était solidement établi et la mobilité entre elles considérablement augmentée. Le critère de la naissance pour l’appartenance à une classe était de cette façon supprimé. Cela eut un effet très salubre sur les conditions des « shudras » qui étaient très déplorables en ce sens qu’ils étaient privés d’éducation et de droits, sujets à un traitement inhumain et assignés à la position la plus basse dans la société. Auparavant, les « sudhras » étaient complètement méprisés en matière religieuse et diverses restrictions étaient mises à leurs mouvements et à leurs façons de vivre. Les enseignements du Tirthankara Mahavira leur apportèrent un grand soulagement, car les pratiques de discrimination sociales envers eux furent totalement bannies. Il en résulta l’apparition d’un statut social pour les gens piétinés. Visiblement, ce fut un grand changement dans l’attitude sociale envers les non-Aryens et les masses du commun. Petit à petit, une forte opposition se fit jour à la continuation de la pratique de l’esclavage sous toutes ses formes. Les sentiments de dédain et de reproche envers eux commença aussi à disparaître. Naturellement, les masses furent extrêmement bénéficiaires car les pratiques de discrimination sociale furent complètement bannies et des occasions d’améliorer leur sort leur furent données.

II ) L’indépendance de la domination des prêtres

En même temps, les enseignements de Mahavira affectèrent grandement la position privilégiée dont jouissaient les brahmanes appartenant à la profession de prêtres. Depuis la période Védique, les prêtres brahmanes jouissaient d’un statut social élevé, de facilités politiques, de concessions économiques, de facilités éducatives, d’une domination culturelle et de privilèges religieux, à l’exclusion des autres classes. Du fait de cette situation monopolistique, les prêtres brahmanes avaient une position proéminente dans la société et utilisaient librement celle-ci pour exploiter les gens dans divers domaines et spécialement en matière religieuse, qui était de la plus haute importance pour eux. Visiblement, les prêtres brahmanes étaient extrêmement heureux que se perpétue leur domination sur les gens du commun et ils n’hésitaient pas pour cela à employer tous les moyens pour les garder dans leur condition méprisée et pour les rendre entièrement dépendants de leurs faveurs. Naturellement, le peuple menait une vie très basse, dans une atmosphère de sévère mécontentement et de totale frustration.

Le Tirthankara Mahavira lança une attaque ouverte puissance sur la classe des prêtres brahmanes et sur leurs pratiques ingénieuses utilisées pour l’exploitation excessive du peuple. En même temps, il rendit sa religion facilement accessible aux masses, et il donna d’égales facilités à tous de la pratiquer, quelles que soient leurs classes d’affiliation. Il offrit une promesse sûre à tous d’atteindre la libération, le but le plus élevé dans leur vie, en observant les règles de conduite établies par la religion, et non plus en suivant les différentes sortes de sacrifices réalisés par les prêtres. Cette approche pratique et éthique de la religion, énoncée vigoureusement et efficacement par le Tirthankara Mahavira, rendit le peuple indépendant de la domination des prêtres, créa un sentiment de confiance en soi et attira les gens du commun. Ainsi, l’opposition du Tirthankara Mahavira fut contre a classe des prêtres brahmanes et les diverses tactiques employées par eux pour l’exploitation des masses en s’arrangeant pour les garder pratiquement ignorantes et entièrement dépendantes de leurs faveurs.

Cette forte opposition de Mahavira réduisit considérablement l’influence et la domination exercée par la classe des prêtres. Mais il est évident que cette opposition s’adressa à la classe des prêtres brahmanes et non à la classe brahmanique en tant que telle. En fait, Mahavira apprécia toujours les capacités intellectuelles des brahmanes. Il initia plusieurs d’entre eux à la religion jaïne, admit plusieurs brahmanes érudits dans son ordre ascétique et même nomma Indrabhuti Gautama, le maître brahmane le plus instruit, comme son premier Ganadhara i.e. son apôtre ou disciple principal. Il a déjà été mentionné que Mahavira donna son premier sermon soixante-six jours après avoir atteint l’omniscience, seulement après avoir eu les services du talentueux maître brahmane Indrabhuti Gautama, pour l’interprétation convenable de ses prédications au peuple. De cette façon, le Tirthankara Mahavira montra toujours du respect pour les connaissances et l’éducation des brahmanes, mais il mena invariablement une forte et consistante attaque contre leurs prêtres.

(III) L’émancipation des femmes

Une autre contribution de nature distinctive du Tirthankara Mahavira, sur le plan social, a été dans la direction de l’élévation du statut des femmes. Dans la dernière partie de la période Védique, celles-ci avaient été pratiquement réduites au statut des « shudras ». Comme ces derniers, elles étaient exclues du droit d’initiation et de la remise du cordon sacré et considérées comme n’ayant pas à s’occuper des textes sacrés religieux. Dans de nombreux passages, nous trouvons que les femmes et les « shudras » étaient associés ensemble. Leur vue était considérée comme défavorable et il était demandé aux gens d’éviter de voir les femmes, les « shudras », les cadavres, etc. Ainsi, elles n’avaient pratiquement pas de place dans la vie religieuse et comme telles elles étaient négligées et méprisées par le peuple.

Cette basse position des femmes fut nettement changée par le Tirthankara Mahavira, de multiples façons. Il enleva diverses restrictions qui leur étaient imposées, spécialement dans la pratique de la religion. En fait, il ne fit aucune distinction entre les hommes et les femmes dans l’observance de celle-ci. Les règles de conduite prescrites pour les hommes et les femmes furent exactement les mêmes. Les deux sexes reçurent les mêmes facilités dans différentes matières religieuses, comme l’étude des textes sacrés, l’observance des devoirs obligatoires, la pratique des vœux, l’entrée dans l’ordre ascétique, la pratique de la pénitence, la réalisation des progrès spirituels, etc. Dans l’ordre religieux du Tirthankara Mahavira, les hommes laïcs furent appelés des « shravakas » et les femmes laïques des « shravikas », et les deux furent tout à fait libres d’observer leurs devoirs religieux communs et de se préparer à adopter la vie ascétique, le moment venu. De même, une liberté totale fut donnée aux femmes, comme aux hommes, d’entrer dans les ordres ascétiques. Il ne fut pas interdit au sexe féminin de pratiquer l’ascétisme. Le Tirthankara Mahavira montra toujours cette attitude d’égalité envers les femmes et il les admit librement dans son ordre ascétique, peu importe, pour leur admission, qu’elles soient des épouses royales, des membres de l’aristocratie ou qu’elles aient un rang ordinaire dans la société. Naturellement, beaucoup de femmes nobles saisirent cette opportunité d’atteindre le salut en entrant dans l’ordre ascétique jaïn. C‘est pourquoi, dans l’organisation religieuse du Tirthankara Mahavira, il y eut deux ordres d’ascètes : celui des ascètes hommes ou « sadhus » et celui des ascètes femmes ou « sadhvis ». On dit que dans l’ordre religieux quadruple du Tirthankara Mahavira il y avait environs 14000 « sadhus », 36.000 « sadhvis », 100.000 « shravakas » et 300.000 « shravikas ». Cela montre que les femmes dépassaient les hommes dans les deux catégories de laïcs et d’ascètes. C’est une indication claire que les femmes furent très avides de tirer un grand avantage de l’opportunité qui leur était offerte par le Tirthankara Mahavira. En fait, de nombreuses femmes des familles royales et des proches parentes de Mahavira rejoignirent l’ordre ascétique avec d’autres membres ordinaires. Par exemple, Chandana et Jyeshtha, les deux jeunes sœurs de la reine Trishala, la mère de Mahavira, et Yashasvati, la femme de leur oncle maternel entrèrent dans l’ordre ascétique de Mahavira. Chandana assura même la position de supérieure des « sadhvis » i.e. des nonnes. De cette façon, Mahavira réalisa l’émancipation des femmes, en leur donnant des facilités semblables à celles des hommes pour atteindre l’objectif le plus élevé de la vie, à savoir la libération. Elles les employèrent au mieux et beaucoup d’entre elles se distinguèrent comme enseignantes et comme prédicatrices.

De plus, l’indépendance religieuse donnée aux femmes eut des répercussions dans d’autres domaines. Une égale facilité fut accordée aux femmes dans diverses sphères d’actions sociales. Dans l’éducation, elles eurent le même traitement que les hommes. La plus grande importance de transmettre l’éducation aux femmes, comme aux hommes, fut réalisée dans le passé ancien par Rishabhadeva, le premier Tirthankara, qui avait dit à ses deux jeunes filles, Brahmi et Sundari, que « c’est seulement quand vous pourrez vous orner de l’éducation que votre vie sera fructueuse, parce que de même qu’un homme instruit est tenu en haute estime par les personnes éduquées, une jeune fille éduquée occupe la plus haute position dans le monde féminin ». Suivant la tradition jaïne, une femme doit connaître soixante-quatre arts, comme la danse, la peinture, la musique, l’esthétique, la médecine, la science domestique, etc. Comme résultat de ce haut niveau d’éducation reçu par les femmes, nous trouvons, dans la tradition jaïne, que beaucoup entrèrent dans la profession d’enseignantes et restèrent célibataires toute leur vie pour que leurs expériences spirituelles ne soient pas entravées. Il est rapporté, dans la tradition jaïne, que Jayanti, une fille du roi Sahasranika de Kaushambi, resta célibataire par amour de la religion et de la philosophie. Lorsque Mahavira visita pour la première fois Kaushambi, elle débattit avec lui de plusieurs questions difficiles et finalement devint une nonne. De même, dans les périodes ultérieures de l’histoire, des femmes jaïnes non seulement tinrent une place dans l’éducation féminine mais apportèrent aussi des contributions originales à la littérature. Par exemple, avec les hommes, les femmes jaïnes enrichirent la littérature kannada. Le nom le plus grand parmi elles fut Kanti, qui, avec la grande poétesse Abhinava Pampa, fut une des perles qui ornèrent la cour du roi Hoysala Ballal I ( 1100-1106 de notre ère) dans le Karnataka. Elle fut une oratrice et une poétesse extraordinaire qui termina les poèmes inachevés d’Abhinava Pampa dans la cour ouverte de ce gouverneur. De même, une dame jaïne Avvaiyara, « la vénérable matrone » fut une des poétesses les plus admirées de langue tamoule.

(IV) L’inculcation de la confiance en soi

La contribution de nature révolutionnaire du Tirthankara Mahavira a consisté à changer complètement l’attitude du peuple envers Dieu, en inculquant l’esprit de confiance en soi dans l’esprit du peuple. La croyance courante, suivant l’idéologie Védique, était que ce monde avait été créé par Dieu et que le contrôle des événements dans ce monde était aussi opéré par lui. Cette croyance populaire engendrait un sentiment de dépendance divine dans l’esprit des gens, parce que ceux-ci croyaient fermement que Dieu pouvait tout faire et défaire dans ce monde, suivant ses souhaits. Naturellement, ce sentiment créait un sens de dépendance complète du peuple envers Dieu, dans la conduite de leurs activités quotidiennes et pour s’assurer le bonheur dans ce monde et dans le suivant. Visiblement, cet esprit de dépendance envers Dieu poussait le peuple à trouver les voies et les moyens d’obtenir en abondance ses faveurs, dans les domaines terrestre et spirituel, et aussi d’éviter de lui déplaire, ce qui entraînerait non seulement diverses difficultés dans le cours normal de la vie mais aussi conduirait à un désastre total. En raison de cette attitude, le peuple commençait à avoir une foi aveugle entière en ce Dieu omnipotent et, pour obtenir ses faveurs, pratiquait certains rites et rituels à cet effet. Ces rites étaient si élaborés qu’ils nécessitaient les services de prêtres, qui étaient supposés avoir une connaissance spéciale de ceux-ci et qui étaient spécialement autorisés à les réaliser de la façon qui convenait. Ainsi, tout le code de conduite du peuple était entièrement dominé par la pratique de divers rites tout le long de la vie et par les prêtres dont l’aide et l’assistance étaient considérées comme absolument essentielles pour agir comme intermédiaires entre le peuple et Dieu, pour s’assurer de lui les faveurs désirées.

Le Tirthankara Mahavira manifesta une intense opposition à cette attitude de soumission complète à Dieu par le peuple pour obtenir l’objectif final dans la vie i.e. la libération. A cet égard, il affirma avec force que ce monde est éternel et qu’il n’a pas été créé par un pouvoir tel que Dieu, de même que les événements en ce monde ne sont pas contrôlés par Dieu. Il proclama clairement que rien, ici ou ailleurs, ne dépend des faveurs de Dieu, mais que tout dépend des actions des hommes. Il déclara avec assurance que toutes les personnes, quelles que soient leur classe, leur famille ou leur position, ont le droit de réaliser leur salut, leur principal objectif dans la vie, en comptant sur eux-mêmes et par l’observance d’un code moral de conduite et non en réalisant simplement quelques rites, avec l’aide d’autres. A cet effet, il établit une voie de libération consistant dans la foi juste, la connaissance juste et la conduite juste et il invita les gens à la suivre de leur propre initiative et efforts, sans l’aide d’aucun intermédiaire. De plus, il fit bien comprendre au peuple la théorie du « karma », qui est basée sur le principe de la confiance en soi. Cette doctrine explique les raisons ou les causes qui conduisent aux effets. Il affirma que tout ce qui arrive dans ce monde est le résultat de diverses causes antérieures. Puisque l’âme individuelle est l’auteur des actions, elle doit en supporter tôt ou tard les conséquences. Il n’y a pas d’autre issue que celle-là. La responsabilité des conséquences ne peut pas être changée, ni leur exemption accordée, par quelqu’un. L’âme doit jouir des fruits des « karmas », dans cette vie ou dans les vies suivantes. Il n’y a pas de salut si l’âme n’arrête pas l’influx des « karmas » et ne se débarrasse pas de ceux existants. Cela doit être fait par ses propres efforts délibérés, sans attendre aucune aide d’un agent extérieur, tel que Dieu. Il ne sert à rien de demander la faveur de Dieu ou de son représentant, parce qu’ils n’ont pas le pouvoir de déterminer les conséquences des « karmas », ni l’autorité de pardonner les conséquences futures des actions passées.

Cette théorie du « karma » a été une partie originale et intégrale de l’idéologie jaïne et le Tirthankara Mahavira a convaincu les gens de la nécessité de l’adopter et de modeler leur vie entière sur son fondement. Naturellement, il mit l’accent sur l’action individuelle et nia totalement l’existence d’une distribution divine. Il affirma avec force que l’homme est l’architecte de sa destinée et qu’il n’y a pas de pouvoir extérieur qui puisse modifier les fruits de ses actions, bonnes ou mauvaises. Il assura le peuple que l’atteinte de la libération, le principal objectif dans la vie, est à leur portée et qu’il dépend entièrement de leurs efforts personnels de marcher sur la voie de la libération. Ainsi, le Tirthankara Mahavira désira que chaque individu devienne un vrai héros sur le champ de bataille de la conquête de soi. Il inculqua un esprit de confiance dans le peuple, à la place des sentiments de totale dépendance de Dieu. Ce changement fondamental dans l’attitude apporta une modification primordiale dans le cours de la vie des gens qui commencèrent à mettre plus l’accent sur les aspects éthiques que rituels de leur conduite.

(V) L’accent sur la non-violence

La contribution plus distinguée du Tirthankara Mahavira consiste dans sa grande accentuation sur l’observance de l’« ahimsa » i.e. de la non-violence aux êtres vivants, par toutes les personnes, au niveau maximum possible. L’ « ahimsa » dans sa pleine signification a été réalisée et prêchée par les trente-trois Tirthankaras qui ont précédé Mahavira. En fait, la philosophie et les règles de conduite établies par la religion jaïne ont été basées sur cette solide fondation, qui a été étroitement et de façon consistante suivie jusqu’à sa conclusion logique. C’est pourquoi le Jaïnisme est devenu synonyme d’ « ahimsa » et la religion jaïne est considérée comme la religion de l’ « ahimsa ». L’importance de ce principe de base a été puissamment réitérée par le Tirthankara Mahavira car les pratiques de commettre la violence, sous différents prétextes, étaient endémiques à cette époque.

Durant la période Védique, la plus grande importance était attachée à la réalisation de sacrifices, dans le but de s’assurer les faveurs de Dieu et d’écarter sa colère. Ces sacrifices étaient très élaborés, compliqués, et entourés de diverses restrictions. Ils devinrent un trait régulier de la vie religieuse du peuple. Leur caractéristique particulière c’était qu’ils s’accompagnaient habituellement d’abattage d’animaux. Comme ces sacrifices étaient surtout des sacrifices d’animaux, ils impliquaient la pratique de l’ « himsa » d’une étendue considérable. Avec cette pratique, la consommation de viande ou régime non-végétarien était extrêmement populaire dans les différentes sections de la population. Les peuples « rigvédiques », comprenant les brahmanes, étaient amateurs de viande et pratiquement toutes les cérémonies importantes étaient accompagnées d’abattage d’animaux. Des offrandes de viande étaient fréquemment faites aux Dieux, et les adeptes, y compris les prêtres, consommaient ces offrandes. La viande des vaches et des taureaux ne semble pas avoir été exclue. C’était aussi une coutume de divertir un hôte distingué avec de la viande de taureau ou de vache stérile. Aux cérémonies de mariage, des bœufs étaient tués pour nourrir les invités. En fait, le sacrifice de vaches et de taureaux n’était pas seulement facultatif, comme dans les cas de l’arrivée d’un hôte et d’un mariage, mais obligatoire dans certaines occasions et cérémonies. Aux « shradhhas » ou oblations périodiques aux mânes, le sacrifice de vaches était recommandé, car des substances comme le riz, le seigle, le sésame, les fruits, etc. satisfaisaient les mânes pendant un mois, la viande de chèvres pendant six mois, alors que celle de bœuf les satisfaisaient pendant un an. La viande était obligatoire à l’« annaprashana » i.e. la première alimentation solide d’un enfant et à partir de là jusqu’à la mort et la crémation, le sacrifice d’animaux était nécessaire lors de la plupart des occasions cérémonielles de la vie.

Le Tirthankara Mahavira s’opposa vigoureusement à la consommation de viande et à la réalisation de rites sacrificiels, en propageant le principe d’ « ahimsa » i.e. de non-violence envers les êtres vivants. En fait, dans toutes ses prédications, il mit invariablement l’accent sur l’observance de l’ « ahimsa », parce que ce principe est le résultat logique de la théorie de base métaphysique jaïne que toutes les âmes sont potentiellement égales. Par conséquent, il affirma que puisque personne n’aime souffrir, on ne doit pas faire aux autres ce que l’on ne veut pas que les autres vous fassent. Comme tous les êtres vivants possèdent une âme, le principe de non-violence fut étendu à tous les êtres vivants. Le Tirthankara Mahavira expliqua la doctrine de l’ « ahimsa » systématiquement et dans les plus petits détails.

Il considéra la blessure ou la violence de trois sortes : a) la violence physique, qui couvre les faits de tuer, de blesser et de causer une souffrance physique, b) la violence en mots considérée en usant des mots durs, et c) la violence mentale qui implique d’avoir de mauvais sentiments envers les autres. De plus, il dit clairement que la violence ou blessure doit être évitée de trois façons, c’est-à-dire, ne doit pas être commise, commissionnée ou consentie. Bien plus, parmi les cinq « vratas » principaux, la première place fut donnée à l’observance de l’ « ahimsa ». Enfin, le vœu de non-violence fut considéré comme le vœu principal et les autres quatre simplement comme des détails de celui-là.

Toutes les prédications du Tirthankara Mahavira, considérant la stricte observance, par chaque individu dans la société, du principe d’ « ahimsa » à un niveau maximum d’étendue possible, produisit de larges effets sur le plan social. La pratique de réaliser des rites sacrificiels, et spécialement l’abattage d’animaux, à l’occasion des sacrifices, tomba considérablement en désuétude. De même, la mise à mort d’animaux pour la chasse, les sports et la décoration fut grandement réduite. De plus, l’abattage d’animaux et d’oiseaux, en vue d’utiliser leur viande comme forme de régime, devint petit à petit impopulaire. De cette façon, la violence aux êtres vivants fut grandement réduite et la pratique du végétarisme fut adoptée par de larges sections de la population, dans différentes régions du pays. Sous ce rapport, le Dr. N.K. Dutt (dans son livre « Origin and growth of castes in India ») observe que « le sacrifice d’animaux avait été d’un si long standing parmi les Aryens et que tel était le respect pour l’autorité des Vedas, qui rendaient obligatoire de sacrifier avec des offrandes de viande, que l’abolition des sacrifices, même de vaches, devint un très lent processus, affectant seulement une très petite minorité, la section intellectuelle de la population, et qu’elle n’aurait pas réussi du tout, si le Jaïnisme et le Bouddhisme n’avaient pas accablé le pays et la masse de la population avec les enseignements de l’ « ahimsa » et de l’inefficacité des rites sacrificiels ».

Ainsi, le Tirthankara Mahavira insista sur le fait fondamental que chaque être vivant a une sainteté et une dignité propres et que, par conséquent, on doit les respecter comme l’on souhaite que sa propre dignité soit respectée par les autres. Il mit aussi l’accent de façon ferme sur le fait que la vie est sacrée, quelles que soient les espèces, la caste, la couleur ou la nationalité. Sur cette base, le Tirthankara Mahavira convainquit le peuple que la pratique de l’ « ahimsa » est, à la fois, une vertu individuelle et collective et il montra que la non-violence a une force positive et un intérêt universel.

Comme ce principe imprègne la vie des Jaïns, leur culture se rapporte à celle de l’ « ahimsa ». S’ils sont connus pour quelque chose, c’est pour l’évolution de cette culture qu’ils pratiquent et propagent depuis les temps anciens. L’antiquité et la continuité de cette culture sont surtout dues aux incessants efforts des Acharyas i.e. des saints. Certes, les Jaïns n’ont jamais été en grand nombre, mais ils ont eu une influence certaine pour essayer de répandre cette culture parmi les masses. C’est pourquoi, nous trouvons que les Etats du Gujarat et du Karnataka, qui furent des forteresses jaïnes depuis l’origine, sont largement végétariens. En fait, il est admis que comme résultat des activités des Jaïns, pendant tant de nombreux siècles passés, l’ « ahimsa » forme encore le substrat du caractère indien dans sa globalité.

(VI) L’insistance sur la tolérance

Le plaidoyer du principe de la tolérance religieuse a été la contribution caractéristique du Tirthankara Mahavira. Lorsqu’il promulgua la religion jaïne, il ne dévalorisa jamais les autres religions et n’essaya jamais de prouver qu’elles étaient fausses. En fait, il exposa les doctrines de l’ « anekantavada » i.e. des multiples aspects, et il montra qu’une chose peut être considérée de nombreux points de vue. C’est pourquoi il recommanda toujours au peuple de chercher la vérité de toute chose, après avoir pris en compte plusieurs côtés ou aspects de cette chose. Cela a élargi visiblement l’horizon des gens, car cela leur fait voir une chose sous des angles différents. En même temps, le principe d’« anakantavada » n’engendre pas de sentiments d’inimitié ou de haine envers les adeptes d’autres religions, parce que l’on croit qu’elles aussi peuvent avoir quelque vérité dans leurs points de vue. Ainsi, en énonçant le principe d’ « anekantavada », le Tirthankara Mahavira plaida celui de la tolérance et assura qu’elle pouvait être appliquée aux activités intellectuelles, sociales, religieuses et autres. Comme résultat, nous trouvons que l’« anekantavada » a une grande portée sur la vie psychologique et spirituelle de l’homme et qu’il ne se réduit pas à résoudre seulement un problème ontologique. Ce principe a donné au philosophe la catholicité de la pensée, en le convainquant que la vérité n’est le monopole de personne, avec des barrières d’une religion confessionnelle. Il donne aussi à l’aspirant religieux la vertu de tolérance intellectuelle, qui est une partie de l’ « ahimsa ».

Les êtres humains ont une connaissance limitée et une expression insuffisante. C’est pourquoi différentes doctrines sont insuffisantes. De plus, elles sont des vues à sens unique de la vérité, qui ne peut pas être dûment incluse dans des mots et des concepts. Le Jaïnisme a toujours considéré qu’il est mauvais, sinon dangereux, de prétendre qu’une croyance à sens unique représente la vérité. La tolérance est, par conséquent, la caractéristique de l’idéologie jaïne, telle qu’exposée par le Tirthankara Mahavira. Même les monarques et les généraux jaïns ont laissé à cet égard des témoignages clairs et recommandables à leur crédit. L’histoire politique de l’Inde ne connaît pas de cas de persécutions, de la part des rois jaïns, même lorsque les moines et les laïcs jaïns souffraient aux mains d’extrémistes religieux de caractère fanatique. Le Dr. B.A. Saletore a observé très justement à ce sujet que « Le principe d’ « ahimsa » a été partiellement responsable de la très grande contribution des Jaïns à la culture hindoue- cela concernant la tolérance. Quoi que l’on puisse dire, concernant la rigidité avec laquelle ils maintinrent leurs principes religieux, et la ténacité et l’adresse avec lesquelles ils rencontrèrent et vainquirent leurs opposants dans les débats religieux, on ne peut pas nier que les Jaïns ont défendu le principe de tolérance plus sincèrement, et en même temps avec plus de succès qu’aucune autre communauté, en Inde ».

(VII) L’encouragement au bien-être social

En même temps que l’insistance maximum sur la réelle observance de l’ « ahimsa », le Tirthankara Mahavira a grandement étendu ses implications. Il a insisté invariablement, à la fois, sur les aspects positifs et négatifs de la non-violence. Il a plaidé fortement afin que ce concept ne soit pas réduit seulement à son côté négatif, c’est à dire au rejet de la violence envers les êtres vivants de différentes catégories, mais qu’il soit constamment appliqué dans son aspect positif, c’est à dire dans la direction de l’accroissement du bien-être de tous les êtres vivants. Il a toujours incité chacun et tous à porter une grande attention à la prospérité des autres, à montrer un intérêt actif au bien-être des personnes dans le besoin et à faire des démarches pratiques pour améliorer les conditions misérables des êtres vivants affligés, comprenant les insectes, les oiseaux, les animaux et les humains. Cet encouragement positif aux activités de bien-être social a été la plus utile et la plus valable contribution du Tirthankara Mahavira à la culture indienne.

Son approche humanitaire, pour diminuer les souffrances des êtres vivants, a été incluse dans le vœu d’ « aparigraha » i.e. d’abstention d’avidité des possessions terrestres. Ce vœu est le cinquième des cinq principaux qui doivent être suivis de façon régulière par tous. L’ « aparigraha » implique d’éviter la faute de « parigraha » qui consiste à désirer plus que ce dont on a besoin. L’accumulation même de choses nécessaires en grand nombre, l’expression de l’admiration de la prospérité des autres, une cupidité excessive et le changement des proportions des possessions existantes, sont toutes des formes de « parigraha » i.e. d’attachement terrestre. Ce vœu a pour but de mettre une limite aux biens des individus, suivant leurs besoins et leurs désirs. C’est pourquoi, il est souvent appelé « parigraha-parimana-vrata » i.e. le vœu de limite ses possessions terrestres.

Le vœu de « parigraha-parinama » est remarquable, car il vise indirectement l’égalisation sociale, en évitant pacifiquement l’accumulation de capital entre des mains individuelles. Il recommande à un laïc de fixer, au préalable, la limite de ses biens personnels et de ne les dépasser en aucun cas. S’il lui arrive de gagner davantage, il doit le distribuer en dons i.e. en actes charitables. Les meilleures formes de charités prescrites par la religion jaïne sont : « ahara-abhaya-bhaishajya-shastra-dana » i.e. le don de nourriture à ceux qui ont faim et aux pauvres, le sauvetage des vies en danger, la distribution de médicaments et la dispense de connaissance. Ces actes charitables sont appelés « chaturvidha-dana » i.e. les quadruples dons et il est enjoint aux laïcs qu’ils doivent faire des efforts spéciaux pour les faire à ceux qui sont dans le besoin, sans considération de caste ou de croyance.

Depuis les origines, les laïcs jaïns font de ces quatre dons à toutes les personnes dans le besoin, l’un de leurs principes cardinaux. En fait, cette aide a été étendue aussi à la protection et au bien-être des insectes, des oiseaux et des animaux. Pour cela, les Jaïns ont créé des hospices, des maisons de repos, des dispensaires et des institutions éducatives, partout où ils étaient concentrés en grand nombre. Les « anna-chhatralayas » i.e. les hospices ont été construits dans les centres de pèlerinages et autres, pour le bénéfice des pauvres. Dans les « dharma-shalas » i.e. les maisons de repos, des logements ont été mis à disposition, sans aucune charge ou à des charges insignifiantes, dans les villes importantes, les cités et les lieux de pèlerinage. Les « aushadhalayas », i.e. des dispensaires, fournissent des médicaments gratuits aux personnes malades. Avec les dispensaires pour les hommes, les Jaïns ont réalisé des institutions spéciales, connues sous le nom de « pinjarapolas », pour la protection et les soins aux animaux et aux oiseaux délaissés et affaiblis par l’âge. Lors des époques exceptionnelles d’inondations et de famine, ces établissements exercent diverses activités pour la protection des animaux. Il y a rarement des villes ou des villages, au Gujarat et au Rajasthan, sans « panjarapolas », sous une forme ou une autre.

Dans le développement de l’éducation, les Jaïns ont pris une grande part dans celle des masses. Différents vestiges montrent qu’autrefois leurs ascètes ont pris une large part à l’éducation des enfants, dans le sud du pays, à savoir dans l’Andhra, le Tamil Nadu, le Karnataka et le Maharashtra. A ce sujet, le Dr. A.S. Altekar observe, de façon exacte, (dans son livre « Rashtrakutas and their times ») qu’avant de commencer à lire l’alphabet, les enfants devaient rendre hommage au dieu Ganesha, en récitant la formule « Shri Ganeshaya Namah », ce qui est naturel dans la société hindoue, mais que, dans le Deccan, même aujourd’hui, elle doit être suivie par la formule jaïne « Om Namah Siddham », ce qui montre que les maîtres jaïns du Moyen-Age avaient un contrôle de l’éducation des masses si étendu que les Hindous, qui ont continué à enseigner les enfants, utilisent encore cette formule jaïne, même après le déclin du Jaïnisme.

Actuellement, les Jaïns maintiennent rigoureusement leur tradition, en effectuant gratuitement ces « chaturvidha-dana », i.e. ces quatre sortes de dons, dans toutes les parties de l’Inde. De cette façon, le legs de Mahavira continue jusqu’à ce jour.

Ainsi, il y a une immense valeur attachée au vœu d’« aparigraha », du point de vue social. En même temps, ce vœu a eu une grande importance, en préparant une attitude mentale convenable envers les possessions matérielles, en formant une vraie échelle des valeurs et en développant un sens juste des proportions pour les possessions individuelles. Ce vœu insiste sur le fait que l’on ne doit pas éprouver trop d’attachement pour ses propres possessions et que l’on doit résister à toutes les tentations. Il enseigne que l’on peut avoir des biens et des commodités pour satisfaire ses besoins, mais que l’on ne doit pas se perdre dans la poursuite du gain matériel. De cette manière, il insiste sur le fait que l’on ne doit pas se laisser aller à la cupidité, à la vanité, à la luxure, etc. Ainsi, le vœu d’ « aparigraha » inculque une attitude mentale particulière de maîtrise de soi face aux plaisirs, de stoïcisme devant les tentations et de détachement des choses superflues et surabondantes. Cette attitude de pensée est peut-être plus nécessaire aujourd’hui qu’avant.