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Sub-Categories of LE SAMAYASĀRA

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LE SAMAYASĀRA



Le Samayasāra a été enseigné par le grand Maître spirituel jaïn l’Ācārya KUNDAKUNDA, qui était à la tête de la section Digambara dite Nandi Gana, au premier siècle de notre ère. Le texte se compose de 415 gāthās (versets) et traite de l’essence de l’âme. Il figure dans le Canon Digambara, et il constitue ainsi l’une des Écritures sacrées très vénérées de cette branche du Jaïnisme. On doit à KUNDAKUNDA bien d’autres œuvres, telles que le « Pravachanasāra », le « Pañchāstikāya », le « Niyamasāra » etc. Pour les Jaïns Digambara, le connaissance de Soi est incomplète sans le Samayasāra. Cette œuvre a été écrite en prakrit (saurasenī). Elle a été traduite en hindi par le Pandit Bal Bhadra, en sanskrit par l’Ācārya Amritchandra et en anglais par le Professeur A. Chakravarti, avec une longue introduction et un commentaire détaillé de chaque verset. La présente traduction en français respecte le style de l’auteur.



Chapitre 1

LE JĪVA OU L’ ÂME

 

Après m’être respectueusement incliné devant tous les Siddhas (les Āmes pures) qui ont atteint une existence permanente, immuable et incomparable, je vais parler du Samaya Pāhuda ou Sāra (l’essence de l’âme) qui a été exposé par les Maîtres omniscients de l’Écriture.


Sachez que le Jīva, qui (dans sa pureté intrinsèque) observe la conduite, le foi et la connaissance justes, est le vrai Soi (l’âme réelle), mais que le Jīva qui est affecté par des matières karmiques n’est pas le vrai.


Le Soi qui a réalisé son unité (non contaminé par des choses étrangères) est le bel idéal dans tout l’univers. Associer l’asservissement à cette unité est, de ce fait, contradictoire en soi.


L’affirmation, suivant laquelle tous les êtres vivants se caractérisent par le désir et le jouissance des choses du monde et par l’asservissement qui en résulte, a été entendue, observée et personnellement expérimentée par tous. Mais, la réalisation de l’unité du Soi le plus Grand, qui est exempt de toutes ces situations empiriques, par mon expérience personnelle, n’est pas facile à atteindre.


Cette très grande Unité, différente des autres états, je vais essayer de la révéler du mieux que je le peux. Si elle correspond à la vérité ou pramānas ( la connaissance correcte) acceptez-la. Par contre, si je commets des erreurs dans ma description vous pouvez la rejeter.


L’être réel, qui est de la nature du Connaisseur, n’est identique ni aux êtres apramatta (attentifs aux devoirs), ni aux êtres pramatta (non attentifs aux devoirs). Sa nature, en tant que Connaisseur, est unique et identique à elle-même. C’est ce que déclarent les penseurs qui adoptent le point de vue pur (absolu).


Du point de vue pratique (vyavahāra), la conduite, le foi et le connaissance sont les qualités (les caractéristiques) attribuées au Connaisseur, au Soi. Par contre, du point de vue réel, il n’y a pas (de différentiation de) connaissance, de conduite et de foi, dans le Soi pur.


De même qu’un non-Aryen (un étranger) ne peut rien arriver à comprendre, excepté au moyen de sa langue non-Aryenne, de même, la connaissance de l’Absolu ne peut être transmise à quelqu’un d’ordinaire, excepté par le point de vue vyavahāra.


Quiconque comprend la nature absolue et pure du Soi, par le moyen de la connaissance de l’Écriture, lui, le Sage, la lumière du monde, est appelé un Maître de l’Écriture qui connaît tout.


Les Jinas l’appellent un Shrutakevalī (quelqu’un qui a une connaissance complète de l’Écriture). Comme toute connaissance scripturale conduit finalement à la connaissance du Soi, le connaisseur du Soi est, par conséquent, appelé Shrutakevalī (Omniscient).


Le point de vue pratique ne révèle pas les choses réelles ; le point de vue pur est dit (relié au) réel ; il est sûr que l’âme qui prend refuge dans le réel est une âme à la vision juste.


Le point de vue pur, qui révèle la substance pure, doit être adopté par ceux dont l’objet est d’être les seigneurs de l’état suprême de l’âme. Mais, le point de vue pratique peut l’être, par ceux qui sont satisfaits d’un statut très inférieur.


La foi juste est constituée par une compréhension claire du point de vue réel de la nature des catégories suivantes : jīva (l’âme), ajīva (le sans âme), punya (la vertu), pāpa (le vice), āshrava (l’afflux des karmas), samvara (l’arrêt des karmas), nirjarā (l’effacement des karmas), bandha (l’asservissement karmique) et moksha (la libération).


Celui qui perçoit l’ Ātmā comme non asservie, non touchée, non autre qu’elle-même, permanente, sans aucune différence et non-associée à autre chose, sachez que c’est le point de vue pur (shuddha-naya).


Celui qui perçoit le Soi comme non asservi, non touché, non autre que lui-même, ferme et sans aucune différence, comprend toute la doctrine Jaïne qui est la quintessence de l’Écriture.
La foi, la connaissance et la conduite doivent toujours être aimées des saints, du point de vue vyavahāra. Sachez qu’en réalité les trois sont le Soi.


et 18. De même qu’un homme, qui connaît le roi, croit en lui et avec l’objet de son gain le sert avec générosité, de même le roi, l’âme, doit être connue, on doit y croire et avoir pour objectif son émancipation.


19. La matière karmique et la matière du corps non karmique constituent le Je et inversement Je suis identique à la matière karmique et à la matière non-karmique. Aussi longtemps que cette croyance persiste dans le Soi, on dit qu’on est quelqu’un qui manque de connaissance discriminatoire (aprati-buddha).


20 à 22. «  Je suis une autre substance animée, inanimée ou mixte ; je suis moi-même, je suis cela et c’est à moi ; c’était à moi dans le passé et j’étais cela, de nouveau ce sera à moi et je serai cela ». Ces notions erronées sur le Soi (en l’identifiant à des objets autres, comme le corps, etc.) seul, celui qui se trompe (bahir-ātmā) les admet. Mais, celui qui connaît la véritable nature du Soi, qui ne se trompe pas (antar-ātmā), n’admet jamais ces notions erronées sur le Soi.


23. Dans le cas de l’âme caractérisée par diverses émotions (comme le désir, etc.), il y a des objets physiques dont certains sont intimement liés à elle (comme le corps) et certains non intimement liés à elle (comme la richesse). « Ces objets matériels sont miens » déclare (le bahir-ātmā), celui dont l’intellect est trompé par la connaissance fausse.


24. La nature de l’âme, telle qu’elle est vue par l’Omniscient, est associée de façon permanente à la qualité appelée upayoga (qui comprend la connaissance et la perception, par excellence). Comment une telle entité spirituelle peut-elle devenir un objet physique ? Comment peut-on dire alors « cet objet physique est à moi ? ».


25. Si l’âme devient matière, et si la matière devient âme, alors il vous est possible de dire, Oh ! Bahir-ātmā ! « Cet objet physique est à moi ».


Si l’âme n’est pas le corps, alors les hymnes glorifiant l’excellence corporelle (rūpastava) du Tīrthankara ou de l’ Ācārya sont tous faux. Par conséquent, l’âme doit vraiment être le corps.
Le point de vue vyavahāra affirme effectivement que le corps et l’âme sont un, mais, du point de vue nishcaya, l’âme et le corps ne sont jamais identiques.


En adorant le corps, qui est différent de l’âme, et qui est constitué de matière, le saint croit « Le Seigneur Omniscient est ainsi adoré et vénéré par moi ».


Que l’ adoration du corps soit celle du Paramātmā n’est pas exacte, du point de vue nishcaya, car les propriétés du corps ne sont pas celles du Seigneur Omniscient. Quelqu’un qui vénère le Kevalin, le Seigneur Omniscient, doit le faire en adorant ses vraies caractéristiques.


De même que la description d’une cité ne constitue pas la description de son gouverneur, de la même façon, l’adoration de son corps n’est pas l’adoration des qualités du Seigneur Omniscient.


Celui qui, dominant ses sens, comprend que le Soi est de la nature de la vraie connaissance, est vraiment appelé un vainqueur des sens, par les saints qui connaissent la réalité.


Les saints qui connaissent la nature de la réalité absolue, l’appellent jita-moha ou vainqueur de l’illusion, celui qui, en dominant l’illusion, comprend que le Soi est de façon intrinsèque de la nature de la connaissance.


Le Rishi (le Sage) qui, après avoir vaincu moha (l’illusion), détruit ensuite complètement moha, qui est la cause profonde des émotions, est appelé, par les Seigneurs de la réalité, le Destructeur de l’illusion.


La connaissance discriminatoire du Soi conduit à écarter toutes dispositions autres, sachant qu’elles sont complètement étrangères à la nature du Soi ; par conséquent, en réalité, cette connaissance discriminatoire du Soi doit être connue comme la répulsion (pratyākhyāna).


De même qu’une personne rejette une chose qu’on lui a apportée comme étant sienne, quand elle réalise, par certaines marques, que cette chose appartient à un autre, de même, le sage écarte toutes les dispositions autres, car elles lui sont étrangères.


Je suis unique, dans la mesure où je suis de la nature de l’upayoga ; de ce fait, aucune illusion, quelle qu’elle soit, n’est en rapport avec moi. Celui qui pense comme cela, les connaisseurs du vrai Soi l’appellent :  quelqu’un exempt d’illusion.


Je suis unique, dans la mesure où je suis de la nature de l’upayoga. De ce fait, le dharma, etc. n’ont pas de rapport avec moi. Celui qui pense comme cela, les connaisseurs du vrai Soi l’appellent : quelqu’un sans rapport avec le dharma, etc.


Absolument pur, ayant la nature de la perception et de la connaissance, toujours non-corporel, Je suis vraiment unique. De ce fait, même pas un atome de choses étrangères, quelles qu’elles soient, n’a de rapport avec moi comme mien.