LE SAMAYASĀRA
CHAPITRE VIII
BANDHA OU L’ASSERVISSEMENT DES KARMAS
237 à 241. Par exemple, un homme enduit avec de l’huile, se tenant en un
endroit plein de poussière, fait des exercices avec une épée, coupe ou
casse des arbres, tels que palmier, tamala, plantain, bambou, et ashoka et
cause ainsi la destruction d’objets animés et inanimés. Dans le cas de
cette personne, qui est engagée dans l’activité destructrice, en prenant
diverses postures corporelles, quelle est la condition réelle qui fait que
de la poussière se dépose sur elle ? Assurément, c’est l’huile dont son
corps est enduit qui doit être considérée comme la cause réelle du dépôt
de la poussière et non ses diverses activités corporelles. De la même
manière, un mauvais croyant, engagé dans diverses activités, s’il réalise
celles-ci seulement avec un sentiment d’attachement, est assurément
couvert de poussière karmique.
242 à 246. D’un autre côté, une personne dont le corps est totalement
exempt d’huile, se tenant dans un endroit plein de poussière, fait des
exercices avec une épée, coupe ou casse des arbres, tels que palmier,
tamala, plantain, bambou et ashoka et cause ainsi la destruction d’objets
animés et inanimés. Dans le cas de cette personne, qui est engagée dans
une activité destructrice, en prenant diverses postures corporelles,
quelle est l’explication réelle de l’absence de dépôt de poussière sur
elle ? Assurément c’est l’absence de surface huilée qui compte pour
l’absence de dépôt de poussière sur sa personne et non ses diverses
activités corporelles. De le même manière, quelqu’un qui a la foi juste,
même s’il est engagé dans diverses activités de la pensée, de la parole et
de l’action, s’il réalise celles-ci simplement sans sentiment
d’attachement pour elles, n’est pas asservi par des particules karmiques.
247. Celui qui pense « Je tue d’autres êtres ou je suis tué par d’autres
êtres » est quelqu’un qui se fait des illusions et qui est dénué de
connaissance. Mais, celui qui pense autrement est le Connaisseur.
248. Il est déclaré par les Jinas que la mort des êtres vivants est causée
par la disparition du karma qui détermine leur âge. (Puisque) tu ne
détruis pas le karma déterminant leur âge, comment leur mort est-elle
causée par toi ?
249. Il est déclaré par les Jinas que la mort des êtres vivants est causée
par la disparition de leur karma déterminant l’ âge. Puisqu’ ils ne
détruisent pas ton karma déterminant l’âge, comment ta mort peut-elle être
causée par eux ?
250. Celui qui pense « Je vis (en tant que causé par d’autres êtres) et je
suis la cause que d’autres vivent » est quelqu’un qui se fait des
illusions, et qui est dénué de connaissance. Mais, quelqu’un qui pense
autrement est le Connaisseur.
251. Les Omniscients affirment qu’un être organique vit à cause de
l’opération du karma de (son) âge. (Puisque) tu ne donnes pas de karma de
l’âge (aux êtres vivants), comment leur vie peut-elle être causée par toi ?
252. Les Omniscients affirment qu’un être organique vit à cause de
l’opération de (son) karma de l’âge. Puisqu’ ils ne te donnent pas ton
karma de l’âge, comment ta vie peut-elle être causée par eux ?
253. Celui qui pense « Je cause du bonheur ou du malheur aux autres êtres
et je suis rendu heureux ou malheureux par d’autres » est quelqu’un qui se
fait des illusions et qui est dénué de connaissance. Le Connaisseur pense
autrement.
254. Si tous les êtres vivants deviennent malheureux ou heureux seulement
quand leurs karmas commencent à opérer, puisque tu ne leur donnes pas
leurs karmas, comment sont-ils rendus malheureux ou heureux par toi ?
255. Si tous les êtres vivants deviennent malheureux ou heureux seulement
quand leurs karmas commencent à opérer, puisque ils ne te donnent pas
leurs karmas, comment es-tu rendu malheureux par eux ?
256. Si tous les êtres vivants deviennent malheureux ou heureux seulement
quand leurs karmas commencent à opérer, puisqu’ ils ne te donnent pas tes
karmas, comment es-tu rendu heureux par eux ?
257. On meurt ou on devient malheureux lorsque l’on est vivant ; tout cela
arrive comme résultat de l’opération de ses propres karmas. Par conséquent
« Il est tué par moi et il est rendu malheureux par moi » -cette vue que
vous avez n’est-elle pas entièrement fausse ?
258. On ne meurt pas ou on ne devient pas malheureux alors que l’on est
vivant, c’est aussi assurément le résultat de l’opération de ses propres
karmas. Par conséquent « Il n’est pas mort de mon fait et il n’est pas
rendu malheureux par moi – cette idée que vous avez n’est-elle pas
entièrement fausse ?
259. Ta fausse notion sur toi « Je rends d’autres êtres malheureux ou
heureux » est illusoire. Cela conduit à l’asservissement des karmas bons
ou mauvais.
260. « Je rends d’autre êtres malheureux ou heureux ». Cette pensée que tu
as cause un asservissement karmique de la nature du vice ou de la vertu.
261. « Je tue d’autres êtres ou je les fait vivre ». Cette pensée que tu
as cause l’asservissement karmique de la nature du vice ou de la vertu.
262. La volonté de tuer suffit à entraîner l’asservissement, quel que soit
le fait que des animaux soient tués ou non. Du point de vue réel, c’est en
bref le mode d’asservissement des jīvas (ou des Sois empiriques).
263. Ainsi, (la volonté de tuer), de mentir, de voler, de ne pas être
chaste et d’acquérir de la propriété (excessive) conduit à la fixation de
mauvais karmas.
264. Tandis que (la volonté de ne pas tuer), de ne pas mentir, de ne pas
voler, de ne pas manquer de respect de la chasteté et de ne pas acquérir
de propriété (excessive) conduit à la fixation de bons karmas.
265. Un Soi empirique est toujours conditionné par un objet, dans le monde
extérieur. Néanmoins, ce n’est pas cet objet extérieur qui est la cause de
l’asservissement. C’est par la pensée que l’asservissement est causé.
266. « Je rends des êtres vivants malheureux ou heureux ; je les attache
ou je les libère ». Une telle pensée en vous n’a pas de sens. Assurément,
elle est fausse.
267. Si leurs propres pensées sont la condition réelle par laquelle les
âmes sont asservies par des karmas ou libérées d’eux en étant sur la voie
du salut, alors pourquoi ne peux-tu pas y arriver ?
268. Le Soi, par sa propre activité de pensée, crée pour lui la forme des
êtres- sous-humains, démoniaques, célestes et humains et aussi diverses
sortes de vertu et de vice.
269 . De même, le Soi, par sa propre activité de la pensée, peut
s’identifier aux catégories du dharma, de l’adharma, de l’âme, du sans-âme,
de l’univers et de l’au-delà.
270. Les saints, chez qui ces activités de la pensée ne sont pas présentes,
ne sont pas contaminés par les karmas, bons ou mauvais.
271. Buddhi (la compréhension), vyavasāya (la résolution), adhyavasāna (l’activité
cognitive), mati (la pensée), vijñāna (la connaissance), citta (la
conscience), bhāva (le mode conscient) et parināma (la modification
consciente), tous ces mots ont le même sens.
272. Ainsi sachez que le point de vue pratique est contredit par le point
de vue réel. C’est en adoptant le point de vue réel que les saints
atteignent le nirvāna ( la libération ).
273. Les personnes incapables de libération spirituelle, même si elles
observent vœux, attentions, restrictions, règles de conduite et pénitence,
comme décrits par les Jinas, restent sans connaissance vraie et avec une
foi fausse.
274. Un abhavya, quelqu’un inapte au salut spirituel, n’a pas de foi dans
le moksha, bien que parfaitement versé dans toutes les Écritures ; une
telle étude ne le dote pas de la connaissance juste ou de sa
qualification, à cause de son manque de foi.
275. Sans doute, il a foi dans (une sorte de) dharma, il l’acquiert, il
l’aime beaucoup et il le pratique, mais tout cela avec l’objet d’une
jouissance future. Ce n’est assurément pas ce dharma qui conduit à la
destruction des karmas.
276. Que l’on sache que la connaissance des Écritures, telles que
l’Ācārānga, c’est la connaissance juste. (La foi dans les catégories) :
les jīvas, etc. c’est la foi juste. (La protection) des six sortes d’
organismes, c’est la conduite juste. Elles, c’est dit, constituent
vyavahāra (mokshamārga) i.e du point de vue pratique ( la voie du salut).
277. Tandis que le Soi est ma connaissance juste, le Soi est ma foi juste,
le Soi encore est ma conduite juste. Le Soi c’est le renoncement, le Soi
c’est l’arrêt des karmas et la méditation yogique. Ils constituent nishaya
(mokshamārga) i.e. du point de vue réel (la voie du salut).
278 et 279. De même qu’un morceau de cristal, lui-même pur et sans couleur,
ne peut pas paraître de couleur rouge de son propre gré, mais en
association avec un autre objet de couleur rouge. De la même façon, le Soi,
lui-même pur, ne peut pas avoir d’activités émotionnelles, telles que
l’attachement, etc. de son propre fait. Mais, lorsqu’il est influencé par
des impuretés externes, il devient teinté par les émotions impures des
attachements, etc.
280. Le Connaisseur, de son propre gré, ne produit pas en lui-même
d’attachement, d’aversion, d’illusion et d’autres très grosses émotions.
De ce fait, il n’est pas l’agent qui est la cause de ces états psychiques.
281. Lorsque les karmas matériels qui appartiennent à l’attachement, à
l’aversion, et aux très grosses émotions, commencent à opérer, l’ego
empirique commence à avoir les états psychiques correspondants. Les
manifestations psychiques d’attachement, etc. dont il est l’agent causal
produisent, à leur tour, un nouvel asservissement karmique.
282. L’ego empirique, qui se manifeste dans les états psychiques
d’attachement, d’aversion et de très grosses émotions, et qui s’identifie
à ces états, est asservi par la nouvelle matière karmique correspondante.
283. Le manque de repentir est de deux sortes et le non renoncement doit
aussi être reconnu comme tel. Par cet enseignement, il est dit que le Soi
de la nature de la conscience n’est pas leur agent causal.
284. Le manque de repentir est de deux sortes, physique et psychique et
aussi le non-renoncement. Par cet enseignement, il est dit que le Soi de
la nature de la conscience n’est pas leur agent causal.
285. Aussi longtemps que le Soi ne pratique pas le renoncement et le
repentir, à la fois physiques et psychiques, on doit comprendre qu’il est
l’agent causal des karmas.
286. Comment le Soi, le Connaisseur, peut-il causer les défauts dans les
choses matérielles utilisées dans la préparation des repas, puisque ce
sont les attributs d’objets externes ?
287. Même quand la nourriture est préparée par d’autres pour moi, les
choses utilisées sont par nature matérielles. Comment ces défauts
peuvent-ils être considérés comme causés par moi, quand ils appartiennent
en réalité à des objets inanimés ?