LES LEGS DE MAHAVIRA
CHAPITRE 1 LES DOCTRINES
3. Les doctrines du « nayavada »
et du « syadvada ».
Comme
noté plus haut, suivant la philosophie jaïne, l’objet de connaissance est
d’une complexité énorme, constitué de substances, de qualités et de
modifications, s’étendant sur le passé, le présent et le futur, dans le
temps et dans l’espace infini, sujet simultanément à l’origine, à la
destruction et à la permanence. Un tel objet ne peut être compris
totalement que dans l’omniscience, qui ne se manifeste pas dans le cas des
êtres dans le monde, lesquels perçoivent avec leurs organes des sens.
Mais, les sens sont des moyens indirects de connaissance et tout ce qu’ils
comprennent est partiel, comme la perception proverbiale d’un éléphant par
sept personnes aveugles, chacune touche seulement une partie de l’animal
et en conclut que celui-ci est comme un rondin, un éventail, un mur, etc.
L’homme ordinaire, par conséquent, ne peut pas s’élever au-dessus des
limitations de ses sens, ainsi sa compréhension de la réalité est
partielle et n’est vraie que d’un point de vue particulier, connu sous le
nom de « naya ». Comme les « nayas » sont des façons
d’exprimer les choses, il peut y en avoir un certain nombre, par lesquels
la réalité peut être exprimée. Par exemple, lorsque différentes sortes
d’ornements en or sont décrites du point de vue des modifications ou des
modes de l’or, on parle de « paryayarthika naya » ou de « paryaya
naya » i.e. du point de vue modal et lorsque les ornements en or sont
décrits par rapport à la substance i.e. l’or, et à ses qualités propres,
on parle de « dravyarthika naya » ou de « dravya naya » i.e.
du point de vue substantiel. Sur le même plan, dans les débats spirituels,
les choses peuvent être décrites du point de vue du sens commun ou
pratique, on parle de «vyavahara naya » et aussi de « nishchaya
naya » i.e. du point de vue réaliste. De cette façon, le système de
description de la réalité de différents points de vue est connu sous le
nom de « nayavada ».
Ce
n’est pas assez si divers problèmes concernant la réalité sont seulement
compris de points de vue différents. Il faut que ce que l’on sait puisse
être exprimé de façon exacte et correcte. Ce besoin se rencontre dans la
doctrine du « syatvada » ou de l’ « anekantavada » i.e. du
point de vue multiple. L’objet de connaissance est d’une énorme
complexité, couvrant des modes infinis, l’esprit humain a une
compréhension limitée et la parole humaine a ses imperfections pour
exprimer tout le domaine de l’expérience. Dans ces conditions, toutes nos
affirmations sont vraies de façon conditionnelle ou relative. Sur la base
de l’ « anekantavada » ou du « syadvada », lorsque l’on
décrit une chose, sept affirmations, qui semblent contradictoires, peut
être exprimées comme suit :
a)
« syad-asti » i.e. d’une certaine manière, c’est,
b)
« syad-nasti » i.e. d’une certaine manière, ce n’est pas,
c)
« syad-asti-nasti » i.e. d’une certaine manière, c’est et ce
n’est pas,
d)
« syad-avaktavya » i.e. d’une certaine manière, c’est
indescriptible,
e)
« syad-asti, avaktavya » i.e. d’une certaine manière, c’est
et c’est indescriptible,
f)
« syat-nasti, avaktavya » i.e. d’une certaine manière, ce
n’est pas et c’est indescriptible, et
g)
« syat-asti-nasti, avaktavya » i.e. d’une certaine manière,
c’est et ce n’est pas et c’est indescriptible.
Par
exemple, un homme est le père, n’est pas le père, et est les deux, sont
des affirmations parfaitement intelligibles, si l’on comprend le point de
vue à partir duquel elles sont exprimées. Par rapport à un garçon
particulier, il est le père, par rapport à un autre, il n’est pas le père,
par rapport aux deux pris ensemble, il est le père et il n’est pas le
père. Comme les deux idées ne peuvent pas s’exprimer par des mots en même
temps, il peut être appelé indescriptible, puisqu’il est le père et il
n’est pas le père, ainsi de suite...
Cette
doctrine de l’ « anakantavada » n’est ni contradictoire en soi, ni
vague ou indéfinie ; au contraire, elle représente une vue très sensée des
choses, dans une forme systématisée.
De
plus, cette doctrine est aussi appelée doctrine du « sapta-bhangi »
i.e. doctrine du prédicat septuple, parce que ces sept modes d’expressions
possibles peuvent être employées en décrivant une chose.