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Sub-Categories of LE SAMAYASĀRA

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LE SAMAYASĀRA
 

Chapitre 2 

L’ AJĪVA OU LE SANS ÂME 

39.      Certains ignorants, soutenant que le Soi n’est que le non-Soi, ne connaissent pas la vraie nature du Soi. Ils affirment que le Soi est identique aux états psychiques, comme le désir, etc. De la même manière, d’autres assurent que le Soi est identique à la matière karmique.

40.      D’autres croient que la puissance psychique, qui détermine l’intensité ou la douceur de la conscience, c’est l’âme. D’autres encore identifient l’âme à la matière non-karmique qui forme les éléments constitutifs des différentes sortes de corps organiques.

41.      Certains considèrent la manifestation du karma (engendrant le plaisir ou la souffrance) comme étant le Soi ; certains autres croient que ce qui détermine l’intensité ou la douceur de l’état hédoniste (qui est le fruit du karma) c’est le Soi.

42.      Certains autres affirment que le Soi c’est le jīva et le karma pris distinctement ou ensemble ; encore d’autres considèrent le Soi comme le produit de la combinaison des différents karmas.

43.      Ainsi, de diverses manières, des gens à l’esprit tordu identifient le Soi au non-Soi ; de ce fait, ils sont déclarés, par ceux qui croient à la réalité, être non parātmavādins ( ceux qui ne croient pas à l’identité du jīva et du paramātmā).

44.      Il est dit par le Jina, celui qui connaît tout, que les diverses caractéristiques citées ci-dessus sont toutes le résultat de la manifestation de la matière karmique. Comment peuvent-elles donc être attribués au Soi pur ?

45.      Les Jinas déclarent que les huit sortes de karmas sont de nature matérielle ; et aussi la souffrance, qui est l’effet de la fructification karmique, est dite matérielle.

46.      C’est seulement du point de vue vyavahāra que ces différents états psychiques sont déclarés, par les Jinas, comme étant de la nature du Soi.

47.      A la vue d’un défilé militaire, on peut s’exclamer « Le roi s’est mis en route ». Cette affirmation est faite du point de vue vyavahāra parce que, dans tout le défilé, une seule personne est le roi.

48.      De la même façon, du point de vue vyavahāra, les différents états psychiques, tels que le désir, l’aversion, etc. peuvent être qualifiés d’ego. Mais, le vrai Soi n’est aucun de ces états, il reste le substratum unitaire dont ils sont les modifications empiriques.

49.      Sachez que le Soi pur est sans goût, sans couleur, sans odeur, imperceptible au toucher, sans son, ni objet de connaissance anumāna ou déductive, sans aucune forme corporelle définie, et qu’il se caractérise par la conscience (cetanā).

50.      Dans l’âme (pure), il n’y a ni couleur, ni odeur, ni goût, ni toucher, ni forme visible, ni corps, ni forme corporelle, ni structure squelettique.

51.      Dans l’âme (pure) il n’y a ni désir, ni aversion. On ne trouve pas d’illusion en elle. Il n’y a pas de condition karmique, ni de matière karmique, ni de matière non-karmique en elle.

52.      Dans l’âme (pure) il n’ y a ni puissance atomique (varga), ni molécules ou groupes d’atomes (varganās), ni agrégats de molécules (spardhakas). Il n’y a ni  ego-conscience de différents types, ni manifestations karmiques (entraînant l’ expérience du plaisir ou de la douleur).

53.      Dans l’âme (pure) il n’y a pas d’activité (yoga) de la pensée (manas), de la parole (vacana) et du corps (kāya), pas d’asservissement karmique, pas de manifestation agissante du karma et pas de variations, suivant la méthode d’enquête, de la nature de l’âme (basées sur le principe de classification).

54.      Dans l’âme (pure) il n’y a pas d’étape de durée d’asservissement, ou d’excitation émotionnelle ou de purification de soi ou d’acquisition de contrôle de soi.

55.      La classification des êtres organiques (selon le principe du développement biologique) et la classification de l’homme (selon le principe du développement éthiquo-spirituel) ne sont pas applicables à l’âme pure, car toutes les différences sus–mentionnées sont le résultat de la manifestation de conditions matérielles.

56.      Les caractéristiques, commençant par la couleur (varna) et finissant par les étapes du développement spirituel (gunasthānas), sont (attribuées) à l’âme du point de vue vyavahāra) ; mais, du point de vue de la réalité, aucune d’elles ne peut être attribuée à l’âme.

57.      L’association des ces caractéristiques à l’âme doit être comprise comme le mélange du lait et de l’eau. Elles ne sont, de façon certaine, pas présentes dans l’âme, puisqu’elle est essentiellement caractérisée par l’upayoga (l’activité de la connaissance et de la perception).

58.      Voyant quelqu’un volé sur un chemin, les gens ordinaires, adoptant le point de vue vyavahāra, disent « ce chemin est volé » mais, en réalité, ce qui est volé ce n’est pas le chemin.

59.      De même, voyant la couleur qui appartient aux entités matérielles du karma et du non-karma associées au jīva, le Jina omniscient la décrit, du point de vue vyavahāra, comme la qualité de l’âme.

60.      Ainsi sont l’odeur, le goût, le toucher, la forme etc. attribués (à l’âme), du point de vue vyavahāra, par l’Omniscient. Pourquoi il n’y a pas d’identité intrinsèque entre jīva et  varna , l’âme et la couleur, est expliqué ensuite.

61.      Aussi longtemps que les jīvas ont une existence corporelle dans le monde du samsāra, les qualités de couleur etc. sont présentes en eux. Au moment où ils se libèrent de l’asservissement du samsāra, les qualités telles que la couleur, etc. n’ont absolument plus de rapport avec eux.

62.      Si vous soutenez que tous ces modes appartiennent à l’âme elle-même, alors, d’après vous, il n’y aurait pas de différence entre l’âme et le sans-âme.

63.      Si, comme vous le soutenez, les samsārī-jīvas, les egos empiriques, sont identiques aux caractéristiques de couleur, etc. ces âmes empiriques seraient alors dotées de formes physiques.

64.      Si, d’après ta philosophie, Oh ! Toi, l’induit en erreur !, (l’âme a une forme physique) alors c’est la matière qui prend la forme du jīva dans le samsāra et c’est encore la même matière qui figure dans le nirvāna, l’état de libération de l’âme.

65.      Les êtres vivants avec un, deux, trois, quatre et cinq sens, gros et pleinement développés, et leurs opposés (minces et non-développés), sont tous déterminés par la nature du karma qui fait le corps (nāma karma).

66.      Ces divers êtres vivants sont le résultat de la matière karmique qui constitue leur cause opérante. Comment ces produits physiques peuvent-ils être identifiés à l’âme ?

67.      Complètement développé, incomplètement développé, mince ou gros, toutes ces modifications, appartenant seulement au corps, ont reçu l’appellation de jīva dans l’Écriture, du point de vue vyavahāra.

68.      Les étapes du progrès spirituel sont dites dues aux karmas qui trompent (mohanīya) lesquels sont, de façon permanente, non-intelligents (acetana). Comment peuvent-ils être identifiés à l’âme ?