LES LEGS DE MAHAVIRA
CHAPITRE 1 LES DOCTRINES
2. La doctrine du « karma ».
Les principes fondamentaux de la philosophie jaïne comportent
la doctrine du « karma ». Ces principes affirment que les âmes qui sont
dans le monde le sont, depuis un temps immémorial, en association avec la
matière. Naturellement, le caractère de cette association ou
asservissement est librement et constamment changé, mais le fait et les
raisons de cet asservissement persistent à travers tous ces changements.
Cette association entraîne de nouveaux contacts et ainsi le cycle continue
jusqu’à ce qu’elle soit rompue de façon que tout nouveau contact soit
évité.
Le contact de l’âme avec la matière a lieu de cette façon. L’âme est
entourée d’un grand volume de matière fine et subtile appelée « karma ».
Lorsqu’elle essaye de faire quelque chose, instantanément les particules
de matière s’accrochent à elle, exactement comme les particules de
poussière collent au corps, quand il est enduit d’huile. Comme de l’eau
dans du lait, ces particules sont complètement assimilées par l’âme et
restent dans cet état tout au long de la vie et même dans ses migrations
d’un corps dans un autre. Le lien entre l’âme et la matière est réel car,
sinon, dans un état pur, l’âme aurait atteint le point le plus haut de
l’univers, puisque l’âme est la plus légère de toutes les substances.
Comme ce lien est dû au « karma » ou à l’activité de l’âme, la matière
subtile qui est associée à l’âme est appelée du « karma ».
Ainsi, le « karma » est quelque chose de matériel qui produit certains
effets sur l’âme, exactement comme une pilule pharmaceutique, lorsqu’elle
est introduite dans le corps, produit à l’intérieur de nombreux effets. La
matière karmique reste avec l’âme et l’asservit au circuit des naissances
comme dieux, humains, diables de l’enfer ou êtres sous-humains. Comme la
présence de la matière karmique dans l’âme est la cause du cycle des
naissances et des morts et de toutes les formes de vie, l’âme doit être
délivrée de cette matière. Pour cela, l’afflux de la matière karmique doit
être arrêté, en cultivant des pensées et des actions pures, et le stock de
matière karmique doit être épuisé, par la pratique des austérités
religieuses. Alors, une fois les « karmas » complètement détruits, l’âme
devient libérée, avec toutes ses qualités inhérentes totalement
développées. Cette âme libérée et parfaite est dans une situation de
bonheur infini et elle a d’autres qualités. Ce doit être, par conséquent,
le but de tout individu de parvenir à cet état parfait et naturel de son
âme, par ses efforts personnels. Sur ce plan, la philosophie jaïne affirme
clairement que l’atteinte de la libération de l’âme de la matière karmique
dépend entièrement de ses propres actions et non des faveurs d’êtres
humains ou divins. De même que les substances éternelles interactives (
dravyas) postulées dans le Jaïnisme n’admettent pas de créateur, de même
la loi inviolable du « karma » rend l’homme maître de son destin et
rejette l’idée théiste favorite que quelque divinité accorde à l’homme des
faveurs et des reproches.