LE SAMAYASĀRA
CHAPITRE VII
LE NIRJARĀ – L’EFFACEMENT DES KARMAS
193. Toutes les expériences affectives que celui qui a la foi juste (avec
une attitude neutre) éprouve en relation avec des objets perçus par les
sens, consciemment ou inconsciemment, conduisent seulement à l’effacement
des karmas (ou nirjarā).
194. Les objets utiles et agréables du monde perceptible, lorsqu’ils sont
possédés par celui qui a la foi juste, produisent inévitablement du
plaisir ou de la souffrance, comme déterminé par le bon ou le mauvais
karma. Comme ces sentiments agréables ou pénibles sont expérimenté de
façon indifférente par celui qui a la foi juste, ils s’usent eux-mêmes et
c’est cela le nirjarā.
195. De même qu’une personne qui est experte en savoir anti-poison, même
si elle prend du poison ne meurt pas, de même, quand les matières
karmiques deviennent mûres et produisent leurs résultats inévitables de
souffrance et de plaisir, le Soi qui sait avec une attitude neutre les
expérience, mais il reste non asservi.
196. De même qu’une personne qui boit du vin (comme médicament), sans
aucune envie de vin, ne devient pas ivre, de même, le Soi éclairé,
lorsqu’il possède des objets du monde extérieur, sans aucune envie les
concernant, ne devient pas asservi.
197. Quelqu’un, qui jouit actuellement, ne jouit pas réellement, alors qu’
un autre, qui ne jouit pas, jouit réellement. De même, quelqu’un qui joue
une pièce ne devient pas réellement le personnage.
198. Il a été déclaré par les grands Jinas que l’apparition et la
fructification des karmas sont de diverses sortes. Mais, ils ne sont pas (liés
à) ma nature pure. Je suis vraiment celui qui (ne varie pas), le
Connaisseur par nature.
199. Le désir est de la matière karmique (fixée auparavant). Lorsqu’elle
se manifeste après maturité, c’est l’émotion du désir. Cet état psychique
n’est pas dans ma nature. Assurément, je suis le Connaisseur impassible.
200. Ainsi, celui qui a la foi juste avec une connaissance claire de la
réalité, comprend que son propre Soi est de la nature du Connaisseur. Il
rejette les états émotionnels, parce qu’ils sont le résultat de la
manifestation de la matière karmique.
201. Assurément, celui chez qui l’attachement, etc., même de l’étendue
d’un atome est présent, ne peut pas connaître le Soi, même si c’est un
maître de toutes les Écritures.
202. Celui qui ne connaît pas le vrai Soi ne peut pas connaître le non-Soi.
Ainsi, étant dénué de la connaissance du jīva et de l’ajīva, de l’âme et
du sans-âme, comment peut-il être quelqu’un qui a la foi juste ?
203. L’abandon des états psychiques et physiques non permanents du Soi,
qui sont dus aux dravya karmas et aux bhāva karmas respectivement, fait
que l’on atteint l’état qui résulte de la réalisation de la vraie nature
du Soi qui est éternel, immuable et unité indivisible.
204. La connaissance par la perception des sens, le connaissance par les
Écritures, la connaissance par le clairvoyance, la connaissance par la
télépathie et la connaissance suprême de la réalité - toutes se rapportent
à un seul et même état. C’est l’absolu. La réalisation de cet absolu c’est
la libération ( moksha).
205. Ceux qui sont dépourvus de cette qualité de la connaissance, même si
leurs efforts sont multiples, n’atteignent pas cet état. Si vous souhaitez
une libération complète de l’asservissement, vous devez contempler cet
état de connaissance pure.
206. Oh ! Bonne âme ! (Vous détournant des plaisirs des sens et fixant
toujours votre attention sur la nature pure du Soi), aimez-la toujours et
ainsi soyez heureuse et satisfaite, car de façon certaine cela vous
conduira au bonheur suprême éternel futur de la libération.
207. Comment l’homme sage, qui comprend que le Soi seul est la propriété
du Soi, peut-il soutenir réellement que des objets étrangers, tels que son
corps, sont véritablement sa propriété ?
208. Les choses externes que je possède, si elles sont absolument de ma
nature, alors je dois devenir non-vivant (comme elles). Parce que je suis
un Soi qui connaît, les objets que je possède ne sont pas de ma nature.
Il peut être coupé, il peut être fendu, il peut être traîné ou il peut
être détruit, quelle que soit la manière de difformité qu’il subit, il (le
corps ou n’importe quel objet externe) ne me concerne pas, car il n’est
pas réellement mien.
La non-possession est dite être du non-attachement. Pour cette raison, le
Connaisseur ne désire même pas du mérite. Ainsi, étant exempt
d’attachement envers le mérite, il devient de ce fait simplement le
Connaisseur (du mérite).
La non-possession est dite être du non-attachement. Pour cette raison, le
Connaisseur ne désire pas le démérite. Ainsi, étant exempt d’attachement
envers le démérite, il devient de ce fait simplement le Connaisseur (du
démérite).
La non-possession est dite être du non-attachement. Pour cette raison, le
Connaisseur ne désire pas de nourriture. Ainsi, étant exempt d’attachement
envers la nourriture, il devient par cela simplement le Connaisseur (de la
nourriture).
La non-possession est dite être du non-attachement. Pour cette raison, le
Connaisseur ne désire pas de boisson. Ainsi, étant exempt d’attachement à
la boisson, il devient par cela simplement le Connaisseur (de la boisson).
Le Connaisseur n’a pas de grande envie de tous ces états psychiques variés
(tels que le désir et l’appétit pour des objets externes). Comme il est
réellement de la nature du Connaisseur, il reste partout indépendant (des
influences étrangères).
Ainsi, le Connaisseur ayant toujours une attitude de renoncement vis à vis
des objets agréables qui l’environnent et qui se produisent par
l’opération des karmas, ne montre ni de désir pour les changements
présents, ni d’envie pour les futurs.
Les activités psychiques qui correspondent à ce qui ressent et à ce qui
est ressenti sont toutes les deux détruites, à chaque instant. Celui qui
sait cela est le Connaisseur. Il n’ a jamais envie d’elles.
Les états psychiques conditionnés par le samsarā conduisent à
l’asservissement, alors que ceux conditionnés par le corps conduisent au
plaisir. En conséquence, chez le vrai Connaisseur aucun désir pour eux ne
se produit.
218 et 219. De même que l’or, dans la saleté de la fange, demeure non
contaminé, en raison de sa propriété non adhésive, de même l’éclairé, à
cause de son complet non-attachement à l’environnement, reste non affecté,
même lorsqu’il est immergé dans un nuage de karmas ; tandis que le non
éclairé, à cause de son attachement aux objets externes, est affecté,
lorsqu’il est dans la buée des karmas, exactement comme un morceau de fer
est contaminé, lorsqu’il est plongé dans la boue, à cause de sa propriété
adhésive.
220 et 221. La conque peut manger et assimiler diverses choses animées,
inanimées et mixtes et cependant la couleur blanche de sa coquille ne peut
pas être changée en noir par les choses assimilées. De la même façon, le
Connaisseur éclairé peut jouir de dives objets animés, inanimés et mixtes
et cependant la nature de sa connaissance ne peut pas être convertie en
ignorance par les choses dont il jouit ainsi.
222 et 223. La même conque (quelque soit le fait qu’elle mange d’autres
choses ou non) peut intrinsèquement changer de couleur, lorsque la
coquille blanche sera changée en noir. De même, le Connaisseur éclairé
(qui est resté non influencé par les choses dont il jouit) peut subir une
détérioration en lui-même par laquelle il peut perdre sa nature de
connaissance et en prendre une d’ignorance.
224 à 227. De même qu’une personne en ce monde, pour gagner sa vie, sert
son roi et le roi lui donne, par le biais d’une rémunération, divers
objets produisant du plaisir, de même le Soi, sous la forme d’une
personnalité non éclairée, pour assurer ses plaisirs, se met au service
des karmas et le karma-raja lui offre, en conséquence, des choses
produisant du plaisir. Chaque fois que cette même personne ne sert pas le
roi pour gagner sa vie, le roi ne lui donne pas divers objets produisant
du plaisir par le biais d’une rémunération. De même, celui qui a la foi
juste, par égard aux plaisirs des sens, ne s’adonne pas au service des
karmas et, en conséquence, le karma ne lui donne pas divers objets comme
source de plaisir.
228. Les âmes qui ont la foi juste sont exemptes de doute et, par
conséquent, sont sans peur. Parce qu’elles sont exemptes des sept sortes
de peur, elles sont exemptes de doute.
229. Celui qui coupe les quatre pieds (de la connaissance fausse, de
l’indiscipline, des grosses émotions qui souillent l’âme, et de l’activité
psycho-physique) qui produisent le karma, l’illusion et la souffrance, est
celui à la connaissance juste, qui ne doute pas.
230. Celui qui ne manifeste pas de désir pour les plaisirs qui résultent
des karmas ou pour toutes les qualités des choses, doit être compris comme
étant quelqu’un à la foi juste, qui est exempt de désir.
231. Celui qui ne manifeste aucune horreur ou dégoût pour toutes les
qualités (repoussantes) des choses est dit quelqu’un à la foi juste, sans
aucune horreur.
232. Celui qui est complètement sans illusion sur la nature des choses est
assurément compris comme étant celui à la foi juste, sans illusion.
233. Celui qui est rempli de dévotion pour le Siddha, et qui est indulgent
de toute manière envers toutes sortes de défauts des autres, est considéré
comme celui à la foi juste, pourvu de la qualité d’indulgence.
234. Celui qui, au lieu de s’égarer, reste fermement sur la voie de
l’émancipation, doit être considéré comme celui à la foi juste, pourvu de
fermeté.
235. Quiconque manifeste amour et dévotion pour les trois joyaux qui
constituent la voie juste du moksha, cette personne est considérée comme
celle à la foi juste, pourvue d’amour et de dévotion pour la vraie voie.
236. Le Soi qui, monté sur le char de la connaissance, va comme bon lui
semble (répandant la lumière de la sagesse), doit être considéré comme
quelqu’un à la foi juste, engagé à propager le foi Jaïne.