CHAPITRE III
L’ACTIVITÉ DE LA PENSÉE PURE ( Shuddha Bhava)
38. On doit renoncer aux principes externes, l’âme,
etc. On doit absolument libérer son âme de toutes les modifications et de tous
les attributs causés par l’impureté des karmas.
39. Du point de vue réel, il n’y a dans l’âme ni d’étapes, ni d’activités
impures de la pensée (vibhava swabhava sthana), ni de degrés de respect et
d’irrespect, ni de grades de sentiments de plaisir, ni de grades de sentiments
de douleur.
40. Dans l’âme, il n’y a ni d’étapes de durée d’asservissement (sthiti bandha
sthana), ni d’étapes de nature karmique (prakriti sthana), ni de degrés
d’asservissement moléculaire (pradesha sthana), ni de niveaux de
fructification de l’asservissement (anubhaga sthana), ni de degrés
d’opération des karmas (udaya sthana).
41. Dans l’âme, il n’y a ni d’étapes d’activités de pensée destructives (kshayika
bhava), ni de degré d’activités de pensée destructives résiduelles (kshaya
opashamica bhava), ni de degré d’activités de pensée opérantes (audayika bhava)
, ni de degré d’activités de pensée résiduelles (aupashamika bhava).
42. Dans l’âme, il n’y a ni errance dans les quatre états de la vie (gati),
ni de naissance, de mort, de maladie et de tristesse, ni d’étapes de
matières corporelles (kula), de noyaux (yoni), de classes d’âme (jiva samasa)
et de quêtes d’âme (margana).
43. L’âme est sans agitation, sans corps, sans peur, indépendante, sans faute,
sans attachement, exempte d’activités de la pensée, du corps et de la parole,
dénuée d’ illusion et exempte d’ignorance.
44. L’âme est sans possession, sans attachement, sans tache, sans aucun
défaut, sans désir, sans colère, sans orgueil et sans luxure.
45. On ne trouve dans l’âme ni couleur, ni goût, ni odeur, ni toucher, ni
état femelle, mâle ou mixte etc. Les six sortes de silhouettes corporelles et
les six sortes de squelettes ne sont pas trouvées dans l’âme.
46. Sachez que l’âme est sans goût, sans couleur et sans odeur, non
connaissable par les sens, qu’ elle possède l’attribut de la conscience
silencieuse, qu’elle est incompréhensible par le moindre signe extérieur et
qu’elle n’a pas de forme descriptible.
47. De même que les âmes libérées sont exemptes de vieillesse, de mort et de
naissance et sont dotées des huit qualités, de même sont les âmes dans le
monde, du point de vue réel pur.
48. De même que les âmes libérées qui résident au sommet de l’univers sont
sans corps, indestructibles, indépendantes de sens, exemptes de salissure
karmique et pures, de même, les âmes dans le monde doivent être considérées
ainsi, du point de vue réel pur.
49. Du point de vue pratique, toutes les âmes dans le monde ont été décrites
comme possédant toutes les qualités ci-dessus citées, mais du point de vue
réel pur, elles sont aussi de même nature que les âmes libérées.
50. Toutes les qualités citées ci-dessus se rattachent à des substances
étrangères ou à des modifications étrangères ; donc on doit y renoncer. Le
principe interne est sa propre substance i.e. l’âme. Elle seule doit être
réalisée.
51. La conviction dans les choses affirmées telles qu’elles sont, seules,
sans aucun motif faux, c’est la foi juste (samyak darshana). La connaissance
exempte de doute (samashaya), de perversion (vinoha) et d’indécision (vibhrama),
c’est la connaissance juste (samyak jnana).
52. La conviction sans faiblesse (chala), sans impureté (mala) et avec
constance (agarha) est seule la foi juste. La compréhension correcte (adhigama)
des principes auxquels il faut renoncer et de ceux qui valent la peine d’être
réalisés, c’est la connaissance juste.
53. Les causes externes de la foi juste sont les écritures Jaïnes et les
personnes qui les connaissent ; alors que la destruction, etc. du karma qui
fausse la foi juste sont dites être les causes internes.
54. Ecoutez, de même que la foi juste et la connaissance juste sont les
causes de la libération, de même l’est la conduite juste. Par conséquent, je
décrirai la conduite juste des deux points de vue réel et pratique.
55. La conduite juste, du point de vue pratique, c’est la pratique des
austérités du point de vue pratique, alors que la conduite juste, du point de
vue réel, c’est d’observer les austérités du point de vue réel.