LE SAMAYASĀRA
CHAPITRE X
LA CONNAISSANCE TOUTE PURE
308. Tout ce qui est produit d’une substance a les mêmes
attributs que ceux de la substances. Sachez-le : assurément, ils ne
peuvent pas être différents, de même que des bracelets, etc. en or ne
peuvent pas être autres qu’ en or.
309. Quelles que soient les modifications du Soi et du non-Soi, décrites
dans les Écritures, sachez-le : ces modifications sont identiques en
nature au Soi et au non Soi respectivement et non différentes.
310. Le Soi n’est pas un effet, parce qu’il n’est pas produit par quelque
chose d’autre, et n’est pas une cause, parce qu’il ne produit rien d’autre.
311. L’effet manifesté conditionne la nature de l’agent qui se manifeste ;
de même, l’agent qui se manifeste détermine la nature des effets. C’est le
principe de causalité que l’on observe opérer dans le monde de la réalité
et aucun autre principe n’est évident.
312. Le Soi né et meurt, du fait de l’opération du prakriti karmique. De
même, le prakriti karmique apparaît et disparaît comme conditionné par le
Soi.
313. L’association des deux, le Soi et le prakriti karmique, est
occasionnée par leur mutuelle détermination comme cause instrumentale.
Ainsi, le samsarā ( le cycle des naissances et des morts) est produit par
eux.
314. Aussi longtemps que le Soi conscient ne rompt pas cette relation au
prakriti karmique, il reste sans illumination, sans foi juste et sans
discipline.
315. Mais, quand le Soi conscient rompt cette relation aux fruits
infiniment variés du karma, alors le saint devient doté de la connaissance
juste, de la foi juste et de la libération des karmas. Mais, l’éclairé,
lorsque les fruits du karma commencent à apparaître, ne les recueille
pas ; il reste simplement un spectateur.
316. La Soi non éclairé, conditionné par et s’identifiant lui-même à la
nature du prakriti karmique, recueille les fruits des karmas. Par contre,
l’éclairé, lorsque les fruits du karma commencent à apparaître, ne les
recueille pas ; il reste simplement un spectateur.
317. L’abhavya ou le Soi inapte, même bien versé dans les Écritures,
n’abandonne pas son attachement au prakriti karmique, exactement comme un
serpent, en buvant du lait, ne devient pas non venimeux.
318. Le Soi éclairé, équipé d’un non-attachement complet, connaît (simplement)
les fruits des divers karmas, doux ou amers. Il reste, par conséquent, le
non-bénéficiaire.
319. Le connaisseur ne produit pas les diverses sortes de karmas et
n’écope pas de leurs fruits, néanmoins il en connaît la nature et les
résultats, soit bons soit mauvais, de même que l’asservissement.
320. La Connaissance aussi, comme la vue, n’est ni l’acteur ni le
récepteur des karmas, mais connaît seulement l’asservissement, la
délivrance, l’opération des karmas et leur effacement.
321 à 323. Selon les gens ordinaires, Vishnu crée toutes les créatures
célestes, démoniaques, sous-humaines et humaines. Si, d’après les
Shramanes, l’âme crée ses six sortes de corps organiques, alors, entre la
doctrine populaire et la doctrine shramane, toutes deux étant identiques,
aucune différence ne peut être perçue. Pour le peuple, c’est Vishnu qui
crée et pour les Shramanes c’est le Soi qui crée. Ainsi, si les gens
ordinaires et les Shramanes croient, tous deux, à la doctrine de la
création perpétuelle des mondes humain et divin, alors il n’y a pas de
chose telle que le moksha (la libération) discernable dans leur doctrine.
324 à 327. Ceux qui connaissent la nature de la réalité parlent du non-Soi
comme « mien », employant le langage des gens ordinaires, alors qu’ils
savent réellement qu’il n’y a pas même un atome de non-Soi qui est
« mien ». De même, quand une personne parle de mon village, mon pays, ma
ville ou mon royaume, ils ne sont pas réellement à elle. Cette personne
parle ainsi par auto-illusion. De la même façon, une personne qui (trompée
par le point de vue vyavahāra) comprend le non-Soi comme sien et
s’identifie à lui, devient assurément une personne à la croyance fausse.
Il n’y a pas de doute à ce sujet. Parmi les deux (les gens ordinaires et
les Shramanes) si une personne, connaissant la vérité qu’aucun objet du
non-Soi n’est sien, persiste encore à penser à l’existence d’une volonté
créatrice produisant la réalité externe, elle le fait en étant dénuée de
croyance juste. Qu’il soit compris que c’est la vérité !
328. Si la matière karmique, responsable de la foi fausse (par son propre
pouvoir) fait du Soi un mauvais croyant, alors votre prakriti
non-intelligent n’assume t’il pas le rôle d’un acteur intelligent ?
329. Si, d’un autre côté, l’âme cause la fausse croyance dans la matière,
alors c’est la matière qui devient un non-croyant et non l’âme.
330. Encore, si l’âme et la prakriti (inanimé) créent ensemble la croyance
fausse, du fait des matières karmiques, alors toutes les deux doivent
jouir du fruit de leurs actions.
331. De plus, ni le prakriti karmique ni le jīva ne sont capables de
produire la croyance fausse en dehors de la matière karmique. Par
conséquent, ce ne sont pas les matières karmiques qui deviennent croyance
fausse. Une telle vue est totalement erronée.
332 à 335. C’est par le karma que l’âme est ignorante ; c’est par le karma
qu’elle est faite le Connaisseur ; c’est par le karma qu’elle est endormie
et c’est par le karma qu’elle est éveillée ; c’est par le karma qu’elle
est heureuse et c’est par le karma qu’elle est malheureuse ; c’est par le
karma qu’elle est conduite à la croyance fausse et c’est par le même
qu’elle est conduite à l’indiscipline ; c’est par le karma qu’elle est
amenée à errer dans les mondes supérieur, moyen et inférieur, et par quoi
le bien et le mal sont faits, c’est aussi par le karma. Parce que c’est le
karma qui fait, le karma qui donne et le karma qui détruit, par conséquent,
tous les jīvas doivent devenir akārakās ( non-acteurs).
336 à 337. La matière karmique déterminant le sexe masculin crée un
attrait pour la femme et la matière karmique déterminant le sexe féminin
crée un attrait pour l’homme. Si c’est l’enseignement de l’Écriture,
transmise traditionnellement par les Ācāryas, alors suivant votre gospel
le désir sexuel est seulement une matière d’un karma matériel désirant un
autre karma matériel comme mentionné avant.
338 à 339. Une sorte de karma (prakriti) en détruit une autre ou est
détruite par une autre ; cette sorte, dans ce sens, est appelée « paraghāta »
( qui tue un autre être). Par conséquent, aucune âme, d’après votre
enseignement, (ne peut être considérée) fautive de tuer, parce que tuer c’
est simplement une matière d’un karma matériel qui détruit un autre karma
matériel, comme dit plus haut.
340-341. Si des Shramanes prêchent ainsi, approuvant le doctrine Samkhya,
alors, selon eux, prakriti (la matière karmique) devient l’agent et toutes
les âmes seraient inactives. D’un autre côté, si vous affirmez « mon âme
se transforme par elle-même », votre opinion est fausse.
342. Dans l’ Ècriture, l’âme est décrite comme étant éternelle et d’une
extension infinie. Donc, de son propre gré, elle est incapable d’augmenter
ou de diminuer (sa forme spatiale).
343. Sachez que l’âme, du point de vue de l’extension, est réellement
co-extensible avec l’univers. Donc, comment est faite cette substance
éternelle pour réaliser une forme spatiale qui augmente ou diminue ?
344. Il est accepté que le principe conscient reste de la nature de la
connaissance. Donc, le Soi, de son propre gré, ne se transforme pas par
lui même.
345. D’un certain point de vue (paryāyāthika naya), l’âme meurt, mais d’un
autre point de vue (dravyārthika naya) l’âme ne meurt jamais. Du fait de
cette nature nitya-anitya de l’âme, la vue à sens unique selon laquelle
l’âme (qui jouit) est la même que l’auteur ou est entièrement différente
de lui est insoutenable.
346. D’un certain point de vue (paryāyārthika naya) l’âme meurt et d’un
autre point de vue (dravyārthika naya) l’âme ne meurt jamais. Du fait de
cette nature nitya-anitya de l’âme, la vue à sens unique selon laquelle
l’âme (qui agit) est la même que celle qui (jouit de ses fruits) ou est
entièrement différente d’elle est insoutenable.
347. Qu’il soit su que la personne qui soutient la doctrine selon laquelle
l’âme qui agit est absolument identique à celle qui jouit de ses fruits
est une mauvaise croyante qui n’a pas la foi Arhata.
348. Que l’on sache que la personne qui soutient la doctrine selon
laquelle l’âme qui agit est absolument différente de l’âme qui jouit (de
ses fruits) est une mauvaise croyante qui n’a pas la foi Arhata.
349. De même qu’un artisan fait son œuvre, mais ne devient pas identique à
elle, de même le Soi produit du karma mais ne devient pas identique à lui.
350. De même que l’artisan travaille avec ses outils, mais ne devient pas
identifié à eux, de même le Soi agit à travers l’instrument (du trikarana
de la pensée, de la parole et de l’action), mais ne devient pas identifié
à eux.
351. De même que l’artisan tient ses outils (lorsqu’il travaille), mais ne
devient pas identifié à eux, de même le Soi emploie ses organes du tri-karana
(lorsqu’il agit), mais ne devient pas identifié à eux.
352. De même que l’artisan jouit du fruit de son labeur, mais ne devient
pas un avec lui, de même le Soi jouit du fruit du karma mais ne devient
pas un avec lui.
353 . Ainsi, la doctrine du point de vue vyavahāra a été brièvement
exposée ; écoutez maintenant celle du point de vue nishcaya qui se réfère
aux changements résultant des modifications (de l’âme).
354. De même que l’artisan commence avec l’image mentale (de l’objet à
produire) et la traduit en forme physique, par son activité corporelle, et
ainsi est un avec elle, de même, le Soi commence avec la contrepartie
mentale du karma et est, par conséquent, un avec elle.
355. De même que l’artisan fait un effort (pour transférer l’image mentale
en une forme physique) en souffre toujours et est, par conséquent, un avec
cette souffrance, de même le Soi qui agit comme stimulé par des états
mentaux impurs subit de la souffrance et devient un avec elle.
356. De même que de la craie (lorsqu’elle est appliquée pour blanchir la
surface d’une autre chose) ne devient pas cette chose, mais reste de la
craie ( sur la surface de cette chose), de même le Soi (en connaissant un
objet) reste le connaisseur et ne devient pas l’objet connu (qui est autre
que le Soi).
357. De même que de la craie (lorsqu’elle est appliquée pour blanchir la
surface d’une autre chose) ne devient pas cette chose, mais reste de la
craie (à la surface de cette chose), de même le Soi (en percevant un objet
(reste celui qui perçoit) et ne devient pas l’objet perçu (qui est autre
que le Soi).
358. De même que de la craie (lorsqu’elle est appliquée pour blanchir la
surface d’une autre chose) ne devient pas cette chose, mais reste de la
craie (sur la surface de cette chose), de même le Soi (en renonçant aux
possessions externes) reste le renonçant discipliné et ne devient pas un
avec les possessions délaissées (qui sont autres que le Soi).
359. De même que de la craie (lorsqu’elle est appliquée pour blanchir la
surface d’une autre chose) ne devient pas cette chose, mais reste de la
craie (sur la surface de cette chose), de même la foi juste dans les
Tattvas reste la foi juste et ne devient pas une avec les Tattvas.
360. Du point de vue de la réalité, la connaissance, la foi et la conduite
ont ainsi été décrites ; maintenant, écoutez un bref raisonnement
semblable du point de vue vyavahāra.
361. De même que de la craie blanchit une autre chose, en raison de sa
nature intrinsèque (de blancheur), de même le connaisseur connaît d’autres
choses, à cause de sa nature intrinsèque (de connaissance).
362. De même que de la craie blanchit une autre chose, à cause de sa
nature intrinsèque (de blancheur), de même, le Soi perçoit d’autres choses,
du fait de sa nature intrinsèque (de perception).
363. De même que de la craie blanchit une autre chose, du fait de sa
nature intrinsèque (de blancheur), de même, le Soi qui connaît renonce aux
possessions externes, du fait de sa nature intrinsèque (de non-attachement).
364. De même que de la craie blanchit une autre chose, du fait de sa
nature intrinsèque (de blancheur), de même un bon croyant croit à la
réalité externe, du fait de sa nature intrinsèque (de foi juste).
365. Ainsi a été dite la vérité sur la connaissance, la foi et la conduite,
du point de vue vyavahāra ; les autres modes (de conscience) doivent être
compris de la même façon.
366. Il n’y a pas de foi, de connaissance ou de conduite, quelles qu’elles
soient, dans un objet non-intelligent ; donc, que détruit l’âme dans ces
objets ?
367. Il n’y a pas de connaissance, de foi ou de conduite, quelles qu’elles
soient, dans une matière karmique non-intelligente ; donc que détruit
l’âme dans ces karmas ?
368. Il n’y a pas de connaissance, de foi ou de conduite, quelles qu’elles
soient, dans un corps non-intelligent ; donc que détruit l’âme dans ces
corps ?
369. On parle de la destruction de la connaissance, de la foi et de la
conduite (de nature erronées par l’âme) ; mais la destruction de la
matière n’est jamais indiquée.
370. Quels que soient les attributs présents dans une âme, ceux-ci ne sont
assurément pas présents dans d’autres substances : donc, dans un bon
croyant il n’y a pas d’attrait pour les objets des sens.
371. L’attachement, l’aversion et l’illusion sont des modes inaliénables
de l’âme ; pour ces raisons, il n’y a pas d’attachement, etc. dans le son,
etc.
372. Les propriétés d’une substance (dravya) ne sont jamais produites par
une autre substance. Donc, toutes les substances sont produites par leur
propre nature.
373. Les mots de blâme ou d’éloge sont (seulement) du son produit par des
particules matérielles modifiées en diverses formes. En les entendant, on
devient en colère ou satisfait en disant « On s’adresse à moi ainsi ».
374. Comme les mots sont réellement produits par des modifications de
particules matérielles, leurs propriétés sont ainsi entièrement
différentes des nôtres. Donc, ils ne s’adressent en aucune façon à vous.
Pourquoi devenez vous en colère ? Oh, ignorante personne !
375. Un mot, bon ou mauvais, ne dit pas de son propre gré « Entends-moi ! ».
Même quand le son atteint l’organe de l’audition, il n’arrive pas à saisir
votre attention (par force).
376. Une forme visuelle, agréable ou désagréable, ne te dit pas à son gré
« Regarde-moi ! ». Même si le stimulant visuel atteint l’organe de la vue,
il n’arrive pas à saisir ainsi votre attention (par force).
377. Une odeur, désagréable ou agréable, ne te dit pas à son gré « Sent-moi ! ».
Même si l’odeur atteint l’organe de l’odorat, elle n’arrive pas ainsi à
saisir votre attention (par force).
378. Un mauvais ou un bon goût ne te dit pas à son gré « Goûte-moi !».
Même quand la saveur atteint l’organe du goût (la langue), elle n’arrive
pas ainsi à saisir votre attention (par force).
379. Un toucher, agréable ou désagréable, ne peut pas te dire à son gré « Touche-moi ! ».
Lorsque le stimulus du contact atteint l’organe du contact (le corps), il
n’arrive pas ainsi à saisir votre attention (par force).
380. La mauvaise ou la bonne qualité (d’un objet) ne peut pas à son gré te
dire « Pense à moi !». Même lorsque la qualité atteint l’organe de la
pensée, elle n’arrive pas à saisir ainsi votre attention (par force).
381. Une mauvaise ou une bonne substance ne peut pas à son gré te dire « Pense
à moi ! ». Même quand l’(idée de) substance atteint l’organe de la pensée,
elle n’arrive pas ainsi à saisir votre attention (par force).
382. Ainsi, dénuée d’une connaissance claire de la nature des objets de
connaissance et incapable de s’abstenir de l’influence externe et
elle-même n’atteignant pas le bonheur mental, la personne ignorante ne
suit pas la voie de la paix.
383. Lorsqu’une personne détourne son Soi de ses karmas précédents bons ou
mauvais et de multiples sortes, alors ce Soi est assurément le nishcaya
pratikramana, le réel repentir.
384. Lorsqu’une personne détourne son Soi d’un futur asservissement
susceptible d’être causé par des états psychiques impurs résultant de bons
ou de mauvais karmas, c’ est assurément le nishcaya pratyākhyāna, le réel
renoncement.
385. L’âme qui comprend comme mauvais tous les états psychiques de
multiples sortes qui apparaissent à présent (dans la conscience) du fait
de l’opération des karmas, c’est assurément le nishcaya ālocanā, la réelle
confession.
386. Le Soi qui est toujours engagé dans la pratique des réels : repentir,
renoncement et confession, c’est assurément le nishcaya cāritra, la réelle
conduite juste.
387. Celui qui, en expérimentant le fruit des karmas, identifie le Soi au
fruit des karmas, sème de nouveau les graines de l’asservissement et du
malheur karmiques de huit sortes différentes.
388. Celui qui, en expérimentant le fruit des karmas, pense qu’il l’a
provoqué, sème de nouveau les graines de l’asservissement et du malheur
karmiques de huit sortes différentes.
389. L’âme qui, en expérimentant le fruit des karmas, est rendue heureuse
ou malheureuse, sème de nouveau les graines de l’asservissement et du
malheur karmiques de huit sortes différentes.
390. L’ Écriture n’est pas la connaissance, parce que l’Écriture ne
connaît pas tout. C’est pourquoi, les Jinas ont dit que la connaissance
est entièrement différente de l’Écriture.
391. Le son n’est pas la connaissance, parce que le son ne connaît pas
tout. C’est pourquoi, les Jinas ont dit que la connaissance est
entièrement différente du son.
392. La forme visuelle n’est pas la connaissance, parce que la forme
visuelle ne connaît pas tout. C’est pourquoi, les Jinas ont dit que la
connaissance est entièrement différente de la forme visuelle.
393. La couleur n’est pas la connaissance, parce que la couleur ne connaît
pas tout. C’est pourquoi, les Jinas ont dit que la connaissance est
entièrement différente de la couleur.
394. L’odeur n’est pas la connaissance, parce que l’odeur ne connaît pas
tout. C’est pourquoi, les Jinas ont dit que la connaissance est
entièrement différente de l’odeur.
395. Le goût n’est pas la connaissance, parce que le goût ne connaît pas
tout. C’est pourquoi, les Jinas ont dit que le connaissance est
entièrement différente du goût.
396. Le toucher n’est pas la connaissance, parce que le toucher ne connaît
pas tout. C’est pourquoi, les Jinas ont dit que la connaissance est
entièrement différente du toucher.
397. Le karma n’est pas la connaissance, parce que le karma ne connaît pas
tout. C’est pourquoi les Jinas ont dit que la connaissance est entièrement
différente du karma.
398. Le principe du mouvement n’est pas la connaissance, parce que le
principe du mouvement ne connaît pas tout. C’est pourquoi les Jinas ont
dit que la connaissance est entièrement différente du principe du
mouvement.
399. Le principe du repos n’est pas la connaissance parce que le principe
du repos ne connaît pas tout. C’est pourquoi, les Jinas ont dit que la
connaissance est entièrement différente du principe du repos.
400. Le temps n’est pas la connaissance, parce que le temps ne connaît pas
tout. C’est pourquoi, les Jinas ont dit que la connaissance est
entièrement différente du temps.
401. L’espace n’est pas la connaissance, parce que l’espace ne connaît pas
tout. C’est pourquoi, les Jinas ont dit que la connaissance est
entièrement différente de l’espace.
402. L’effort n’est pas la connaissance, parce que l’effort ne connaît pas
tout. C’est pourquoi, les Jinas ont dit que la connaissance est une chose
et l’effort en est une autre.
403. Comme la caractéristique de l’âme c’est de toujours savoir, par
conséquent, l’âme est assurément le sujet de connaissance, le Connaisseur,
par excellence. Il doit être compris que la connaissance et le connaisseur
ne peuvent pas être différenciés l’un de l’autre.
404. La connaissance est la même chose que la foi juste, la discipline,
l’Écriture, constituée des Angas Pūrvas, le mérite, le démérite et
l’ascétisme. Ainsi déclarent les sages.
405. Comme le Soi n’est pas corporel, il ne mange assurément pas de
nourriture, car la nourriture étant de la nature de la matière est
corporelle.
406. Il n’a pas d’attribut acquis ou naturel pour le rendre capable de
prendre ou d’abandonner la matière étrangère.
407. C’est pourquoi le Soi, qui est de la nature de la conscience pure, ne
prend ni n’abandonne aucun des objets animés ou inanimés.
408. Les fous mettent diverses sortes d’insignes de faux ascètes ou de
faux maîtres de maisons et affirment que cette marque extérieure constitue
la voie du moksha.
409. Une marque corporelle n’est assurément pas la voie de l’émancipation.
(Cela est évident du fait que) les Arhats écartent la marque corporelle en
délaissant le corps lui-même et en consacrant leur attention seulement à
la foi, la connaissance et la conduite justes.
410. Les insignes de faux ascètes ou de faux maîtres de maisons ne
(constituent) jamais la voie de la libération. Les Jinas déclarent que la
foi, la connaissance et la conduite constituent (ensemble) la voie de
l’émancipation.
411. C’est pourquoi, abandonnant les insignes adoptés par les laïcs et les
sans toit, dirigez le Soi sur la foi, la connaissance et la conduite, le
voie de l’émancipation.
412. Gardez le Soi sur la voie de l’émancipation, méditez sur lui,
expérimentez-le, toujours agissez en lui, n’agissez pas parmi d’autres
choses.
413. Le Soi réel n’est pas vu par ceux qui mettent l’habit des ascètes ou
des maîtres de maisons et qui se figurent qu’ ils sont ainsi les seigneurs
réels.
414. Bien que le point de vue vyavahāra déclare que les deux (sortes
d’insignes) sont la voie de l’émancipation, le point de vue de la réalité
n’ exige aucun insigne, quel qu’il soit, pour la voie de la libération.
415. La personne qui, a lu le Samaya pāhuda (sāra) et qui a compris son
sens véritable, détient solidement la vérité par laquelle elle atteindra
le Bonheur Suprême.
Fin du Samayasāra.
Note : La logique de certains gāthās, notamment : 144 – 153 –154 –156 –
304 - 306 - 307 et 372 ne peut être bien comprise que grâce aux
commentaires du Professeur A. Chakravati et aux appendices de J.L. Jaini (Voir
à ce sujet la traduction anglaise du Samayasāra par le Professeur A.
Chakravarti, éditée en 2001, par Bharatiya Jnanpith à New Delhi).