TATTVĀRTHA SŪTRA
Chapitre 2
Les
âmes, les sens, les corps des êtres vivants.
Sūtra 1. Les
caractéristiques distinctives de l’âme (jīvā) sont les dispositions (les
activités de la pensée) qui viennent de la diminution (aupashamika), de la
destruction (kshāyika),du mélange (mishra) de la diminution et de la destruction
des karma, de la fructification des karma (audayika), et de la nature propre ou
capacité de l’âme (parināmika).
Sūtra 2. Ces cinq sortes de disposition sont
de deux, neuf, dix-huit, vingt et un et trois types respectivement.
Sūtra 3.
Les deux sortes de disposition qui résultent de la diminution (des karma) sont :
la foi juste et la conduite juste.
Sūtra 4. Les neuf sortes de disposition
qui viennent de la destruction sont : la destruction des karma qui affectent la
connaissance (jñānāvaranīya), la perception (darshana), la charité ( dāna) , le
gain (lābha), le plaisir (bhoga), la réjouissance (upabhoga), l’habileté
(vīrya), la foi (samyaktva) et la conduite ( cāritra) justes.
Sūtra 5. Les
dix-huit sortes de disposition qui viennent de la destruction avec réduction des
karma sont :quatre sortes de connaissance (sensorielle, scripturale,
clairvoyante et télépathique), trois sortes de connaissance erronée
(sensorielle, scripturale et clairvoyante), trois sortes de perceptions
(oculaire, non oculaire, clairvoyante) et cinq sortes de réalisation ( le don,
le gain, le plaisir, la réjouissance et l’ énergie), la foi juste, la conduite
juste et la conduite mixte ( de contrôle et de non contrôle).
Sūtra 6. Les
vingt et une sortes d’apparition des karma sont liées : aux quatre conditions
d’existence (gati), aux quatre passions (kashāya), aux sexes (linga), à la foi
erronée (mithyādarshana), à la connaissance erronée (ajñāna), au non contrôle
(asanyata), à la non atteinte du salut (asiddha) et aux six colorations de la
pensée (leshyā) qui sont de quatre, quatre, trois, une, une, une, une et six
sortes respectivement.
Sūtra 7. Les trois qualités naturelles de l’âme sont:
le principe de vie ou conscience (jīvatva), la capacité pour le salut
(bhavyatva) et l’incapacité pour le salut ( abhavyatva).
Sūtra 8. La
conscience (upayoga) est le differentia ou caractéristique distinctive
(lakshāna) de l’âme.
Sūtra 9. La conscience est de deux sortes i.e. la
connaissance et la perception. Celles-ci, à leur tour, sont de huit sortes: la
sensorielle, la scripturale, la clairvoyante, la télépathique et l’ omnisciente,
et la sensorielle, la scripturale et la clairvoyante erronées, et de quatre
sortes : oculaire, non oculaire, clairvoyante et parfaite,
respectivement.
Sūtra 10. Les âmes sont de deux sortes : celles qui
transmigrent (samsārī) et celles qui sont libérées ( mukta).
Sūtra 11. Les
deux sortes d’âmes qui transmigrent sont avec et sans esprit ( samanaska et
amanaska).
Sūtra 12. Les âmes qui transmigrent sont aussi divisées en deux
catégories i.e. les êtres mobiles (trasa) et les êtres immobiles (
sthāvara).
Sūtra 13. Les êtres immobiles sont de cinq sortes : ceux qui ont
un corps de terre (prithivī), ceux qui ont un corps d’eau (apa), ceux qui ont un
corps de feu ( teja), ceux qui ont un corps d’air (vāyu) et ceux qui ont un
corps végétal ( vanaspati).
Sūtra 14. Les êtres mobiles ont deux sens ou
plus.
Sūtra 15. Il y a cinq sens ( endriyā) : le toucher, le goût, l’odorat,
la vue et l’ouïe.
Sūtra 16. Chaque sens est de deux sortes i.e. matériel
(dravyendriya) et émotionnel (bhāvendriya).
Sūtra 17. Le sens matériel se
compose de l’organe lui-même (nirvritti) et des moyens ou des instruments de son
environnement protecteur ( upakarana).
Sūtra 18. Le sens émotionnel se
compose de la manifestation de sa faculté (labdhi) et de la conscience
(upayoga).
Sūtra 19. Les cinq sens du toucher (sparshana), du goût (rasana),
de l’odorat (ghrāna), de la vue (cakshu) et de l’ouïe (shrorta) se rapportent à
un organe du corps e.g. les yeux pour la vue.
Sūtra 20. Le toucher ( sparsha), le goût ( rasa), l’odeur (gandha), la couleur (varna) et le son
(shabda) sont les objets des sens.
Sūtra 21. La connaissance scripturale est
du domaine de l’esprit.
Sūtra 22. Jusqu’à la fin des êtres végétaux (i.e.
tous les êtres immobiles) ont un seul sens, celui du toucher.
Sūtra 23.
Le
vers, la fourmi, l’abeille, etc. et l’homme (manushya), ont chacun un sens de
plus que le précédent.
Sūtra 24. Les êtres qui ont les cinq sens et l’esprit
(la capacité de percevoir et de juger le bien et le mal ) sont appelés
intelligents ( sanjñi).
Sūtra 25. Dans la transmigration de l’âme d’un corps
dans un autre, il y a seulement la vibration du corps karmique (karma
yoga).
Sūtra 26. Le transit d’une incarnation dans une autre (vigraha-gati) a
lieu en lignes (lignes droites) dans l’espace.
Sūtra 27. Le mouvement d’une
âme libérée va directement vers le haut sans une courbe.
Sūtra 28. Le
mouvement des âmes qui transmigrent fait une courbe et peut prendre jusqu’à
quatre instants (samayā), qui est le mouvement avec trois courbes. Chaque courbe
demande un instant supplémentaire.
Sūtra 29. Un mouvement sans courbe prend
seulement un instant.
Sūtra 30. Pendant le mouvement jusqu’à la dernière
courbe, l’âme reste non assimilatrice (anāhārkā) i.e. elle n’attire pas de
molécules de matière dont les corps sont formés pendant un, deux ou trois
instants.
Sūtra 31. La naissance (est de trois sortes) par génération
spontanée (sammūrchhana), de l’utérus (garbha) ou par groupement instantané de
matière ( upapāda).
Sūtra 32. La matière vivante, le froid, le couvert, leurs
opposés et leurs combinaisons sont les nuclei ou lieux de naissance individuels.
Sūtra 33. La naissance de l’utérus est de trois sortes : ombilicale (avec
une poche protectrice), incubatrice (d’un œuf) et non ombilicale (sans poche
protectrice).
Sūtra 34. La naissance des êtres célestes et infernaux a lieu
par groupement instantané dans des lits spéciaux (upapāda).
Sūtra 35. La
naissance des autres êtres ( excepté ceux par embryon et par groupement
instantané) a lieu par génération spontanée.
Sūtra 36. Les corps (sharīra)
sont de cinq sortes : physique (audārika) = cas des hommes et des animaux,
transformable ou fluide (vaikriyika) = cas des êtres célestes et infernaux,
projetable ( āhāraka) = cas de l’émanation spirituelle semblable à un homme de
la tête d’un ascète qui doute, lumineux ou électrique (taijāsa) = cas du corps
des âmes ordinaires formé de fines molécules de matière électrique) et karmique
(kārmana) = cas du corps des âmes ordinaires formé de fines molécules de matière
karmique.
Sūtra 37. Les corps sont successivement de plus en plus
fins.
Sūtra 38. Jusqu’au corps lumineux, chacun a d’innombrable fois le
nombre de points d’espace du corps précédent.
Sūtra 39. Les deux derniers
corps (électrique et karmique) ont d’infinies fois les points d’espace du
précédent.
Sūtra 40. Les deux derniers corps sont sans obstacle ( ils peuvent
pénétrer et aller jusqu’aux confins de l’univers).
Sūtra 41. Les deux
derniers corps sont associés à l’âme depuis toujours.
Sūtra 42. Les deux
derniers corps sont associés à toutes les âmes qui transmigrent.
Sūtra 43.
Une même âme peut avoir eu simultanément jusqu’à quatre corps, en commençant par
les corps (lumineux et karmique), puisqu’ elle peut avoir, à un certain moment,
soit un corps physique soit un corps transformable.
Sūtra 44. Le dernier
corps (karmique) n’a pas les moyens de la jouissance (nirupabhoga).
Sūtra 45.
Le premier corps (physique) naît de façon utérine ou par génération
spontanée.
Sūtra 46. Le corps transformable apparaît par naissance dans des
lits spéciaux.
Sūtra 47. L’atteinte par une austérité spéciale est aussi la
cause de l’origine du corps transformable.
Sūtra 48. Le corps lumineux est
aussi causé par atteinte.
Sūtra 49. Le corps projetable, qui est favorable,
pur, et sans obstacle, apparaît seulement chez l’ascète à la sixième étape (du
développement spirituel), pour dissiper ses doutes.
Sūtra 50. Les êtres
infernaux et ceux qui naissent de façon spontanée sont de sexe neutre.
Sūtra
51. Les êtres célestes (deva et devī) ne sont pas de sexe neutre.
Sūtra 52.
Les autres âmes qui transmigrent peuvent avoir l’un des trois sexes (masculin,
féminin ou neutre) .
Sūtra 53. La durée de vie des êtres vivants nés dans des
lits spéciaux, de ceux avec des corps absolument supérieurs et de ceux avec
d’innombrables années, ne peut pas être abrégée (à la différence des humains,
par exemple, dont la vie peut être abrégée par accident, suicide, maladie,
etc.).
Résumé du chapitre
La nature de l’âme
Les activités de
la pensée d’un être vivant sont guidées par : la réduction (la diminution) du
karma, la destruction du karma, la destruction avec réduction du karma, la
fructification du karma, la nature propre de l’âme.
La caractéristique qui
distingue l’âme c’est la conscience
La classification des âmes.
Les
deux sortes d’âmes sont : les âmes dans le monde et les âmes libérées. Les deux
sortes d’âmes dans le monde sont avec ou sans esprit. Une autre classification
des âmes dans le monde c’est les âmes mobiles et les âmes immobiles.
Les
êtres vivants immobiles sont de cinq sortes : incorporés dans la terre,
incorporés dans l’eau, incorporés dans le feu, incorporés dans l’air et
incorporés dans les végétaux.
Les sens.
Les êtres vivants immobiles
ont seulement le sens du toucher. Les êtres vivants mobiles ont deux sens ou
plus. Les vers, les fourmis, les abeilles et les humains ont un sens de plus que
ceux qui les précèdent. Il y a cinq sens qui sont : le toucher, le goût,
l’odorat, la vue et l’ouïe. La forme et l’instrument matériels constituent les
sens physiques. La capacité de la cognition sensorielle et la conscience
constituent les sens abstraits.
Les êtres vivants et les corps.
Les
êtres vivants qui ont un esprit sont des penseurs.
Au cours du transit d’un
corps à un autre, une âme dans le monde est guidée par le karma. Les corps des
êtres vivants sont faits de cinq composants : le corps physique, le corps
fluide, le corps projetable, le corps de splendeur (énergique), et le corps
karmique. Les composants des corps ci-dessus sont successivement de plus en plus
fins. Les corps de splendeur et karmique sont sans empêchement. L’association de
l’âme à ces deux composants des corps est sans commencement. Toutes les âmes
dans le monde ont ces deux composants des corps. En plus des corps de splendeur
et karmique, un être vivant peut avoir simultanément jusqu’à quatre composants
des corps.